Voyage en Anjou d'Arthur Young
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26 septembre — (…) Entré en Anjou, au milieu de grandes prairies. Pendant 10 milles, on quitte la Loire et on la retrouve à Angers (1). Passé à Saint-Georges (2) et pris la route d'Angers. — Des lettres de M. de Broussonnet, mais il ne peut me dire dans quelle partie de l'Anjou était la résidence du marquis de Turbilly (3) ; découvrir la ferme, où il fit les admirables défrichements qu'il décrit dans le Mémoire sur les défrichements, avait pour moi une telle importance que j'étais déterminé à m'y rendre, quelle que fût la distance qui m'écarterait de mon chemin. – 30 milles.
27 septembre. — Parmi mes lettres, il y en a une pour M. de la Livonière, secrétaire perpétuel de la Société d'agriculture d'Angers (4). On me dit qu'il était à sa maison de campagne de la Meignanne, à 2 lieues d'ici. Quand j'arrivai chez lui, il était à table avec sa famille comme midi n'était pas passé, je pensai éviter cette maladresse. Mais Monsieur et Madame prévinrent mon embarras, en me manifestant leur sincère désir de me voir partager leur repas, et, sans faire aucun changement à la table ni aux apprêts, ils me mirent tout de suite à mon aise, devant un dîner fort ordinaire, mais si bien assaisonné de laisser-aller et d'enjouement que je trouvai ce repas plus à mon goût que les tables les plus splendides. Une famille anglaise, vivant à la campagne, et d'une condition semblable à celle-ci, si elle était surprise ainsi à l'improviste, vous recevrait avec une hospitalité inquiète et une
- (1) C'est une erreur ; Angers est situé sur la Maine, à 8 kilomètres du confluent de cette rivière avec la Loire (Bouchemaine).
- (2) Saint-Georges-sur-Loire, arr. d'Angers.
- (3) Voy. pIus loin, p. 251.
- (4) Il s'agit de l'un des fils de Jean-André Pocquet de Livonnière, sans doute Augustin-François, signalé comme maire (de la Meignanne (arr. et cant. d'Angers), en janvier 1808 (Célestin Port, Dictionnaire historique de l'Anjou, art. La Meignanne). Il était, avant la Révolution, auditeur à la Chambre des Comptes de Blois. Sur la Société d'agriculture, voy. Chne Uzureau, La Société royale d'agriculture d'Angers (1761-1793), dans Les Mém. de la Soc. d'agriculture, sciences et arts d'Angers, année 1914, pp. 43-82. — Remarquons qu'Arthur Young ne dit absolument rien de l'agriculture de l'Anjou.
politesse anxieuse, et, après vous avoir fait attendre, afin de déranger pêle-même nappe, table, assiettes, buffet, pot et broche, vous donnerait peut-être un si bon dîner que personne de la famille, par anxiété ou par fatigue, ne vous fournirait un seul mot de conversation, et vous partiriez, accompagné par le vœu cordial que vous ne reveniez jamais. Cette sottise, si commune en Angleterre, on ne la trouve jamais en France les Français sont calmes dans leurs maisons et font les choses sans effort. M. Livonière causa beaucoup avec moi du but de mes voyages, qu'il loua fort, mais il trouva très extra-ordinaire que ni le gouvernement, ni l'Académie des Sciences, ni l'Académie d'Agriculture ne contribuassent tout au moins aux frais de mon voyage. Cette idée est purement française ils ne conçoivent pas que des particuliers délaissent leurs propres affaires en vue du bien public, sans être payés par le public et M. Livonière ne parvint pas à me bien comprendre, lorsque je lui dis que toutes les entreprises sont bien faites en Angleterre, à l'exception de celles que subventionne l'argent de l'état. Je fus fort peiné de voir qu'il ne pouvait m'indiquer la résidence du marquis de Turbilly ce serait bien vexant de traverser toute la province sans la trouver et d'apprendre peut-être ensuite que, sans le savoir, je m'en étais trouvé à quelques milles. — 20 milles.
