Dictionnaire Célestin Port/1874 - Tome 1 - Page XIII

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Langue et littérature angevine
Document   Dictionnaire historique géographique et biographique de Maine-et-Loire
Auteur   Célestin Port (1828-1901)
Année d'édition   1874
Éditeur   P. Lachèse, Belleuvre & Dolbeau (Angers)
Note(s)   Tome premier
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Dictionnaire Célestin Port de 1874, page XIII.

XIII

INTRODUCTION.

Les personnes.

Les terres.

Les églises.

fixe à sa glèbe et à son étroit service. Tel, libre ici comme propriétaire, subit le servage comme tenancier, sous le nom si débattu de collibert, particulier aux contrées de l’ouest ; et des chevaliers même, milites, sont donnés avec le domaine dont ils sont hébergés[1]. — Mais dans ce bouleversement si multiplié des conquêtes ou des guerres, les situations se mélangent, s’altèrent, s’élèvent ; les plus riches sont dépouillés, les plus forts s’épuisent dans la détresse et rattachent ou leur pauvreté ou leur isolement à quelque puissant du jour ou à quelque monastère, sous la charge d’une protection réciproque. Après les ravages des Normands, qui ont fait du Saumurois et des Mauges et de tout l’Anjou comme une solitude, le pays en désarroi se hérisse de hautes mottes, le pied bordé d’un large fossé palissade, le faîte surmonté d’un refuge inabordable, œuvre improvisée de guerre, qui attire autour d’elle un bourg, puis une église, et se transforme bientôt en castrum ou château fort, avec haut donjon, double enceinte de pierre, larges douves. Les grosses agglomérations, disparues depuis des siècles, se reforment à leur ombre et s’animent d’une population d’artisans, de bourgeois, de citoyens, burgenses, cives, même de chevaliers. Au dehors rayonne à distance l’agencement régulier d’une hiérarchie de tenures à titre libre ou servile, temporaire ou viager ou perpétuel, — bénéfices, mainfermes, précaires, censives, — qui se transmettent suivant la loi propre et déterminée de leur concession primitive et doivent au maître leur travail fixe ou leur cens. De çà de là ressortent quelques rares aleus, débris du fisc royal, dégagés par leur immunité originelle de toute dépendance, — et les vastes domaines des monastères, qui deviennent un centre et un attrait de liberté par l’exemption, assurée presque partout aux habitants, de toute charge tyrannique, de toute exaction, de toute servitude, même souvent du service en temps de guerre, excepté pour le roi et encore[2] sous les ordres uniquement de l’officier monastique[3]. Par contre, presque toutes les églises du IXe au XIIe siècle et un grand nombre encore au XIIIe sont en mains laïques et font partie du patrimoine du seigneur. Elles fondent pour ainsi dire le fief et en constituent souvent le centre régulier et le principal revenu avec leurs offrandes, leurs prémices, les droits de noces, de sépultures, de purification, de cure. Le maître, qui a fait les frais de la construction de l’édifice y installe à sa guise un prêtre, parfois simple serf du domaine, que contente une part modeste des profits et qui dessert aussi longtemps qu’il convient. Ce bénéfice privilégié, morcelé ou indivis, se transmet en héritage, se donne en douaire, passe en mains de femmes ou de chevaliers, — jusqu’au jour où à force d’argent ou d’excommunications les évêques, — Ulger surtout et Normand de Doué — prirent à cœur de supprimer cette exploitation du culte, devenue scandaleuse. Ils trouvent


  1. Willelmus, dux Normannorum, dedit Sto Florentio… villam cum omnibus appenditiis suis… id est ecclesiam, … et XII hospites et quinque liberos milites et unum molendinum 1050 circa. Liv. Bl., f. 95.
  2. Excepto prœlio generali pro defensione regni 1129-1151. Cartul. St-Serge, f. 268. — Excepta summonitione per nomen prœlii et castelli in marchia suæ terræ faciendi… et ducet eos non vicarius comitis sed minister Sti Florentii 1035-1055. Liv. N., f. 52.
  3. Sur cette période V. l’excellent livre de M. d’Espinay, Les Cartulairea angevins (Angers, 1864, in-8° de 338 p.).

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