Croyances et superstitions en Anjou (L-P)

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Langue et littérature angevine
Document   Croyances et superstitions en Anjou
Auteur   Anatole-Joseph Verrier et René Onillon
Année d'édition   1908
Éditeur   Germain et G. Grassin (Angers)
Note(s)   Croyances et superstitions en Anjou (L-P)
Extrait du Glossaire étymologique et historique des parlers et patois de l'Anjou


des apparitions, du moins, ils ne craignaient point leur peine : il y a au moins deux lieues et demie. Au retour, sur les minuit, une heure, ils eurent à passer au pont Larousse. Une laveuse de nuit, ayant sur la tête une de ces énormes coiffes d'étoffe noire que portaient alors les femmes du pays, aiguançait du linge au ras du pont. Nos trois gaillards hésitèrent. Cependant, il fallait passer là ou faire un long détour. Prenant son courage à deux mains, le père Daviau s'avança le premier, frôlant l'être mystérieux qui continua sa besogne. Un autre le suivit. Le troisième compagnon, enhardi, s'avisa, en passant, de porter la main sur la tête de la femme en disant : « Que fais-tu là, à laver à cette heure-ci ? » Mais la laveuse nocturne s'élança sur lui et, à coups de battoux, le touroilla de telle sorte qu'il resta évanoui sur le terrain.

Lessive. Buée. — Il est, paraît-il, très mauvais de faire la lessive dans la Semaine Sainte, ou pendant les Rogations ; les personnes qui n'y prennent garde lavent, dit-on, leur suaire. (Z. 151.)

— On dit, lorsqu'il pleut sur la lessive mise à sécher, qu'il n'y a qu'aux jolies femmes que cela arrive. (Zigz. 151.)

Liavard (Lézard vert). — Le liavard est l'ami de l'homme. Lorsqu'une personne est en danger d'être mordue par une vipère, le liavard l'en avertit en courant autour d'elle ou, si elle est couchée en, se promenant sur son corps.

Licher. — Il ne faut pas se laisser licher par les chats, c'est malsain.

Lissée (gueule). — V. Gloss. et, ci-dessus, Gueule.

Lizard. — Pour être chanceux, il faut avoir une queue de lizard (lézard) dans sa poche. Cela équivaut à de la corde de pendu.

Lune. — La lune est un vieux soleil usé. — V. Bonhomme, ci-dessus.

— Pour les influences de la lune, v. Gloss.

— Lune tendre. Les bestiaux affranchis en lune tendre engraissent mieux.

Mains de bon Dieu. — V. Gloss., et, ci-dessus, Cançarf.

Mains froides. — Quand on a les mains froides, c'est qu'on a le cœur ben placé (Mj.), — en bon lieu (Lg.).

Marcou. — Il n'y a pas de marcou (chat mâle) de trois couleurs, comme sont parfois les chattes. « Fût-ce d'une chatte tricolore, il nous faut maison et postérité. » (Lettre du marquis de Mirabeau à son frère le bailli. Revue des Deux-Mondes, 15 févr. 1907, p. 906, I, 1, 2.). — Septième enfant mâle. V. Gloss.

Mardi-gras. — Il est inutile de filer le jour du Mardi-gras ; les souris mangent inévitablement le fil, parce que la fileuse a les doigts trop gras.

Mariage. — La mariée ne doit pas se regarder dans une glace avant de partir.

— Le cierge de l'un des mariés s'éteint-il pendant la messe, l'un des deux meurt dans l'année. (Lrm.)

— On ne se marie pas dans les Avents, ni entre les deux Sacres, ni dans le mois de mai. Dans ce dernier cas, les enfants tournent (sic).

— Il est très mauvais qu'il y ait deux mariages à l'église le même jour, le second est rarement heureux. Plus d'un mariage a été remis pour cette raison. Ou bien les parents exigent que les deux couples soient unis simultanément et qu'ils aient chacun une messe spéciale, dite à un autel distinct.

— Il est de très mauvais augure pour les jeunes époux que leur mariage soit célébré le jour où a lieu un enterrement. (Lg.)

— La pluie tombe toute la journée le jour d'un mariage ; signe de tristesse pour la mariée.

— La mariée doit veiller à ce que le marié ne lui enfonce pas l'alliance jusqu'au bout du doigt, si elle veut être la maîtresse. — Le cuisinier dévire le poulet sur le dos de la mariée, en chantant les Grâces. (Ancienne coutume.) — Zigz. 154.

— « Elle voulut épouser à 11 heures du matin, au lieu de celle de minuit, qui était celle que l'usage avait fait choisir. » (Mém. de M. Letondal. Anj. hist., 5e an., 1, 12.) — V. aussi au Gloss.

Mars. — A Saint-Paul, le jeune homme ou la jeune fille désireux de connaître l'époux que le destin lui réserve, doit se lever dans la nuit qui précède le premier mars et, sortant au dehors, s'adresser aux étoiles, en disant :

« Bonjour, Mars !
« Fais-moi voir en mon dormant
« Celui (ou celle) que j'aurai en mon vivant. »

Il lui suffit ensuite de se recoucher et le visage du futur conjoint ne saurait manquer de lui apparaître en songe. Cette superstition se retrouve à Auverse, mais, là, les rites sont un peu plus compliqués. L'invocation à Mars doit être précédée de cinq Pater et de cinq Ave. De plus, si plusieurs personnes font ensemble cette cérémonie magique, un silence absolu est de rigueur.

