Poètes angevins par M. Leclerc - Alfred Coupel
|
C'est au tour, maintenant, d'un de nos plus charmants Poètes :
Né à Saint-Aubin-de-Luigné en 1875, Alfred Coupel, Docteur en
Droit et Avocat, publiait en 1902 un premier volume de vers,
« L'Enclos Fleuri », où déjà se faisait jour un talent tout de charme et
d'élégance ; en 1906 il fut lauréat d'un concours du Journal. Par trois
fois, en 1909, 1910 et 191 4, l'Institut le couronna, en compagnie
d'E. Roussel. En 1910, il publiait un nouveau volume, Les Refuges,
dans lequel j'ai choisi, avec le regret de ne pouvoir tout prendre, ce
croquis du « Jardin des Plantes », où la fantaisie du Poète a fait
aborder l'Arche de Noé :
- . . . . . . . . . .
- Le vieux Noé prit la godille
- Et suivit l'oiseau du Seigneur,
- En bénissant Dieu dans son cœur
- De sauver sa grande famille.
- Le radeau paisible flotta
- Pendant sept jours à la dérive.
- Puis Noé vit enfin la rive
- Où Dieu voulait qu'il abordât.
- C'était au bord d'un vaste fleuve,
- Près des entrepôts de Bercy.
- Il jeta l'ancre et dit : « Merci,
- Seigneur, qui m'abrégeas l'épreuve !... »
- . . . . . . . . . .
- Puis, les espèces pullulantes
- Rompirent leurs frêles liens,
- C'est ainsi qu'aux temps diluviens
- Noé fit le Jardin des Plantes.
- ***
- Les bleus matins d'été, les Bêtes,
- Par bonds, par cris, à coups de becs,
- Se font mille salamalecs.
- Quelle aubaine pour les poètes !
- Près d'un gras canard patapouf
- Se prélasse la riche autruche.
- Volubile, dame Perruche
- Rit de la Grue en waterproof.
- Tout près, sur sa guibolle étique,
- Poudreux et chauve, un Marabout
- Péniblement met bout à bout
- Quelques chapitres d'une éthique.
- . . . . . . . . . .
- Dans l'or flamboyant de ses plumes
- Le Faisan drape son orgueil,
- Et le Porc-épic, sur son seuil,
- Compte son lot de porte-plumes.
- . . . . . . . . . .
- Quelques cailloux et trois bûchettes
- Font aux Chamois un site alpin ;
- Sur le tronc rugueux d'un sapin
- Les Mouflons sèchent leurs manchettes.
- Le Dain joue à crotte-menu…..
- . . . . . . . . . .
Il n'est pas inutile de faire remarquer que ces vers étaient écrits avant Chantecler, et qu'Edmond Rostand n'eut le monopole, ni des études d'animaux — toute l'œuvre de Coupel en fourmille — ni des jeux de mots les plus cliquetants ; j'ajouterai qu'Alfred Coupel, s'il en connaît le secret, sait en user discrètement, et voici, dans une note toute différente, un poème d'une haute et sereine inspiration :
- Orgueil
- Ainsi que de blancs vols de cygnes
- Qui volent dans l'azur par delà les hauteurs
- Sans creuser de sillages,
- D'un rythme aérien, splendides et légers,
- Les blancs nuages vont au-dessus des clochers,
- Au-dessus des villages.
- Je les suis du regard, esclave humilié.
- Ainsi qu'un chien qui dort, au bout de mon soulier
- Une ombre est là, couchée.
- Oh ! Comme je la hais de ramper en tremblant,
- Là-bas, si loin du beau cortège étincelant,
- A ma trace attachée !...
- Mais toi du moins, ô ma Pensée, évade-toi !
- Suis les blancs pèlerins ! Fais éclater le toit
- De ta niche obsédante!
- Et d'un seul jet vermeil, vers l'inconnu, vers Dieu,
- Va te planter, vibrante, au centre du ciel bleu,
- Comme une flèche ardente !
