Château de Brézé

De Wiki-Anjou
Château de Brézé
(monument)
Époque Temps modernes
Classement Monument historique (1979)
Commune Brézé
Notes Propriété d'une personne privée
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Monuments de Maine-et-Loire

Situation

Le château de Brézé se situe sur la commune éponyme de Brézé (49260), à 10 kilomètres au sud de Saumur, soit à l’extrême sud-est du département de Maine-et-Loire, dans la région administrative des Pays-de-la-Loire.

Les familles

LES « BREZE » (jusqu’au XIVe)

Les premières fondations d’un ensemble fortifié remontent au XIe siècle ; d’après une charte retrouvée dans l’abbaye de Saint-Florent, près de Saumur, qui prouve son existence dès 1063. Le cartulaire de Brézé mentionne la présence d’une structure seigneuriale, ou habergement à l’emplacement du château actuel. Un siècle plus tard, la terre de Brézé apparaît déjà dans les textes comme formant un fief de belle importance. Les actes notariés de cette époque mentionnent les Brézé comme faisant état d’un rang seigneurial élevé. Il faut dire que « Brezay » est depuis toujours un site stratégique, à l’origine à la croisée de plusieurs grandes tribus celtes et traversé par la route ancienne qui menait de Saumur à Loudun et Poitiers.

De cette époque subsistent de nombreux habitats souterrains (troglodytiques[1]) dont on trouve la trace dans les archives sous le nom de roches munis de systèmes défensifs, vraisemblablement plus efficaces pour faire face aux envahisseurs que ceux des châteaux de surface. Bien avant l’existence des châteaux de pierre, les hommes ont cherché refuge au sein de la terre et ont, comme à Brézé, creusé le tuffeau, cette roche caractéristique de la Vallée de la Loire et de l’Anjou. De nombreux documents font état de ces habitats, dont l’origine est attestée dès le IXe siècle (époque des invasions barbares, les Normands remontent la Loire). Fréquemment, la désignation de « roche » est suivie du nom de son propriétaire et seigneur fondateur. La roche de Brézé, est l’une des mieux préservées parmi les cavités médiévales fortifiées dont on connaît pourtant de très nombreux exemples dans la région. Accessible au public, elle a conservé la plus grande partie de ses aménagements primitifs : puits de lumière, boyaux défensifs, silos à grains, niches ou placards, mangeoires pour les animaux…

LES « MAILLE-BREZE » (XIVe-XVIIe)

En 1318, Péan de Maillé, originaire de la ville du même nom au nord de Tours appelée aujourd’hui Luynes, épouse l’héritière de la seigneurie de Brézé, qu’il avait enlevé avant les noces. Cette nouvelle branche de la famille prend le nom de « Maillé-Brézé ».

Au XVe siècle, Gilles de Maillé-Brézé, conseiller du bon roi René (duc d’Anjou) obtient de ce dernier l’autorisation de fortifier sa gentilhommière. A partir de 1448, des douves sèches sont creusées et des pont-levis les enjambant ferment et défendent l’accès au château. Profondes alors de 10 à 12 mètres, elles sont protégées par un efficace système de défense souterrain composé de chemins de ronde et de postes de garde. D’autre part, les travaux entrepris pour les creuser permettent d’extraire la pierre nécessaire à la construction du château aérien.

Début Renaissance, les douves sont approfondies (jusqu’à la profondeur actuelle, soit 18 à 20 mètres, les plus profondes d’Europe à faire le tour complet d’un château !) et on y aménage dans les parois d’importantes structures et dépendances seigneuriales : celliers, boulangerie, magnanerie (pour l’élevage du vers à soie), salle des pressoirs… En même temps, le système défensif est complété par un pont-levis souterrain protégeant l’accès au château depuis les douves.