Marteau. — A Saint-Paul, lorsqu'une jeune fille veut connaître ses amoureux, elle cueille qqs boutons de centaurée et les met dans ses poches, après avoir baptisé chacun d'eux du nom d'un jeune homme de sa connaissance. Ceux qui fleurissent dévoilent l'amour caché des soupirants qu'ils personnifient. Voilà, du moins, une supersittion gracieuse, parmi tant d'autres qui ne sont que bêtes.

Marteaux. — V. au Gloss.

Martin-pêcheur. — Des idées superstitieuses s'attachaient, dans tous les pays, non seulement au martin-pêcheur vivant, mais même à sa dépouille. Son corps desséché, suspendu à un fil par le bec, servait, selon l'opinion populaire, de boussole ; la mandibule supérieure du bec se tournait toujours vers l'étoile polaire. Il tenait aussi lieu de baromètre, ou plutôt d'hygromètre, en indiquant les variations de l'atmosphère. Enfin, placé dans les meubles, sa présence éloignait les teignes et était comme un puissant vétiver. (Abbé Vincelot, p. 461.)

Médicament. — Au Lg., il est admis que plus un médicament est mauvais à avaler plus il a d'action sur l'homme ou sur les animaux : c'est le critérium de son efficacité.

Mentir. — Si un enfant perd ses dents de lait, si la beurrée qu'il a lâchée tombe le côté beurre à terre, c'est qu'il a menti.

Mort (Signes de), etc. (Zig., 154). — On entend la ferzaie chanter ; — un corbeau vient se percher sur la fenêtre. — Une pie a traversé la toute (dret devant la carriole du marié). — Le cierge du marié s'éteint deux ou trois fois. — Celui des deux mariés dont le cierge brûle plus vite que l'autre meurt le premier.

— Quand des frères et des sœurs se marient le même jour, il y en a toujours un qui meurt dans l'année. — On met une guenille dans la cage des oiseaux pour qu'ils ne crèvent point. — On retourne les miroirs pour que l'âme du défunt ne s'y mire point. — On vide toutes les crolles, parce que l'âme se lave dans l'eau qui est dans la maison. — On arrête le balancier de l'horloge, ou il meurt une autre personne. — V. Gloss.

Morts (Jour des). — Ceux qui meurent ce jour-là entre messe et vêpres vont inévitablement en enfer.

Morver. — On considère, au Lg., qu'il est bon de mener les moutons aux champs sus la gelée ; ça les fait morver, ça les purge.

Mottereaux. — Il ne faut pas dénicher leurs nids. V. Gloss.

Mouche. — Panique d'animaux. V. Gloss.

Moumon. — V. Noces, au Gloss.

Nâtille, canetée (Lentille aquatique). — Pour en débarrasser une mare qui en est couverte, il suffit de prendre une poignée de cette lentille et d'aller la porter de nuit dans une autre mare. Huit jours après, toute la lentille a disparu. (Lg.) — Un moyen plus digne de confiance est de mettre des canes à s'ébattre dans la mare ; elles auront bientôt fait de manger la canetée.

Naveau-puant. — Fait crémer le lait ; empêche le vol du beurre. V. Gloss.

Néyer (se). — Les poules neyent pa' l'cul.

Nez. — Quand un petit enfant se gratte le nez c'est signe qu'il aura de l'esprit. Serait-ce un ressouvenir du : « Naso suspendit adunco » d'Horace ?

Nid. — Quand on sait un nid, il ne faut pas dire sous les tuiles (c.-à-d. dans l'intérieur d'une maison ou d'un hangar) où il se trouve, sinon les vipères ou les fourmis mangeraient les petits. (Lg.)

Noël. — « A chaque nuit de Noël, en l'instant où le Seigneur Jésus est venu au monde, lesdites braves bêtes s'agenouillent toutes pieusement en leurs étables ; ceci est notoire. Pour cette cause, les varlets de ferme doivent leur peigner le poil, les laver gentiment et les garnir d'une fraîche litière neuve. Ainsi parés, les bœufs et vaches fêteront sans faute la Noël. Mais nul n'a le droit de les venir troubler à cette heure sainte et qui les épie en est puni. Je connais un gars qui se cacha près de l'huis de l'écurie, et quand l'heure de minuit fut sur le point de sonner, il pénétra doucement, son falot à la main. Il entendit le premier coup de l'élévation à la paroisse, mais pas davantage, car, tout aussitôt, il reçut par le milieu du visage un si rude coup de battoir que son couvre-chef galopa d'un côté, son falot de l'autre et lui au milieu, et il ne vit rien, comme bien pensez. » (Hist. du vx tps, p. 329.)

