Croyances et superstitions en Anjou (R-V)

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Langue et littérature angevine
Document   Croyances et superstitions en Anjou
Auteur   Anatole-Joseph Verrier et René Onillon
Année d'édition   1908
Éditeur   Germain et G. Grassin (Angers)
Note(s)   Croyances et superstitions en Anjou (R-V)
Extrait du Glossaire étymologique et historique des parlers et patois de l'Anjou


— A Sa., de même qu'à Mj., les rameaux bénits sont des paratonnerres très efficaces. Ils ont, de plus, la propriété d'arrêter les essaims d'abeilles.

Remise. — Armoise. — Il faut en cueillir le jour de la Saint-Jean, avant soulé-levé, et en mettre des poignées dans les étables, afin d'empêcher les bestiaux d'être ensorcelés. (Lg.)

Rêves. — Quand on rêve de noces, c'est signe qu'on ira bientôt à un enterrement. On n'a pu me dire si la réciproque est vraie. (Lg.)

Rogations. — Il ne faut pas laver la place (le carreau) pendant les Rogations ; quelqu'un de la maison mourrait dans l'année.

— Il ne faut pas boulanger pendant les Rogations, sinon le pain voirit (moisit) toute l'année. (Mj.)

— Il ne faut pas sumer les pois dans les Rogations, ils lèvent borgnes.

— Au Longeron, même observation pour boulanger le pain ; il chaumenit.

Ronce. — Accrocher par mégarde et traîner une ronce au bout de sa robe, c'est un très mauvais signe pour une jeune fille ; elle ne se mariera pas dans l'année.

Rousillarde. — Lorsque la chandelle de résine pétille, bave et lance des filets ou embrunches de tous côtés, c'est que les femmes qui l'ont fabriquée ont été pisser pendant l'opération. (Lg.)

— Les fileuses se servent de résine pilée pour faire adhérer leur tie à la pointe de leur fuseau. Elles s'en enduisent encore le bout des doigts lorsque leur tie devient trop glissante.

— La résine pilée est, de plus, un remède pour le pansement des coupures.

Sacres. — Dans les fermes où on boulangeait (or, on boulangeait dans toutes les fermes et dans beaucoup de ménages), on n'aurait pas boulangé entre les deux Sacres ; le pain aurait moisi toute l'année. — Oh ! le pain moisi, quelle horreur !. . . Et, quand il l'était trop, qu'il était absolument impossible de le manger, on le coupait par petites lèches, on le faisait sécher au soleil et on l'employait dans la soupe, et quelle soupe ! — Si le pain manquait après le Grand Sacre, on en achetait jusqu'après le Petit Sacre.

Saints invoqués. — Saint Avertin, contre les maux de tête. (Description de la ville d'Angers, p. 322, note.)

— Autel de Notre-Dame-des- Serpents (Saint-Maurille), contre les menaces des mauvaises langues). Id., ibid.

— Prieuré de Notre-Dame-de-la-Papillaye. La Sainte Vierge. On y amenait les enfants pour les guérir du mal de la peur. (Id., p. 450, note.)

— Eglise de Saint-Laurent. Pèlerinage que fréquentaient surtout les malades de « feu sec ». (Id., p. 511, note.)

— Chapelle de Sainte-Apolline, en Reculée. La sainte y était renommée pour la guérison du mal de dents. Il n'était que de se mettre en chemin. Avant l'arrivée, le mal se passait. (Id., p. 539, note 2.)

— Chapelle Sainte-Catherine. Le 25 novembre, jour de la fête, la statue qui décorait l'autel était habillée de la tête aux pieds par les demoiselles de la ville. Celles qui avaient passé 25 ans avaient à fournir la coiffure. Le même jour, les jardiniers apportaient à bénir leurs rameaux destinés aux boutures. (Id., p. 467, note 1.) Péan de la Tuilerie. Nouvelle édition, par C. Port. A Angers, chez Barassé.)

Sainte-Émérance. — Il y a, à La Poëze, une chapelle de Sainte-Emérance qui attire de nombreux pèlerins. — Au Long., il y a aussi, mais dans l'église, une chapelle de la même sainte qui, de longue date, est également célèbre aux environs. — Au Lg., comme à La Poëze, la spécialité de la sainte est de guérir du mal de ventre.

Saint-Jean. — Attention à vos poules couasses, qu'elles aient leurs petits avant la Saint-Jean. Si elles couent le jour de la Saint-Jean, ça porte malheur ; il va mourir qqn dans la famille. — J'ai vu briser toute eine couée d'œufs avec les petits tout formés la veille de la Saint-Jean. Ces œufs auraient peut-être éclous le lendemain.

Saint-Pou. — Pour guérir les enfants de la pou (peur), on les mène voir saint Pou. C'est la statue d'un saint qui se trouve dans l'église de La Gaubretière (Vendée, 10 kilom.) et qui, les yeux terribles et les bras levés, fait le geste de s'élancer sur les visiteurs (Lg.). Ce saint Pou aurait-il quelque lointaine parenté avec le saint Pien du littoral poitevin, bienheureux apporté par la vague, qui déchaîne les grands vents et que l'on vénère sur les bords de la Sèvre (Niortaise) ? A Maillé (Vendée), on célèbre sa fête aux environs du 15 mars. (D'après la Revue des Traditions populaires, t. XXII, p. 168).

