Domaine de l'Isle Briand

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Domaine de l'Isle Briand
(monument)
Vue d'ensemble du château
Époque Époque contemporaine
Classement
Commune Le Lion-d'Angers
Notes Château du XVIIIe, ferme du XIXe, haras du XXe siècle.
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Monuments de Maine-et-Loire

Le domaine de l'Isle-Briand se situe sur la commune du Lion-d'Angers, dans le département de Maine-et-Loire. Au cœur d'un parc départemental de 162 hectares, le château du XVIIIe siècle côtoie la ferme modèle du XIXe et le Haras National inauguré en 1975.


Un modèle d'organisation

Vue aérienne, vers 1980.
(Collection Haras National de l'Isle-Briand)

Le domaine de l’Isle-Briand est bien plus que le temple du cheval célébré de nos jours : il illustre les transformations sociales, agricoles et économiques du Segréen au XIXe siècle, à travers son histoire, ses propriétaires successifs, les édifices et le parc qui subsistent.

Cette région a en effet connu de profondes mutations agricoles dans la lignée du courant physiocratique du XVIIIe siècle. La modernité agricole s'affirme avec l’apparition de nouveaux matériels (doubles-brabants, faucheuses, faneuses…), une meilleure rentabilité des terres grâce à l'amendement par la chaux et le développement de l'élevage avec l'introduction d'une nouvelle race bovine, la Durham. Les fermes et les métairies sont ainsi systématiquement remaniées ou agrandies, reconstruites parfois en totalité. Toutes répondent aux exigences modernes qui assurent que les rendements de l’agriculture et de l’élevage passent par une meilleure organisation et une meilleure hygiène des bâtiments.

Avec la rénovation ou l’édification d’un nouveau château entouré le plus souvent d'un parc paysager, aménagé en lieu et place du traditionnel jardin régulier, c'est bien le paysage rural du Segréen qui est transformé tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle avec comme clef de lecture le trio : château - parc - ferme.

Le parc

Le parc est attribué au comte de Choulot (Paul de Lavenne, mort en 1863), dont on retrouve certains traits. Le paysagiste subordonne chaque projet de parc à ce qui existe, tire parti de la nature, s’adapte au style et à la position du château, au caractère de la localité, aux beaux arbres... Il établit des liens visuels entre l’intérieur des domaines et la nature environnante.

On peut remarquer ici la séparation en deux d’une île située sur la Mayenne, face au château, pour dégager une perspective donnant sur un moulin et l’introduction d’un élément pittoresque romantique (une passerelle). Les espaces dévolus à l’exploitation agricole et les abords du château (fonction d’agrément) sont nettement dissociés ; la ferme et ses nuisances sont dissimulées par des bosquets d’arbres et un tunnel creusé sous l’allée menant au château permettait autrefois le passage discret du bétail. Le château est entouré de grandes surfaces de gazon et une perspective est dégagée, permettant la mise en valeur d’arbres remarquables.

Histoire et architecture

Vestibule du château

Seigneurie de la famille Briand au XVe siècle, c’est cependant la famille d’Andigné qui sera le plus longtemps attachée à ce domaine, de 1491 à 1872. La situation stratégique du lieu, à la confluence de la Mayenne et de l’Oudon, a suscité l’édification d’une forteresse mentionnée au XVIe siècle.

Vers 1775, le château-fort est remplacé par un château d’agrément, élevé près de la Mayenne, accompagné d’une ferme et de communs. L’équilibre des espaces et des formes, les salons largement éclairés de cette demeure classique, sont les traits communs de ce type d’édifice qui ponctuent çà et là nos campagnes. Ce qui deviendra le domaine actuel est alors composé de prés, de labours, de quatre fermes, d’un moulin à eau et du château avec ses dépendances. Deux propriétaires successifs vont complètement renouveler cet ensemble hétérogène et en faire un vaste domaine de 161 hectares, comprenant un parc agricole et paysager, un bois, de nombreux édifices (beaucoup sont détruits) liés à la fois au château, à l’exploitation agricole du domaine, puis au cheval.

Ferme modèle, avec la grande étable centrale et l'abreuvoir.

Charles Emmanuel d’Andigné de Mayneuf, issu de la grande aristocratie foncière de la région, est maire du Lion-d’Angers de 1848 à 1871. Il agrandit considérablement le domaine familial, regroupe les terres à l’origine du parc, assure les limites du domaine, notamment lors de l’ouverture de la route de Thorigné (vers 1844-1845). On lui doit probablement le parc, un vaste potager et une pompe à eau établie en 1852 (disparus) afin d’assurer l’irrigation du domaine. Il déclasse les métairies en place en simples bâtiments ruraux en 1858, y compris la ferme du domaine, et fait sans doute rehausser le château d’un étage attique. Sa résidence principale est alors le château des Halliers à Chambellay (commune voisine), dont il rénove en 1856 la ferme, primée comme ferme-modèle.

Ferme modèle : le logis du fermier

L’Isle-Briand est ensuite acheté en 1872 par le vicomte de Trédern, pour sa femme Jeanne-Marie Say, auparavant marquise de Cossé-Brissac. Cette personnalité hors du commun sera véritablement l’instigatrice de la ferme modèle de l’Isle-Briand, élevée vers 1872-1873 à partir de l’ancienne métairie, mais aussi de l’agrandissement du château (1875) et d’un nombre impressionnant d’autres constructions d’une qualité architecturale similaire (aujourd’hui détruites).

La ferme reprend les préceptes diffusés par les agronomes et propriétaires éclairés de l’époque : plan et façades symétriques, voies ferrées de type Decauville reliant grange et étables, ouvertures nombreuses et soignées pour assurer une bonne aération, disposition régulière et rationnelle des fonctions, qualité de la construction... Son mari Christian de Trédern, président de la Société des Courses du Lion-d’Angers, sera le véritable promoteur des courses dans le canton. Les premières courses non classées se déroulent en effet à l’Isle-Briand en 1874 à l’occasion du Comice, et sont officialisées en 1880, prélude à une longue suite de courses prestigieuses et de concours hippiques.

Jeanne-Marie SAY, vicomtesse de Trédern.
Ce personnage exceptionnel, fille du fondateur des raffineries sucrières Say, est issu de la grande bourgeoisie industrielle. Elle est aussi une cantatrice de talent, passionnée de théâtre (elle fait édifier le théâtre du château de Brissac) et de musique. Cette femme de tête, indépendante, dirige ses affaires comme ses domaines, de main de maître. Elle mène une intense vie mondaine, organise de fastueuses fêtes et séjourne alternativement dans son hôtel parisien de la place Vendôme, ses châteaux de Brissac et de l’Isle-Briand.

Notes

Sur le même sujet

Source

  • Le contenu de cet article est issu d'un travail réalisé par le Service départemental de l'inventaire. Les fiches Reflets, Patrimoine de Maine-et-Loire constituent une ressource sur l'histoire de lieux, d'édifices, de personnages… qui ont participé à la richesse et la diversité du Maine-et-Loire, tel que nous le connaissons aujourd'hui.

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