28 septembre. — Vers La Flèche. Le château de Durtal, appartenant à la duchesse d'Estissac, est sur une hauteur escarpée qui domine la petite ville de ce nom, sur les bords d'une jolie rivière les pentes, exposées au midi, sont cou- vertes de vignes. Le pays, gai, sec, agréable pour un séjour à la campagne. Je m'enquis auprès de plusieurs messieurs de la résidence du marquis de Turbilly, mais chaque fois en vain. Jusqu'à La Flèche, sur 30 milles, la route est belle, sablée, unie, tenue admirablement. La Flèche est une petite ville nette, propre, pas mal bâtie, sur la rivière qui coule vers Durtal (1), et qui est navigable jusqu'ici, mais le commerce y
- (1) C'est le Loir.
est peu important (1). Mon premier soin ici, comme partout en Anjou, ce fut de m'informer de la résidence du marquis de Turbilly. A force de multiplier mes questions, je finis par découvrir que, non loin de la Flèche, il y avait un endroit appelé Turbilly ; mais ce n'était pas ce que je désirais, car il n'y avait pas là de M. de Turbilly, mais un marquis de Galway, qui avait hérité Turbilly de son père. Cela me rendit de plus en plus perplexe et je renouvelai mes questions avec une telle insistance que plusieurs personnes, je pense, me tinrent pour à moitié fou. A la fin, je rencontrai une vieille dame, qui résolut la difficulté ; elle m'apprit que Turbilly, à environ 12 milles de La Flèche, était bien l'endroit que je cherchais (2) ; il avait appartenu au marquis de ce nom, qui avait écrit, croyait-elle, plusieurs ouvrages ; il était mort insolvable, il y a vingt ans le père de l'actuel marquis de Galway avait acheté la propriété. C'était bien ce que je voulais je me décidai à prendre un guide, le lendemain matin, et, si je ne pouvais visiter le marquis, je verrais du moins les restes de ses défrichements. Cependant, la nouvelle qu'il était mort insolvable me peina beaucoup c'était un mauvais commentaire de son livre et je prévoyais que, quelle que fût la personne que je trouverais à Turbilly, elle tournerait en ridicule une économie
- (1) Sur l'état économique de la Flèche, voy. Marchant de Burbure, Essais historiques, Angers, veuve Pavie, an XI-1803, pp. 17-18 : « Le commerce de La Flèche est aujourd'hui d'un état de dépérissement qui le fait pencher vers sa ruine. Avant la Révolution, cette ville, heureuse de son industrie, voyait fleurir dans son sein deux branches de commerce, dont elle tirait un produit immense. La première était une fabrique de voiles à l'usage des religieuses, et une autre, d'étamines, employées au vêtement du clergé. Le débit de ces étoffes était d'autant plus considérable qu'on en faisait passer un grand nombre d'espèces en Espagne, où elles se vendaient au poids de l'or. La seconde branche consistait en toiles et en cuirs tannés. » Ce commerce, ajoute-t-il, s'est soutenu jusqu'à l'époque du maximum et au discrédit des assignats. Le pays produit beaucoup de bon chanvre, qui « deviendrait bientôt l'objet d'un commerce d'autant plus lucratif que les Nantais tireraient de ces toiles, non seulement pour la voilure, mais encore pour l'usage des habitants de nos possessions d'Amérique ». Cet auteur ne surestime-t-il pas l'importance du « commerce » fléchois au XVIIIe siècle ? Le Loir était peu navigable, et la ville vivait surtout de son collège on de son École militaire. — Sur toute cette région, nous devons de précieux renseignement à M. le Dr Delaunay, du Mans, auquel nous adressons nos remerciements les plus vifs.
- (2) Turbilly est situé clans la commune de Vaulandry, cant. de Baugé (Maine-et-Loire). Voy. Célestin Port, Dictionnaire historique et topographique de Maine-et-Loire.
rurale qui a produit la ruine du domaine où elle a été pratiquée. — 30 milles.
29 septembre. — Ce matin, j'exécutai mon projet; mon guide était un paysan, avec une paire de bonnes jambes, qui me conduisit à travers des landes en bruyères, semblables à celles dont parle le marquis dans son Mémoire (1). Elles apparaissent comme sans limites, et l'on me dit que je pourrais voyager bien des jours et des jours sans voir autre chose ; que de champs pour entreprendre des améliorations agricoles, mais non pour ruiner des domaines (2) ! A la fin, nous arrivâmes à Turbilly, un pauvre village, composé de quelques maisons dispersées, dans une vallée creusée entre deux hauteurs, qui ne sont maintenant que bruyères et landes au milieu, le château, avec des avenues de beaux peupliers qui y conduisent. Il m'est difficile d'exprimer la curiosité anxieuse que j'éprouvais à examiner chaque pièce de la propriété pas une haie, un arbre, un buisson qui ne m'intéressât j'avais lu la traduction du récit qu'avait publié le marquis de ses entreprises dans l'Agriculture (Husbandry), de Mill (3), et je le considérais comme le morceau le plus intéressant que j'eusse rencontré, bien longtemps avant d'avoir pu me procurer en original le Mémoire sur les défrichements, et je résolus, si jamais je venais en France, de voir les défrichements dont le récit m'avait procuré tant de plaisir.
