Poètes angevins par M. Leclerc - Aïda De Romain

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Langue et littérature angevine
Document   Aïda De Romain
Auteur   Marc Leclerc
Année d'édition   1922
Éditeur   P. Lefebvre libr.-édit. (Paris)
Note(s)   dans Poètes angevins d'aujourd'hui, essais anthologiques, p. 67-71


Aïda De Romain


Que dans cette étude à la gloire de la poésie Angevine un hommage soit rendu au nom de De Romain, nul Angevin ne s'en étonnera : C'est que le Comte Louis De Romain ne fut pas seulement, avec Jules Bordier, le fondateur, en 1867, de cette Association Artistique, devenue depuis Société des Concerts Populaires, qui a fait d'Angers une des Capitales de l'art Musical Français ; il ne fut pas seulement celui qui, son compagnon disparu, continua pendant près de vingt-cinq ans l'œuvre entreprise, avec cette ardente générosité, et cette compétence artistique qui lui assurèrent un renom mondial. Il fut aussi le fondateur et l'âme de cet Angers-Artiste qui ne se borna pas à être l'organe officiel des « Concerts Populaires », et comme une sorte de programme, mais eut vraiment, pour l'honneur de notre Cité, la tenue d'une noble Revue d'Art et de Littérature, où beaucoup de nos Poètes se sont révélés ou confirmés. Et il fut aussi le Père de deux écrivains angevins de grande valeur, en qui revit son âme enthousiaste du Beau, j'ai nommé Mmes Yvonne et Aïda De Romain.

Mme Yvonne De Romain, dont j'ai cité le nom au début de ce travail, n'a malheureusement pas, que je sache, jamais publié de vers ; pourtant l'Auteur des Dieux Eternels et des Destins Eminents de la France possède cette richesse de rythme et d'images qui fait les vrais Poètes.

Mme Aïda De Romain, qui publia dans Angers-Artiste et ailleurs la valeur de plusieurs volumes de critique artistique et littéraire, a écrit et publié aussi, au cours des temps, des vers nombreux que jamais elle n'a rassemblés. Quatre années de courageux dévouement passées au Front, d'où elle a rapporté une Croix de Guerre bien méritée, ont encore éloigné d'elle, si elle l'eut, la préoccupation de préparer un volume. Quelques amis ont pris ce soin pour elle, et, dans une plaquette signée seulement de trois étoiles, ont, en 19 19, réuni trente de ses poèmes, trop faible glane pour une si riche moisson.

C'est de cette plaquette, intitulée Ailleurs et Autrement, que nous citerons deux pièces parmi celles qui nous semblent le plus appropriées au caractère angevin de cette étude car, toutes deux. Mmes Yvonne et Aïda De Romain, à l'exemple de Moréas, de Pierre Louys, d'Henri de Régnier, d'Albert Samain, et de tant d'autres, ont voulu, en de nouvelles Panathénées, célébrer le culte et les cultes de la « Grèce immortelle » ; et toute leur œuvre est pleine de ce philhéllénisme artistique…..

Peut-être le style néo-grec de cette période paraîtra-t-il à nos petits neveux aussi artificiel et désuet que nous semblèrent à nous les pompes héroïques de David et de son école... mais ce n'est pas ici le lieu d'en discuter. Tenons-nous en seulement à noter que Mmes Yvonne et Aïda De Romain ont pour cette Hellade un peu chimérique délaissé souvent notre Anjou, où elles vivaient, et dont pourtant elles tiennent, peut-être, beaucoup d'elles-mêmes.

Non pas que leur ferveur pour l'antique ne les ait fréquemment, l'une et l'autre, heureusement et mélodieusement inspirées, et ne leur ait dicté nombre d'œuvres d'un art ardemment, mais délicatement sensuel. Mais il me plaît mieux. Angevin, de lire dans les Destins Eminents de la France la belle page consacrée par Mme Yvonne De Romain à la Province Française, — et c'est la nôtre qui, visiblement, lui a servi de modèle ; il me plaît plus encore de revoir, dans Ailleurs et Autrement ce paysage, si bien de chez nous que j'en pourrais fixer la place exacte, au bord de notre Loire :