En 1565, Catherine de Médicis et son fils, le jeune Charles IX font étape à Brézé où ils sont accueillis par Artus de Maillé-Brézé lequel donne au logis seigneurial son allure Renaissance. L’édifice médiéval est alors pratiquement détruit pour faire place à une élégante demeure : un corps de bâtiment en U, flanqué à l’ouest de deux tours rondes massives prenant naissance au fond des douves. La décoration de la façade du logis (où habite l’actuel propriétaire !) comporte de nombreuses caractéristiques du nouveau style inspiré par l’Antiquité : pilastres cannelés d’ordre corinthien, porte d’entrée accostée de colonnettes de marbre rouge d’ordre ionique, frise de poste, …

Le XVIIe siècle est une époque d’ascension sociale pour les Maillé-Brézé. En effet, l’arrière petit-fils d’Artus, Urbain de Maillé-Brézé, obtient du roi Louis XIII le titre de marquis en 1615. Il épouse « la Grande Nicole », sœur de Jules-Armand du Plessis, futur Cardinal de Richelieu (ministre de Louis XIII). Ce puissant prélat décide du destin de ses neveux, Armand et Claire-Clémence de Maillé-Brézé. La jeune fille est donnée en mariage, à 13 ans, au « Grand Condé », Louis II de Bourbon, cousin de Louis XIV, l’un des instigateurs de la Fronde des princes durant la jeunesse du roi. Quand à son frère Armand, le Cardinal, encore évêque de Luçon, décide pour lui d’une carrière militaire maritime. A 23 ans, il est nommé grand amiral de France mais il meurt à 27ans sur son navire, tué par un boulet de canon lors d’un siège en Italie. Décédé sans héritier, c’est donc à sa sœur que revient le marquisat à la mort de son père.

LES « BOURBON » (milieu XVIIe, pendant 32 ans)

Claire-Clémence est l’épouse depuis 1641 du prince Louis II de Bourbon qui devient donc propriétaire du marquisat de Brézé. Ensemble, ils auront un fils, Henri-Jules de Bourbon.

Tous portant peu d’intérêt à cette terre, ils signent un acte de vente en 1682. Les Condé qui possédaient en Bretagne la baronnie de Châteaubriant, étaient intéressés par la seigneurie de la Galissonnière, proche, qui appartenait à Thomas Dreux. Celui-ci l’échange contre Brézé en y ajoutant une dote de 210 000 livres.

Il est l’auteur de la branche Dreux-Brézé.

LES « DREUX-BREZE » (XVIIe-XXe)

Le fils de Thomas Dreux devient en 1710 grand maître des cérémonies de France auprès du roi ; fonction qui est revenue aux fils aînés de la famille pendant plus d’un siècle, soit cinq générations, jusqu’en 1830.

Son père, Henri-Evrard de Dreux-Brézé, est chargé par le roi Louis XVI de préparer les Etats Généraux. Il participe alors à l’une des scènes les plus célèbres de la Révolution Française, la séance du 23 juin 1789, qui se déroule à Versailles dans la salle du Jeu de paume, au cours de laquelle il est raccompagné par Mirabeau prononçant ces paroles restées dans toutes les mémoires : « Monsieur, allez dire à votre Maître que nous sommes ici de par la volonté du peuple et que nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ! ».

Au XIXe siècle, les Dreux-Brézé souhaitent rénover et agrandir leur demeure. Ils font appel à l’architecte René Hodé, aussi surnommé « le Viollet-le-Duc angevin », célèbre pour ses nombreuses restaurations en Anjou, dans le style « gothique troubadour » très apprécié à l’époque.

En 1820, Henri-Evrard de Dreux Brézé et son épouse Adélaïde de Custines font prolonger l’aile renaissance. Remarquable par sa discrétion tant elle reprend les éléments décoratifs de la façade d’origine, cette prolongation est seulement trahie par une couleur différente dans la pierre.

Les principales modifications sont dans l’ouverture de l’aile Nord transformant ce simple couloir en galerie ouverte, à la manière des cloîtres. Au-dessus sont construits de toutes pièces une salle de réception éclairée par sept baies, et un second étage pour les bonnes. C’est un lieu de passage mais aussi de réjouissances. La tour de l’Horloge est modifiée depuis sa partie basse par l’ajout d’une rotonde. L’aile Ouest est reconstruite et une tour carrée élevée en plein cœur. Des éléments médiévaux, utilisés en ornementation (mâchicoulis, créneaux, gargouilles) rappellent les systèmes de défense du Moyen Âge.