Sau. Sel. — J'ai dit ailleurs (V. Folk-Lore, Beurre (vol du), au XV, Sorciers) l'usage que l'on fait du sel à Montj. pour se préserver des maléfices des sorciers. Au Longeron, cet usage du sel est inconnu : mais, en revanche, personne, même dans le bourg, en dehors des épiciers, ne consentirait à donner ou à vendre une pincée de sel à un inconnu. Donner de la sau, c'est s'exposer à être ensorcelé.

— Que diraient à cela nos bons alliés les Russes, ces khlêbocoly déterminés, chez qui le pain et le sel sont en permanence sur la table à la disposition de tout étranger?

Saumon. — Lorsque les pêcheurs s'aperçoivent qu'il y a un saumon dans la seine, ils tournent leur chapeau sur leur tête pour avertir leurs camarades. Ils se gardent bien de nommer le saumon, qui entend fort bien son nom et qui s'échapperait aussitôt par dessus la lège. Un des pêcheurs se met alors à guêcher autour du boille de la seine pour chasser le poisson vers le bord.

'Semaine-Sainte. — Il ne faut pas changer de chemise du Vendredi-Saint au jour de Pâques. — Faire la lessive dans la Semaine Sainte, c'est laver son suaire.

Sentinelle. — V. au Gloss. — On a vu, à l'article Bourguignon (ci-dessus), que la mise en faction ou le relèvement des sentinelles ne vont pas sans quelque danger pour ceux qui s'y emploient. D'aucuns, toutefois, prétendent que l'écrasement d'un factionnaire est un présage de chance pour le reste de la journée. — Ça porte bonheur, disent les uns. — Il n'y a que comme cela que ça s'enlève, disent d'autres gens, pour critiquer les services de voirie.

Septième. — Le septième garçon d'une famille avait une fleur de lys imprimée sous la langue. — V. plus haut : Garçon.

Service. — V. Gloss.

Signes. — On donne le nom de signes à tous les phénomènes météorologiques extraordinaires, parce qu'on y voit des présages de calamités redoutables. Je me souviens que, pendant l'hiver 1870-71, les aurores boréales, qui, presque chaque nuit, illuminaient le ciel, étaient interprétées par tout le monde comme l'annonce des combats sanglants qui se livraient chaque jour à cette époque. De fait, l'écho des coups de canon d'Orléans, apporté jusqu'à Montjean par la Loire, ne venait que trop donner raison à la superstition populaire.

Les lueurs rougeâtres dont fut longtemps ensanglanté l'horizon, pendant les années qui suivirent l'éruption du Krakatoa, étaient peut-être plus remarquables en elles-mêmes. Cependant, elles donnèrent lieu à moins de commentaires, parce que les esprits étaient moins frappés.

J'ai entendu mainte fois raconter à ma mère qu'à l'époque du choléra de 1849, on attribuait l'épidémie à des fusées qui traversaient les airs pendant la nuit. Et chacun tremblait dans la crainte de ces horribles apparitions. Il est plus que probable que, par une coïncidence fâcheuse, quelques bolides avaient éclaté au zénith.

Les halos en forme de croix, les soleils doubles, la lumière zénithale, que j'ai pu observer moi-même une fois, à Montjean, sont encore au nombre de ces phénomènes météorologiques que le populaire baptise du nom de signes.

Ce genre de superstition est, à vrai dire, de tous les temps et de tous les pays, et j'aurais dédaigné d'en parler si les faits que j'ai cités plus haut ne constituaient une page d'histoire locale qui pourrait, plus tard, présenter quelque intérêt.

Signes de mort. — V. Mort, ci-dessus.

Signes de bonheur. — Araignée du soir, signe d'espoir. — Un papillon volant le soir aux vitres d'une maison annonce une visite pour le lendemain. — Avoir un sou percé quand le coucou chante indique qu'on ne manquera jamais d'argent pendant l'année.

Signes néfastes. — Une belette traversant la route au début d'un voyage. — Araignée du matin, signe de chagrin. — Quand la chouette chante la nuit, il meurt qqn de l'endroit dans la semaine. — Lorsqu'on mange la soupe dans un pot, il tombera de l'eau le jour de ses noces. — 11 arrive malheur à celui qui voit une seule pie sauter devant lui. — Le vendredi est un mauvais jour pour se mettre en voyage. — 13 est un mauvais nombre. — Le pain renversé sur la table. (La Romagne. M. Simon.)

Somnambules (Lg.). — Si l'on prend par le poignet — d'autres disent par le petit doigt — une personne en état de somnambulisme, elle se met à causer et livre tous ses secrets.

Soufflet. — Il est dangereux de recevoir sur les mains ou sur la figure le courant d'air provenant d'un soufflet, cela donne des dartres. Mj. et Tlm. — Il est très funeste d'acheter un soufflet : qqn de la famille meurt bientôt. (Lg.)

