Dictionnaire Célestin Port/1874 - Tome 1 - Page 90

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Langue et littérature angevine
Document   Dictionnaire historique géographique et biographique de Maine-et-Loire
Auteur   Célestin Port (1828-1901)
Année d'édition   1874
Éditeur   P. Lachèse, Belleuvre & Dolbeau (Angers)
Note(s)   Tome premier, page 90


Dictionnaire Célestin Port de 1874, page 90.

ANGERS THÉATRES — 90 — ANGERS THÉATRES

Guillaume Ruzé se contente (statut de 1586 p. 319), de prescrire que « préalablement les dites farces, comédies, scènes ou histoires, si aucunes on veut jouer » soient « communiquées ou approuvées par lui ou ses vicaires. »

Depuis le XVIe siècle le « parcs des jeux » établi sur la place des Halles, y reste à demeure ; il y est même réparé et entretenu par la ville en 1563. C’est là que s’arrêtent les comédiens nomades en 1601, en 1623, en 1627, en 1629, en 1630, en 1634, payant le gite tout au moins d’une représentation ou d’un prélèvement sur la recette au profit des pauvres de l’Hôtel-Dieu. — En 1738 François d’Hauteville, entrepreneur de comédie, le fait reconstruire. Devais en est directeur en 1756 avec privilège exclusif. — En 1762 Jean Thoribet et Roch Charier font édifier une salle nouvelle dans l’ancien jeu de paume d’Alexis. Elle fut inaugurée, avec des peintures de Dubois, qui passaient pour superbes, par le vieux comédien Baron et sa troupe le 1er juin 1763, veille du Sacre. La salle était longue, étroite, avec deux rangs de loges peu saillantes et peu profondes, deux balcons à gradins des deux côtés de l’avant-scène, le parterre debout, tout l’édifice en bois, traversé par d’étroits couloirs et desservis par une seule porte. On payait au parterre 12 sols, 24 aux secondes loges, et aux premières sur le théâtre 40 sous. La ville fit paver la place en 1764. Le directeur Bernault fut expulsé d’autorité en 1766 par Pitrol, protégé du duc de Brionne. Le 2 janvier 1768 le privilége fut concédé à Mlle Montansier, en 1770 à Duranda, de nouveau à la Mon tansier en 1771. — Thoribet et Charrier restaient concessionnaires de la salle, qu’ils louaient aux privilégiés. Leur concession fut alors prolongée de 12 ans pour les aider à s’indemniser de leurs dépenses premières. Ils avaient de plus le privilège des bals publics. — Ducollet père et Descros sont directeurs en 1772, la Montansier et Francisque en 1775. Cette année même un scandale et des violences inouïes commises par les invalides du château fournirent l’occasion de leur enlever le privilège de monter la garde au théâtre qui revint au guet. — Desmarets est directeur, en 1777, 1778 ; — Moylin dit Francisque en 1783, avec privilège pour la troupe des Comédiens de Monsieur dans tout l'Apanage ; il cède l’exploitation à la Montansier ; — Derville, en 1786 ; — Louise-Élisabeth Pétrel, femme Forgeot, en 1788.

En 1786, M. d’Antichamp avait proposé un pro jet de reconstruction du théâtre par une tontine de 240 actions de 500 livres, dont la propriété, après la mort du dernier survivant, devait devenir le patrimoine de l’hôpital des Enfants-Trouvés. La ville promit (13 février) le don d’un emplacement, dés que la souscription serait remplie. La Révolution détourna toutes les idées. Le directeur Deschamps vint s’installer au cœur de la ville, dans les vieux bâtiments des Grandes Écoles, dont il rompit les planchers, en appliquant deux rangs de loges en très-forte saillie. Mais la salle des Halles fut seule maintenue ouverte, quand la loi condamna les villes de second ordre à un seul théâtre. Les propriétaires se refusant à tous

frais d’appropriation suffisante, l’administration avisa d’y pourvoir. En juillet 1808 il était à peu près décidé de bâtir une salle nouvelle, par une tontine de 500 actions, sur les ruines de l’église Saint-Aubin ; les plans étaient approuvés par le ministère, mais les conditions nouvelles faites à la ville l’amenèrent à refuser tout concours. On revint à l’emplacement actuel de la Poste, puis en fin de compte aux Grandes Écoles. Les plans et devis de l’architecte Binet, acceptés tout d’abord, ne furent définitivement approuvés qu’après divers remaniements le 10 juin 1820. Ils portaient les devis à 84,985 francs, qui pendant les travaux furent élevés à 128,705 francs et se réglèrent par une dépense de 284,000 francs. La première pierre avait été posée le 9 juillet 1821. La nouvelle salle devait durer, sans autre transformation que les travaux d’entretien obligatoires et quelques restaurations, notamment en 1851, jusqu’à la nuit du 4 au 5 décembre 1865, qu’elle fut totalement incendiée. À l’heure où l’on s’aperçut du sinistre, les flammes dépassaient la toiture, qui bientôt s’écroula dans un vaste brasier. — Après une longue discussion, des enquêtes contradictoires et une mêlée de brochures, le Conseil municipal, rejetant à une voix de majorité, l’appropriation d’un théâtre provisoire, a décidé la construction sur le même emplacement, d’un nouveau théâtre, dont l’adjudication a eu lieu le 19 avril 1867, sur les plans de l’architecte Botrel, de Paris, mort au courant des travaux et qui vient d’être remplacé par M. Magne. La décoration en est réservée à des artistes angevins, les peintures du foyer à M. Dauban, celles de la coupole à M. Lenepveu.

Dans cette salle si vite anéantie avaient brillé, ne fût-ce qu’en passant, les principales gloires de la scène, — Mlles Volnais en 1821 ; — Mars en 1826 ; — Georges en 1827 ; — Jenny Vertpré le 2 décembre 1834, dans la Reine de Seize ans et les Premières Amours ; — Mme Allan (10-12 juillet 1835) ; — Mme Pradher (11-26 juin 1846) ; — Anna Thillon (31 mai 1837) ; — Bouffé (15-25 juin 1827) ; — Ligier (30 juin-15juil.) dans Louis XI, Othel lo et tout le répertoire tragique, immédiatement remplacé par Bocage (20-26 juillet) avec la Tour de Nesle, Antony, Thérésa, le Bravo, Richard d’Arlington, tout l’attirail romantique qui effraya fort la pruderie des Angevines ; — le mathématicien Vilo Mangiamele (6 et 9 décembre 1837), mis à l’épreuve sur sa demande par les professeurs Pinjon et Catillon ; — pour la seconde fois Mlle Georges (24-29 mai 1838) dans Lucrèce Bor gia et Marie Tudor ; — Lepeintre ainé (16 août) ; — Mme Dorval (22-28 décembre) ; — Mme Volnys (2-10 juillet 1839) ; — Thérésa et Maria Mila nello (5 mai 1840) ; — Balta (8 novembre 1841) ; — Mme Damoreau et le violoniste Artot (4 7 septembre 1843) ; — la grande Rachel, dans And romaque, avec le prix des places quadruplé (27 juin 1845) ; — Albony dans la Favorite (9 avril 1849) ; — Mme Persiani (18-30 avril) ; — Du prez avec Mlle Miolan (15 juillet) ;— de nouveau Alboni (7-13 juillet 1850). — Citons encore comme souvenirs à recueillir par les mémoires angevins les représentations de Caroline ou l’In-


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