Pour le propriétaire actuel, le marquis de Galway, je n'avais ni lettre de recommandation, ni personne pour me présenter.
- (1) Le Mémoire sur les défrichements (1760) eut un grand succès plusieurs éditions parurent de 1760 à 1762. Sur Turbilly, voy. Guillory aîné, Le marquis de Turbilly, agronome angevin au XVIIIe siècle, 1862. Louis-François-Henri de Menou, marquis de Turbilly, est né en 1717 ; à la mort de son père, il hérita de terres considérables, qu'il s'appliqua à mettre en valeur et à défricher. A la séance d'ouverture de la Société d'agriculture de Paris, ce fut Turbilly qui exposa le rôle que devaient jouer les sociétés d'agriculture. Cf. Louis Passy, op. cit., pp. 20 et sqq.
- (2) Cette contrée, comme le Maine, très arriérée au XVIIIe siècle, a fait de grands progrès agricoles au XIXe. Voy. René Musset, Le Bas-Maine, Paris, 1917 (thèse de lettres).
- (3) Il s'agit de l'ouvrage de John Mill, A new System of Pratical Husbandry, 5 vol. (1767). Voy. L'édition de C. Maxwell, p. 376.
Cependant, je lui exposai mon cas j'avais lu le livre de M. de Turbilly avec tant de plaisir que je désirais fort voir les améliorations agricoles qui y étaient décrites (1). Il me répondit en bon anglais, me reçut avec une politesse si cordiale et en manifestant un si grand intérêt pour l'objet de mes voyages, qu'il me mit en parfaite humeur, et par conséquent à l'aise avec tout ce qui m'entourait ; il me fit servir un déjeuner à l'anglaise, et donna des ordres pour qu'un homme nous accompagnât dans notre promenade ; je désirais que ce fût le plus ancien ouvrier du temps du feu marquis de Turbilly. Je fus heureux d'apprendre qu'il en subsistait un, qui avait travaillé avec lui, dès les débuts de son entreprise. Au déjeuner, M. de Galway me présenta à son frère, qui parlait aussi l'anglais, et il m'exprima le regret de ne pouvoir me présenter également à Mme de Galway, qui était en couches. Il me raconta que ce fut son père qui acquit le domaine et le château de Turbilly. Son arrière-grand-père vint en Bretagne avec le roi Jacques II, quand celui-ci eut perdu le trône d'Angleterre des personnes de la même famille vivent encore dans le comté de Cork (2), notamment à Lotta. Son père était réputé dans cette province pour ses talents d'agriculteur, et, en récompense de défrichements de landes qu'il avait accomplis, les États de Bretagne lui donnèrent, dans l'île de Belle-Ile, un canton de landes, qui appartient maintenant à son fils (3). Apprenant que le marquis de Turbilly était complètement ruiné et que ses domaines d'Anjou allaient être mis en vente par ses créanciers, il les visita et, trouvant que la terre pouvait très bien être améliorée, il en fit l'achat, donnant pour Turbilly environ 15 000 louis d'or, prix qui en rendait l'acquisition hautement avantageuse, bien qu'avec le domaine il ait acquis aussi quelques procès. La propriété comprend
- (1) Ce qui a séduit Arthur Young dans le Mémoire sur les défrichements (Paris, veuve d'Houry, 1760), c'est que c'est un ouvrage, non théorique, mais pratique : Turbilly raconte avec précision les opérations de défrichement auxquelles il s'est livré depuis 1737, date où il a hérité de ce domaine familial, en grande partie inculte. Cet ouvrage est écrit avec sobriété et précision.
- (2) En Irlande.
- (3) Entreprise qui d'ailleurs n'eut que peu de succès.
3 000 arpents, à peu près d'un seul tenant, la seigneurie de deux paroisses, avec la haute justice, etc., un vaste château agréable et bien aménagé, des dépendances très complètes, et maintes plantations, œuvre de l'homme célèbre sur lequel portait mon enquête.