On retrouvera d’ailleurs sur la façade du château, ici et là, le blason de la famille Dreux-Brézé : « D’azur à un chevron d’or, accompagné en chef de deux roses d’argent et en pointe d’un soleil d’or », laquelle aura pour devise : « Fait ce que doit, advienne que pourra ».

Ouvert depuis 2000 à la visite, classé Monument historique[2], le château de Brézé dispose d’un des plus beaux et rares exemples d’architectures intérieures néo-gothique et néo-renaissance encore conservées à ce jour avec les appartements de Monseigneur Pierre de Dreux-Brézé, évêque de Moulins de 1850 à 1893. Les logements des domestiques où sont montrées leurs tenues d’époque, ainsi qu’une salle de bain et son curieux chauffe-serviette concourent également à la vie de château à Brézé. La Chambre de Richelieu expose son mobilier Louis XIII d’origine et la grande galerie, ancienne salle de réception du château, est désormais dévolue aux ancêtres des Dreux-Brézé et aux portraits de plusieurs membres de la famille royale : Louis XVI et son épouse Marie-Antoinette, leur fils, l’infortuné Louis XVII…

LES COLBERT (depuis 1959)

La dernière des Dreux-Brézé, la défunte marquise Charlotte de Dreux-Brézé épousera en 1959 le Comte Bernard de Colbert (descendant de Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV). Naturellement, c’est aujourd’hui leur fils et son épouse Karine qui ont repris la propriété.

La forteresse souterraine

Le château de Brézé, ancienne demeure des Grands Maîtres de Cérémonies des Rois de France, a la particularité de posséder un extraordinaire réseau souterrain et les douves sèches les plus profondes d’Europe.

LA ROCHE DE BREZE

La « Roche de Brézé » est la partie du château la plus ancienne connue à ce jour. On ignore son époque de creusement, toutefois elle est vraisemblablement antérieure à 1063, date à laquelle l’existence d’une seigneurerie à Brézé est attestée dans la charte de l’abbaye de St Florent, près de Saumur. Ce souterrain, creusé à environ 9 mètres sous l’actuelle cour d’honneur, est une véritable forteresse. En périodes de troubles -invasions vikings, épidémies, intempéries, pillages, guerres de religion-, les habitants de l’Anjou ont cherché refuge sous terre dès le IXe siècle. Le Saumurois compte à lui seul 14 000 cavités souterraines. Nombres de souterrains aménagés ne sont plus accessibles de nos jours, ce qui rend l’état de conservation de la « Roche de Brézé » d’autant plus remarquable. La forteresse présente une architecture « en trèfle » unique au monde. En son centre, on trouve un puits de lumière carré, autour duquel sont disposées 3 pièces. Dans la première pièce, 5 silos à grain sont creusés dans les parois de tuffeau. Ils étaient fermés hermétiquement par des portes de bois. Leur taille témoigne de la richesse et de la puissance des premiers occupants. En effet, ils auraient pu nourrir de 15 à 20 personnes pendant un an. Ils permettaient également, en cas de destruction des récoltes, de replanter les cultures l’année suivante. L’un des silos a été percé au XVIe siècle par le couloir d’entrée, dans le but de faciliter l’accès à la Roche depuis la surface. Au Moyen Age, la lumière et l’air se diffusaient du puits central vers l’habitat par d’ingénieuses fenêtres-meurtrières. Étroites à l’intérieur du puits, elles s’ouvrent en s’évasant vers les pièces. Ainsi, elles empêchaient le passage d’un ennemi tout en permettant l’apport d’un maximum d’air et de clarté. En outre, il était impossible d’enfumer les lieux, le puits faisant office de conduit de cheminée. La Roche de Brézé a connu de nombreuses modifications au cours des siècles. Certaines parties ont été détruites, d’autres murées ou transformées…

LES DOUVES SÈCHES et leur SYSTÈME DÉFENSIF

Au XVe siècle, Gilles de Maillé-Brézé, Grand Maître de la Vénerie du « bon Roi René » (le Duc d’Anjou), obtient de celui-ci l’autorisation de fortifier le domaine de Brézé. A partir de 1448-1450, les douves atteignent une profondeur de 10 à 12 mètres et l’on commence à creuser les premières salles souterraines autour des fossés. Le premier niveau de creusement est visible au pied du pilier maçonné qui soutient la passerelle piétonnière.

