Poètes angevins par M. Leclerc - Joseph Chasles-Pavie
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Si j'ai intitulé cette étude : Poètes Angevins d'Aujourd'hui, et non pas « Les » Poètes, c'est que je prévoyais bien qu'elle ne serait pas absolument complète : le temps et l'espace, en dépit d'Einsten, me manquent également pour comprendre, en ce volume que je désire modeste pour qu'il puisse être populaire, tous ceux qui en Anjou peuvent revendiquer le titre de Poètes. Je me suis du reste excusé par avance auprès de ceux que j'omettrai, les uns parce que je les aurai vraiment ignorés — je ne prétends pas à tout connaître — les autres parce que leur œuvre poétique me semble jusqu'ici restreinte, pour intéressante qu'elle puisse être ; ce qui ne veut pas dire que ni les uns ni les autres manquent de talent, et que cette anthologie soit un palmarès en dehors duquel nul n'aura droit à la couronne de laurier !
Je m'excuse tout particulièrement envers ces lettrés que jugule la cangue du journalisme, bons écrivains et confrères cordialement dévoués : Léon Philouse, Raymond de Nys, Jaham-Desrivaux ; et envers le bon et trop modeste Charles Baussan, et abréviation|Jean Rivain|Jean Rivain (1883-1957), homme de lettres, publiciste et directeur de théâtre.}}, mon camarade des Ecrivains Combattants, à qui son beau labeur à la Revue Critique des Idées et des Livres ne fait pas oublier son coin natal, aux rives du Lathan.
Je m'excuse aussi envers ceux que je. vais citer, et pour lesquels les renseignements indispensables me sont parvenus trop tard, alors que cet ouvrage était déjà sous presse, de la place minime qui leur est donnée, en dehors de l'ordre chronologique où ils eussent dû figurer : Il n'y a point ici de premiers ni de derniers :
J. Chasles-Pavie est de ceux-là : Comme Poète, nous ne connaissions
guère jusqu'ici que par une plaquette — Stances d'Hier — parue en 1897
avec une lettre préface de G. Rodenbach... vers de jeunesse, élégants,
et dont la forme « date » un peu ; Henri de Régnier, à leur apparition,
écrivait dans le « Mercure de France » : M. Chasles-Pavie écrit délicatement
et finement. Les Stances d'Hier sont un agréable livre. L'influence
de Théophile Gautier et de Sully-Prudhomme s'y fait sentir discrètement.
De l'un il tient le goût de la précision verbale, de l'autre le sens des
nuances sentimentales.
Né à Angers, le 6 octobre 1863, d'une lignée justement célèbre — il est par sa Mère petit-fils de Victor Pavie, et petit neveu de Théodore Pavie — Joseph Chasles-Pavie doit à cette ascendance des qualités que l'influence d'une Mère parfaite ne fit que perfectionner. Venu à Paris après ses études de droit, il a depuis « mené sans interruption, dit il lui-même, cette vie d'étudiant perpétuel qui réalise pour certains le parfait bonheur ». — Ce qui ne veut pas dire qu'il n'ait travaillé et beaucoup, et produit de même, dans le silence le plus souvent, car combien de ces collaborations furent anonymes ! De celles que nous avons pu relever, on trouvera mention à la partie bibliographique ; elles embrassent les genres les plus divers : critiques d'art, notes de voyage, nouvelles, notes littéraires, etc.
Mais voici maintenant que, vingt-cinq ans après la parution de son premier et jusqu'ici unique recueil de vers, le Poète se réveille en J. Chasles-Pavie, et qu'il nous annonce, en même temps qu'un prochain volume de nouvelles, un nouveau livre de poèmes qui, nous dit-il, « paraîtra sous le titre de Douceur Angevine, pour le sens d'humanisme que comporte ce souvenir du Poète angevin, Du Bellay. » Il est en effet un fervent de Du Bellay ; il affirme son « affection idolâtre pour le sol natal » , à laquelle il mêle un amour passionné du grec et surtout d'Homère ; mais il unit aussi à ce goût classique une grande admiration pour les poètes « lakistes » ; et de ces influences diverses on peut trouver la trace dans ce sonnet que je cite — avec le regret de ne pouvoir consacrer à J. Chasles-Pavie et à son œuvre une plus longue étude :
- La mare
- C'était un carré d'eau dont nul pli, nul réveil,
- N'avait jamais troublé ni déplacé la moire,
- Morne et sinistre endroit qui hantait la mémoire
- Et qu'au Marais des Morts j'imaginais pareil.
- La ronce qui l'obstrue en bannit le soleil
- Et l'onde se maintient ainsi muette et noire
- Sauf au déclin du jour, quand le bœuf y vient boire
- Et réveille un moment sa face de sommeil.
- Mais j'ai goûté, devant la pauvre mare brune,
- Des heures d'idéal dont je n oublie aucune,
- Quand la bulle y frémit sous la goutte qui pleut.
- Quand elle prend, le soir, des aspects de lagune,
- Que le ciel y reflète un pur lambeau de lune
- Et le martin-pêcheur l'éclair de son vol bleu.
BIBLIOGRAPHIE. — Salons Angevins de 1891, Angers, Lachèse, 1892. — Les Amis des Arts d'Angers en 1892, av. préf. de L. de Romain et frontispice d'E, Bayard, ib. 1893. — Les Amis des Arts d'Angers, 1892, av. frontispice de Rochegrosse, Paris, Librairie d'Art, 1893. — Confidences Romantiques : Victor Pavie, Les Débats, juin et juillet 1896. — La Petite Elsa, nouv. Revue Bleue, sept. 1898. — Les Nains de Walcheren, ibid. 1898. — Richard Schankal, poète et romancier autrichien, Revue de Paris, 15 août 15 sept. 1910. — A propos de la béatification de Jeanne d'Arc, Angers, Grassin 1910. — Aloysius Bertrand, Revue de Paris, 15 août 1911 . — COLLABORATIONS : L'Univers (critiques d'art) de 1891 à 1897. — La Revue Britannique. — Le Correspondant. — Le Gaulois. — Le Soleil du Dimanche. — Le Monde illustré. — Le Patriote Illustré de Bruxelles. — Le Petit Courrier. — Le Maine-et-Loire. — La Revue d'Anjou, — etc.
Pour paraître prochainement : Aspects et Fictions, nouvelles et impressions de voyage. — Douceur Angevine, poèmes.
Extrait de l'ouvrage Poètes angevins d'aujourd'hui, essais anthologiques de Marc Leclerc, Société des artistes angevins, Paul Lefebvre libr.-édit. (Paris), 1922, 134 p.
Marc Leclerc (1874-1946), homme de lettres angevin, créateur des rimiaux, peintre, conférencier, membre de la Société des artistes angevins.
Joseph Chasles-Pavie (Angers 1863-Angers 1936), homme de lettres, helléniste. A aussi utilisé le pseudonyme de Saint-Blaise. Critique d'art à L'Univers, L'Ouest artistique et littéraire, à L'Anjou historique, à La Renaissance française. Collaborateur du Journal des débats, de La Revue de Paris, de la Revue bleue, et du Correspondant.
Du même ouvrage : Table (liste des poètes), Henri Tilleul, Charles d'Ollone.
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