Sou percé. — Un sou percé porte chance.

Sourd, Rimoir (Salamandre). — Le sourd ou rimoir passe pour très venimeux ; si on en est mordu, la plaie ne guérit jamais.

Sucet. — V. Gloss.

Suçon. — V. Gloss.

Table. — Quand une table ne yote pas, quand elle danse par défaut d'aplomb, c'est qu'elle sent les noces de qqn. — N. Il ne s'agit pas des tables tournantes, à peu près ignorées dans nos campagnes. (Partout.)

Taches de rousseur. — Si un enfant a des taches de rousseur (son, éphélides), c'est qu'il a dit des sottises au boulanger.

Taupe. — Celui qui trouve une taupe mâle sans la chercher n'a qu'à l'étouffer dans sa main gauche. Cette main jouira ensuite de propriétés merveilleuses. Passée sur le dos d'une bête atteinte de coliques, elle fera cesser le mal instantanément. (Lg.)

Tavelle. — « On sauvait la couvée sur le point d'éclore en déposant dans le nid deux morceaux de fer en croix, vieux loquets, vieux verrous, vieilles ardivelles, tout était bon. « (La Trad., 264, bas.)

Thion (taon). — Au Long., on croit que les taons prennent naissance dans les mucosités d'apparence baveuse qui parfois, au printemps, s'étalent le matin sur les herbes et les genêts, mucosités qui, dans le pays, n'ont pas de nom particulier, mais qu'à Mj. on appelle : Crache-de cocou.

Tonnerre. — Quand le tonnerre gronde, ce sont les saints qui jouent aux boules. Il est bon, alors, de brûler un rameau bénit.

— La joubarbe, qui pousse sur un toit, en détourne le tonnerre. V. au Gloss., Herbe au tonnerre.

— Il ne faut pas plaisanter au sujet du tonnerre, parce que cela attire la foudre.

— Les puits attirent le tonnerre qui s'y noie.

— Le tonnerre tombe en feu et parfois en pierre. V. Pierres de tonnerre, ci-dessus.

Trois pieds. — A laisser le trois-pieds sur le feu lorsqu'on ne s'en sert plus, on risque d'attraper la colique ou le mal dô ventre et on serait sûr de ne pas s'en guérir. — N. J'ai vu moi-même, naguère chez moi, une personne bien intentionnée s'élancer sur le trois-pieds oublié dans l'âtre et l'arracher précipitamment à sa position critique, en alléguant cette raison majeure. (Lg., abréviation|Tlm.|Toutlemonde}})

Urine. — Certains bestiaux ont la manie de boire l'urine de leur camarade de stalle et, souvent, pour ce motif, on est obligé de les séparer. D'autres prétendent que l'animal buveur d'urine dépérit et finit par crever, mais qu'en revanche son camarade engraisse. (Lg. )

Vendredi-saint. — Il y a moins d'un demi-siècle, les anciens du Longeron n'auraient voulu labourer pour rien au monde le Vendredi-Saint. Ce jour-là, disaient-ils, la terre saignait. Instruits par l'expérience, leurs descendants manœuvrent la charrue le Vendredi-Saint comme les autres jours, sans redouter de voir se produire un aussi horrible phénomène. Ne confondons pas la religion avec la superstition.

Ver des chats. — La maladie des jeunes chats est due à ce qu'ils ont un ver dans la queue et c'est pour saisir ce parasite qu'on les voit courir en rond après leur appendice caudal. Aussi le remède consiste à leur couper le bout de la queue. C'est à la fois logique et radical.

Vers. — Lorsque la bouche se remplit subitement de salive, ainsi qu'il advient lorsque, par exemple, on est resté trop longtemps à jeun, c'est que les vers pissent au cœur. Voilà pourquoi il est important de tuer le ver. C'est d'une logique irréfutable.

Verre. — Quand on vide le verre d'une autre personne, on connaît toutes les pensées de celle-ci. Plaisanterie usuelle. (Mj., Lg.)

Viande. — Pour empêcher la viande de tourner par les temps d'orage, il faut y implanter une lame de couteau.

Vipère. — Les vipères vont téter les vaches couchées dans les prés.

— Elles frayent avec les anguilles. V. Russypère.

— Si l'on parvient à tuer la vipère dont on a été mordu, il n'y a pas grand' chose à craindre des suites de la piqûre.




Extrait de l'ouvrage de A.-J. Verrier et R. Onillon, Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou : comprenant le glossaire proprement dit des dialogues, contes, récits et nouvelles en patois, le folklore de la province, Germain & Grassin (Angers), 1908, tome second — Troisième partie : Folk-Lore, III Croyances — Superstitions — Préjugés, pages 450 et 451, Rameaux bénits à vipère. Publication en deux volumes.

Croyances et superstitions de Verrier et Onillon :

Croyances et superstitions en Anjou (A-C).
Croyances et superstitions en Anjou (C-D).
Croyances et superstitions en Anjou (D-L).
Croyances et superstitions en Anjou (L-P).
Croyances et superstitions en Anjou (P-R).
• Croyances et superstitions en Anjou (R-V).
Croyances et superstitions en Anjou (V-V).


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