Vers 1525, Guy de Maillé-Brézé, son petit-fils, intensifie le creusement des douves pour parvenir à une profondeur de 15 à 18 mètres. Les fossés font alors le tour complet du château. Dans les salles déjà existantes, on aménage d’importantes dépendances seigneuriales : lieux de stockage, boulangerie, magnanerie, salle des pressoirs…. Les six immenses celliers où étaient entreposées les récoltes du château témoignent de la puissance des châtelains à cette époque. Leur taille est en effet adaptée à celle du domaine, qui couvrait alors une surface de 1 850 hectares, comme l’indique la taille de la fuye (le pigeonnier érigé à l’entrée du parc).

Parallèlement, le système défensif est complété par un pont-levis souterrain à contrepoids protégeant l’accès à la grande galerie depuis les douves. Il reposait à la place du plancher de bois sur une fosse de quatre mètres de profondeur, elle-même équipée d’un poste de guet relié à d’autres postes de garde par une galerie souterraine. En cas d’attaque, le tablier basculait le long d’un axe de métal et venait s’encastrer dans la roche. S’il venait à être détruit par le feu, le pont-levis était complété par une première grille, une porte en chêne protégée par un poste de tir et enfin une seconde grille, formant un véritable sas défensif. Enfin, des postes de gardes situés de l’autre côté des douves permettaient de prendre les ennemis en tirs croisés. Ce système de défense efficace va faire ses preuves durant de nombreux siècles car le château n’a jamais été pris !

Entre le XVe siècle et le XVIIe siècle, le château de Brézé vit deux grandes époques de fortification sous l’impulsion des Maillé-Brézé. Le château en a conservé de nombreux éléments défensifs, tel l’étonnant chemin de ronde creusé dans la pierre de la face ouest des fossés. Les chemins de ronde sont généralement situés en hauteur. Cependant, celui-là permettait de faire face à une éventuelle attaque depuis le fond des douves, ainsi que de protéger les celliers seigneuriaux situés juste en face. Il dessert plusieurs postes de tir munis d’une meurtrière centrale, de trous de visée ébrasés vers l’extérieur et de bouches à feu, c’est-à-dire des ouvertures spécifiquement destinées à l’usage d’armes à feu. A Brézé, trous de visée et bouches à feu sont entièrement taillés dans la pierre. A mi-parcours du chemin de ronde troglodytique, on trouve l’échauguette défensive. Cette petite tour ronde, accolée à la paroi des fossés, a été construite en 1614. Elle remplace une partie du château disparue au XVIe siècle et n’est accessible que par le réseau souterrain. Percée d’un grand nombre de bouches à feu qui procurent de nombreux angles de tirs, elle permettait ainsi de surveiller les fossés et de les défendre par des tirs rasants et inclinés avec deux hommes équipés de simples arquebuses. D’autres salles et galeries de défense sont visibles sur le pourtour des douves. Chaque niche de tir devait être servie par au moins un homme. La garnison du château, sous les ordres d’un « capitaine » devait atteindre pour le moins 50 hommes d’armes. C’est peut-être l’un d’eux qui grava son nom sur l’appui de l’une des meurtrières.

Le château de Brézé possède aujourd’hui les douves sèches les plus profondes d’Europe à faire le tour complet d’un château. Contrairement à une idée très répandue, ces douves n’ont jamais contenu d’eau. Il y a plusieurs raisons à cela : Le château étant construit sur une hauteur, le cours d’eau qui passe au pied du village (la Dive) ne pouvait pas être détourné pour alimenter ces fossés. / Compte tenu de la taille des douves et de la porosité du tuffeau (plus exactement sa capacité à absorber l’eau), il aurait fallu un volume d’eau énorme pour non seulement remplir ces fossés mais également pour les garder pleins. / Enfin, une immersion complète aurait rendu toute vie impossible au cœur des souterrains, tout comme dans les parois périphériques des douves.

C’est alors que les dépendances du château furent aménagées dans ces parois rocheuses, à l’abri de l’extérieur.

Notes

Sources et annotations

  1. Troglodytique(s) : voir dictionnaire.
  2. Ministère de la Culture, Base Mérimée (Architecture & Patrimoine), juin 2013