Depuis la parution des Refuges, Alfred Coupel, hanté sans doute par le titre de son recueil, s'est réfugié, en philosophe, dans ce petit manoir de La Haie-Longue qui vit ses jeunes années ; parmi le calme enclos d'un jardin embroussaillé qui descend de terrasse en terrasse jusqu'au Louet — où il court, dès potron-minette, relever ses nasses, car il est grand pécheur devant l'Eternel, — le Poète a retrouvé ses amies les Bêtes et ses amies les Fleurs ; il fait dialoguer le vieux jardinier avec la Bête-à-Bon-Dieu — ô la jolie saynète pour un théâtre d'enfants, que cette pièce qu'il me confia, inédite encore, et malheureusement trop importante pour trouver place ici ! Il élève au milieu des fleurs une autre petite fleur blonde et rose, et, dans la douceur intime d'un foyer heureux, prépare sans se hâter un nouveau volume de vers, dont ce sonnet virgilien est une primeur :
- A l'ombre des pins
- Ce clair panorama, semé de blancs villages,
- T'enchante et tu souris au cieil virgilien
- Dont la douceur demeure au pays angevin
- Dans sa fraîcheur d'églogue et par delà les âges.
- Mais des yeux seulement tu lui rends ces hommages,
- Sans songer que ce culte est puéril et vain
- Si ton âme ny sent un plus secret lien
- Ni d'autre attrait vivant qu'un beau reflet d'images.
- Viens sous ces pins. C'est l'heure exquise où, les bergers
- Font paître à leurs troupeaux l'herbe en fleurs des vergers,
- Où le pêcheur tend ses verveux et ses bosselles.
- Ecoutons-les chanter... leur chant est aussi pur
- Que celui des pasteurs de Mautoue et Tibur ;
- Et tu vois Lydia, voyant ces jouvencelles…..
En parallèle avec cette évocation de l'antique, on lira avec émotion ce joli tableau de plein-air, si simplement et si pleinement familial :
- Printemps
- Vers le moulin qui vire et qui blute son blé
- Les bambins, sur le pré, vont faire la dînette.
- Prés d'eux, un ruisseau siffle un air d'aristonnette.
- La nappe est une touffe en fleur de serpolet.
- La fraise abonde au bord du joli ruisselet.
- Dans un panier de joncs chacun fait la cueillette ;
- Tandis que la maman découpe la galette
- Et glisse au frais, sous l'herbe, une jarre de lait.
- L'eau scintille. Et le ciel est si bleu dans les branches,
- Et si roses les bras potelés, hors des manches,
- Qu'un plus fervent amour brille au front maternel.
- Oh! qu'ils sont purs, ces tout premiers essors de l'être !…
- L'âme est toute clarté tant Vazur la pénètre
- Et, comme V alouette, elle chante en plein ciel...
>BIBLIOGRAPHIE. — L'Enclos Fleuri, poèmes. Paris, Lecène et Oudin, 1902. — Les Refuges, poésies, Paris, Tassel, 1910.
(Plus trois œuvres en collaboration avec Roussel, déjà signalées à propos de celui-ci et couronnées par l'Institut : Anne-Marie. — Acis et Galatée. — Psyché.
A. Coupel a écrit encore trois pièces de théâtre, inédites jusqu'à ce jour : L'Aïeule. — Hélène Hergant. — Bohême d'Amour. — Il est aussi l'auteur d'une thèse sur La Responsabilité atténuée).
Extrait de l'ouvrage Poètes angevins d'aujourd'hui, essais anthologiques de Marc Leclerc, Société des artistes angevins, Paul Lefebvre libr.-édit. (Paris), 1922, 134 p.
Marc Leclerc (1874-1946), homme de lettres angevin, créateur des rimiaux, peintre, conférencier, membre de la Société des artistes angevins.
Alfred Coupel (1875-19..), avocat, poète, notamment auteur de Les Refuges, L'enclos fleuri, Herbes folles et Psyché, poème lyrique coécrit avec Eugène Roussel, Premier grand prix de Rome en 1914.
Du même ouvrage : Paul Pionis, Paul Sonniès, René Bazin, Olivier de Rougé, Auguste Pinguet, Émile Marchand, Henry Cormeau, Maurice Couallier, Eugène Roussel, Guillaume Carantec.
Également, le poète René Guy Cadou, le peintre Paul Ragueneau, l'écrivaine Marie Aubinais.
Littérature — Culture — Territoire — Patrimoine — Économie — Administrations — Documents