La Colline
La colline bleuit, dans Vair calme et dessine
Aux frontières du ciel un fidèle contour.
Elle est tout un trésor de douceur, la colline
Eclose sous un geste du divin amour.
Le couchant s'y oublie en vapeurs opalines ;
Le tendre soir, en s' approchant, la baise au front.
Chaque saison, chaque heure enchante la colline
Où ventent les longs bras des petits moulins ronds.
Les jolis matins blancs vêtus de mousseline,
Les somptueuses nuits en robe de velours
Prodiguent le soleil ou l'ombre à la colline
Et se penchent émus vers elle tour à tour.
Sereine elle s^éploie et rêveuse s'incline,
Elle abrite la vigne et protège le blé,
Elle est tout un trésor de bonté, la colline
Qui prête son flanc riche aux labours ondulés.
Mon âme, soyez simple, alanguie et câline,
Priez l'auguste paix de venir vous fleurir :
Suivez votre destin, comme fait la colline
Sans cet âpre désir de vivre ou de mourir !

Cette colline, ces collines d'Anjou, Mme Aïda De Romain les avait, abandonnées ; vers l'Hellade de Praxitèle et d'Anacréon, vers la Rome de Virgile et de Pétrarque, vers l'Italie aussi de Fra Angelico et de François d'Assise, elle a cherché les ciels de rêve, les nuits parfumées, et la « jeunesse éternelle du Monde ». Elle a cru oublier l'Anjou :

Tu n'aimes plus les collines
Qui veillent sur ton pays,
Ni les horizons précis
Où leurs lignes se dessinent.
Tu n'aimes plus la maison
Blanche, ingénue, assoupie,
Où l'on effeuille sa vie
De candeur et de raison.
Tu n'aimes plus les romances
Qui te bercèrent jadis,
Ni les roses et les lis
Au jardin de ton enfance.
Tu n aimes plus les murs pieux
De l'immobile chapelle
Où chaque tombe s'appelle
Du nom d'un de tes aïeux.
Tu n aimes plus tes pensées
Ni tes songes d'autrefois,
Et rien ne reste pour toi
De ton histoire passée !
Tu n'aimes plus ton ami
Et le cœur lourd qu'il t'apporte
Te semble une chose morte
Près d'autres... mortes aussi.
Tu voudrais qu'un coin de terre
Humble et doux où tu naquis
Soit peuplé comme Paris
Et galant comme Cythère.
Tu voudrais que le croissant
De la lune coutumière
Jette la même lumière
Qu'au ciel d'un conte persan.
Tu te perds et tu t'épuises
En d'aventureux désirs
Et les noms te font frémir
De Bagdad ou de Venise.
Un beau soir tu fen iras
Vers l'inconnu, vers l'espace,
Celui qui chante et qui passe
En passant t'enchantera...
Mais chaque jour à toute heure
Tremblant d'un fidèle amour
Il attendra ton retour,
Celui qui pleure et demeure !

Il attend aussi le retour du Poète, cet Anjou auquel tant de douceur native et d'harmonieuse sensibilité l'apparentent. Tout comme l'Ombrie, nos ciels de Loire connaissent

….. les soirs de paix et de bonté
Qui fléchissent le long des vallons argentés,

et l'exemple d'un Du Bellay est là, assez éloquent, pour que la Muse de Mme Aïda De Romain ne craigne pas de l'imiter.

BIBLIOGRAPHIE. — Ailleurs et Autrement, poésies, une plaquette, sans nom d'auteur, Angers, G. Grassin, 1919.




Extrait de l'ouvrage Poètes angevins d'aujourd'hui, essais anthologiques de Marc Leclerc, Société des artistes angevins, Paul Lefebvre libr.-édit. (Paris), 1922, 134 p.

Marc Leclerc (1874-1946), homme de lettres angevin, créateur des rimiaux, peintre, conférencier, membre de la Société des artistes angevins.

De Romain, famille angevine connue depuis le XVIe siècle par Girard Romain, contrôleur de tailles à Montreuil-Bellay. Principales terres possédées : Buchène, le Perray, la Sansonnière, La Possonnière.
Aïda De Romain (18..-19..), poète et parolière née à La Possonnière, auteure de Ton cœur de ce soir, poème paru dans le Supplément au Monde musical du 15 et 30 décembre 1921.
Yvonne de Romain (18..-19..), femme de lettres née à La Possonnière, auteure de Les destins éminents de la France publié en 1921.


Du même ouvrage : Paul Pionis, Paul Sonniès, René Bazin, Olivier de Rougé, Auguste Pinguet, Émile Marchand, Henry Cormeau, Maurice Couallier, Eugène Roussel, Guillaume Carantec, Alfred Coupel.

Également, le poète René Guy Cadou, le peintre Paul Ragueneau, l'écrivaine Marie Aubinais.


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