J'étais presque haletant en l'interrogeant sur la ruine d'un si grand novateur en agriculture (1) : « Vous êtes chagriné qu'un homme ait été ruiné par un art que vous aimez tant ». Précisément. Mais je fus soulagé à l'instant, car il ajouta que, si le marquis ne s'était occupé que d'agriculture et de défrichements, il ne se serait jamais ruiné. Mais un jour qu'il fouillait le sol pour y trouver de la marne, sa mauvaise étoile lui fit découvrir une veine de terre, parfaitement blanche, qui, suivant l'expérience qui fut faite, ne donna pas d'effervescence sous l'action des acides. Il fut frappé par l'idée de s'en servir pour faire de la porcelaine : il montra ce kaolin à un manufacturier qui le proclama excellent. L'imagination du marquis prit feu et il résolut de changer en ville le pauvre village de Turbilly, en y établissant une fabrique de porcelaine ; il entreprit le tout à ses frais, éleva des bâtiments et fit tout ce qui était nécessaire il ne manquait que la capacité et les capitaux. Enfin, il fit de la bonne porcelaine, mais fut trompé par ses agents, par ses ouvriers, et finalement ruiné. Une manufacture de savon, qu'il fonda aussi, ainsi que quelques procès relatifs à d'autres domaines, contribuèrent à son infortune ses créanciers saisirent le domaine ; mais lui permirent de l'administrer jusqu'à sa mort ; c'est alors qu'il fut vendu.
La seule partie du récit qui diminua mes regrets, c'est d'apprendre que, quoique marié, Turbilly ne laissa pas de famille ainsi ses os pourront dormir en paix, sans que sa mémoire soit avilie par une postérité indigente. Ses ancêtres avaient acquis le domaine par l'effet d'un mariage, au XIVe siècle. Ses entreprises agricoles, remarqua M. de Galway, certainement ne
- (1) « So great an improver ».
lui ont pas nui elles ne furent pas bien exécutées, et lui-même ne les soutint pas assez, mais elles donnèrent plus de valeur au domaine, et il n'a jamais entendu dire qu'elles lui aient causé aucune difficulté (1). Je ne puis que remarquer ici que c'est, semble-t-il, une fatalité qui poursuit les gentils-hommes campagnards, quand ils tentent de se livrer au commerce ou à l'industrie. En Angleterre, je n'ai jamais connu un propriétaire foncier, ayant l'éducation et les habitudes de cette classe, qui ait tenté l'un ou l'autre sans se ruiner infailliblement, ou, à défaut de ruine, sans en avoir considérablement souffert. Soit que les idées et les principes du commerce aient en eux quelque chose qui répugne aux sentiments qui forcément découlent de l'éducation ; — soit que l'inattention habituelle des gentilshommes campagnards pour les petits gains et épargnes, qui sont l'âme du commerce, rende leur succès impossible en un mot, à quelque cause qu'il faille l'attribuer, le fait est là, qu'il n'y en a pas un sur un million qui réussisse. L'agriculture, l'amélioration de leurs propriétés, voilà la seule sphère convenable et légitime de leur activité et, bien que l'ignorance puisse rendre parfois ces entreprises dangereuses, ils peuvent cependant les tenter en toute sécurité, mais ne pas en risquer d'autres.
Le vieux paysan, dont le nom est Piron (aussi propice, je l'espère, à l'agriculture qu'à l'esprit) (2), étant arrivé, nous sortîmes pour fouler ce que je considérais comme un sol classique. Je n'insisterai que peu sur les détails : ils font une bien meilleure figure dans le Mémoire sur les défrichements qu'à
- (1) Voy. Mémoire sur les défrichements, pp. 237-238 : « Ceux qui ont vu originairement l'état des choses, avant l'année 1737, n'y reconnaissent presque plus rien aujourd'hui, tant elles ont changé de face le château, qui était entouré de friches, landes et bruyères, se trouve au milieu de terres bien cultivées ; mes défrichements forment un ensemble assez considérable pour et le produit l'on y voit de toutes les espèces de grains, ainsi que des herbages et des prairies artificielles j'y ai mis toutes sortes d'arbres fruitiers... » Et il ajoute (Ibid., p. 244) : « Le revenu de mes terres est fort augmenté et il le serait bien davantage, si tous les fonds que j'ai défriché avaient été bons ». Toutes ses fermes sont occupées, ce qui n'était pas le cas avant 1737. — Dans le chapître Des terres incultes (ci-dessous, t. III, p. 1176), Arthur Young déclare que la méthode, suivie par le marquis de Turbilly était mauvaise, car « il n'a songé qu'à obtenir des grains ».
- (2) Allusion au célèbre auteur dramatique, Piron.