Nombril. — Après l'accouchement, le cordon ombilical est soigneusement mis dans un linge et il faut bien se garder de le jeter, de crainte qu'il ne soit mangé par un porc, car, alors, l'enfant serait toute sa vie un « point fin », un niais. Mais l'enfant peut s'en faire un jeu et le « patouiller » tant qu'il voudra ; il sera toute sa vie très adroit de ses mains.

— « Il n'est tout de meinme point sot, ton quenot. »

— « C'est, arrière, que je l'ai laissé jinguer avec son nombril jusqu'à l'ennuyance (à en être rebuté) quand il était encore tout petit. »

Noyé. — Pour retrouver le corps d'un noyé, il faut employer une mèche et une chandelle bénites.

— J'ai ouï dire que l'on plaçait un pain bénit, dans lequel on avait fiché un cierge, également bénit, dans une corbeille étanche ; on abandonnait le tout à la dérive et la corbeille s'arrêtait à l'endroit où gisait le corps. (A. V.) — Une planche remplace la corbeille.La chose s' est faite cette année encore à Mj.

— Un noyé saigne lorsque les membres de sa famille s'approchent de lui.

Œufs. — Au Lg., il en va des œufs frais à peu près comme de la sau ou du lard salé : on n'en vendrait pas volontiers aux gens de passage, aux inconnus. On risquerait de se faire ensorceler, ensavater. A plus forte raison n'en donnerait-on pas. — Peut-être, à la rigueur, vendrait-on ou donnerait-on un œuf cuit, mais ce serait tout juste.

Ongles. — On ne doit pas couper les ongles aux petits enfants avant l'âge d'un an — Les ongles sont de la poison ; il ne faut pas les mordre.

— Avoir les ongles durs est un présage de longévité. (Mj.)

Ordignon. — V. Gloss. — « Ne faites pas caca dans les rottes, ça vous donnerait les ordignons. »

Oreilles. — Si vous avez un tintement d'oreilles, c'est que quelqu'un parle de vous, disent les uns que quelqu'un dit du mal de vous, disent les autres. D'ailleurs, cela revient généralement au même.

Pain. — Il ne faut jamais placer le pain sens dessus dessous, cela porte malheur, on n'en aurait pas plus tard. — Alors, « le diable est dans la maison ». (Lg.)

— Avant d'entamer un pain, il faut tracer dessus une croix avec la pointe du couteau.

— Quand on est capable d'entamer un pain bien correctement, c.-à-d. suivant un plan bien net, on est bon à marier.

— Le pain sec fait les beaux yeux. — Se dit aux enfants qui ont mangé la fripe la première, pour leur faire comprendre qu'ils doivent alors manger leur pain sec.

Pâques-fleuries. — Les enfants jeûnent la veille de Pâques-fleuries pour trouver des nids au printemps. — De même le Vendredi-Saint. V. ci-dessous. — Quand, ce jour-là, pendant la grand'messe et la procession au cimetière, le vent est de l'ouest, on dit qu'il est dans la baratte. C'est un signe de printemps pluvieux, donc, d'herbe abondante, donc, de lait et de beurre à foison. — Si le vent est de l'est, on dit qu'il est dans le boisseau ; signe de blé.

Parsonnerie. — V. Gloss.

Parsonnier. — Lorsqu'une paire de bœufs est dépareillée par une cause fortuite, il est assez difficile de trouver un remplaçant au bœuf qui manque, car le nouveau parsonnier (V. Gloss.) devra être non seulement de même taille et de même poil, mais aussi de même main que l'ancien, c.-à-d. gaucher ou droitier comme lui.

Persil. — Il n'y a que les beaux menteurs qui réussissent bien les semis de persil.

Au Longeron, on redoute de planter du persil ; ceux qui s'y risquent meurent dans l'année. Je n'ai rencontré que là cette croyance. On le sème sans danger.

Physique. — Partout, pour nos paysans, la physique est l'ensemble de tous les phénomènes dont la cause est attribuable à l'homme et qui dépassent leur compréhension, et ce n'est pas autre chose. L'art du prestidigitateur qui escamote les muscades ou qui fait fleurir les cartes est de la physique. Le voleur de beurre qui traîne la nippe, le sourcier qui ensourcelle toute une maisonnée font également de la physique. Aussi je ne conseillerais à aucun membre de l'Institut, section de physique, de venir se targuer de son titre dans nos campagnes : il serait sûr de se faire regarder de travers, sinon lapider




Extrait de l'ouvrage de A.-J. Verrier et R. Onillon, Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou : comprenant le glossaire proprement dit des dialogues, contes, récits et nouvelles en patois, le folklore de la province, Germain & Grassin (Angers), 1908, tome second — Troisième partie : Folk-Lore, III Croyances — Superstitions — Préjugés, pages 446 et 447, Laveuses de nuit à Physique. Publication en deux volumes.

Croyances et superstitions de Verrier et Onillon :

Croyances et superstitions en Anjou (A-C).
Croyances et superstitions en Anjou (C-D).
Croyances et superstitions en Anjou (D-L).
• Croyances et superstitions en Anjou (L-P).
Croyances et superstitions en Anjou (P-R).
Croyances et superstitions en Anjou (R-V).
Croyances et superstitions en Anjou (V-V).


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