Turbilly les prairies, même celles qui sont près du château, sont maintenant bien incultes, et c'est là le caractère général de l'exploitation, mais les allées de peupliers, dont parle Turbilly dans son Mémoire, sont fort bien venues et font honneur à son souvenir ils ont 60 ou 7o pieds de haut et un pied de diamètre (1) ; les saules aussi ont bien poussé. Que n'étaient-ils des chênes ? Ils auraient transmis à l'agronome voyageur d'un autre siècle le plaisir que j'éprouve en voyant les peupliers du temps présent, plus périssables les chaussées près du château ont dû être de difficiles travaux. Les mûriers sont négligés (2) le père de M. de Galway, n'aimant pas cette culture, en a détruit beaucoup, mais il en subsiste quelques centaines, et l'on m'a dit que les pauvres du pays ont fait jusqu'à 25 livres de soie, mais on n'en produit plus à présent. Les prairies près du château ont été drainées et amendées, sur une superficie de 50 ou 60 arpents maintenant, elles sont pleines de jonc, mais ont encore de la valeur en un tel pays. Auprès, se trouve un bois de pins, ensemencés, il y a trente-cinq ans, et qui, maintenant, valent 5 ou 6 livres chacun. Je me promenai dans un terrain marécageux, qui a produit les grands choux que Turbilly a mentionnés (3) ; ce terrain touche à un grand terroir, très propre à être défriché. Piron m'apprit que le marquis avait écobué environ 100 arpents en tout et avait parqué deux cent cinquante moutons (4). A notre retour au château, M. de Galway, voyant l'agronome enthousiaste que j'étais, fouilla dans ses papiers pour trouver un manuscrit du marquis de Turbilly, écrit de sa main, dont il eut la bonté de me faire présent, et que je conserverai parmi
- (1) Voy. Mémoire sur les défrichements, pp. 189-190 : « Je fis planter beaucoup d'arbres, surtout des peupliers, par lesquels je commençai. Ils sont venus à souhait ; plusieurs ont aujourd'hui plus de 100 pieds de hauteur et une grosseur proportionnelle ; ils forment dans les vallons de belles allées qui servent de promenade et font une décoration au château. »
- (2) Sur les plantations de mûriers, faites par Turbilly et sur ses tentatives pour élever des vers à soie, voy. Mémoire, pp. 219 et sqq.
- (3) Ibid., pp. 224 et sqq. Turbilly dit qu'il a fait venir de Strasbourg de la graine de choux pommés.
- (4) C'est en 1753 et 1754 que Turbilly commence à s'occuper de l'élevage des montons, dont il s'efforce d'améliorer la race ; il les parque, en 1754 (Ibid., pp. 210 et sqq).
mes curiosités agricoles. L'aimable réception que me fit M. de Galway, ainsi que l'aimable attention qu'il prêta à mes vues, en entrant dans l'esprit de mes recherches et en désirant les encourager, m'auraient incité vivement à accepter son invitation de rester quelques jours avec lui, si je n'avais craint que le moment où Mme de Galway était au lit ne rendît peu convenable une visite inattendue. Je pris donc congé dans la soirée et retournai à La Flèche par une route différente de celle que j'avais suivie. — 25 milles.
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Voyages en France en 1787, 1788 et 1789, par Arthur Young, tome premier (Journal de voyages), première traduction complète et critique par Henri Sée, librairie Armand Collin (Paris), 1931, p. 248-256 (Anjou).
Arthur Young (1741-1820), l'auteur du texte, agriculteur et agronome britannique, auteur de nombreux ouvrages dont Travels, During the Years 1787, 1788, and 1789 publié en 1792 et traduit en français en 1794 par François Soulès puis en 1931 par Henri Sée.
Henri Sée (1864-1936), le traducteur du texte, historien, auteur de Les Origines du capitalisme moderne, une étude du capitalisme à travers les âges.
Mémoire sur les défrichements, par M. le marquis de Turbilly, chez la veuve d'Houry (Paris), 1760. Monographie imprimée (notice Bnf, sur Gallica).
M. le marquis de Turbilly, Louis-François-Henry de Menon (1717-1776), agronome connu pour son mémoire sur les défrichements. À la mort de son père, il hérite des terres à Vaulandry où il développe ses nouvelles techniques agricoles et donne au village une certaine notoriété. Sans enfant, après sa mort en 1776, le domaine est acheté par un noble irlandais, qui reçut la visite de l'agronome Arthur Young.
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