Comice du canton de Noyant (1868)

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Langue et littérature angevine
Document   Comice du canton de Noyant
Auteur   Odart de Parigny
Année d'édition   1868
Éditeur   Bureaux du Journal de l'agriculture
Note(s)   Journal de l'agriculture, tome quatrième (octobre à décembre)


Couverture.
COMICE DU CANTON DE NOYANT.


Le 30 septembre dernier nous avons eu la quatrième réunion de notre Comice. Favorisé par un temps magnifique, le concours ne le cédait en rien à ceux des années précédentes pour le nombre et la beauté des animaux et, malgré l’extrême sécheresse du printemps qui avait rendu rares les fourrages, tous les bestiaux étaient dans un état relativement bon ce qui prouve le progrès croissant de notre culture. La race durham était bien représentée. Quant à la race poitevine, elle a fait aussi de sensibles progrès sous le rapport des formes et de l’engraissement. Il y avait également de bons lots de moutons des races dishley et southdown.

Le premier prix de ferme a été remporté cette année par M. Henri Lespagnol. Ce fermier intelligent a pris depuis longtemps pour base de son agriculture l’engraissement des bœufs. Tous les ans, dans la semaine de Pâques, il en conduit une douzaine au marché de Paris. Le plus grand nombre de ces bœufs est acheté par lui chaque année à Parthenay et, après avoir travaillé pendant six mois, ils sont mis entièrement à l’engrais pendant les six derniers mois. Quelques autres sont achetés déjà en bon état et ne séjournent dans la ferme que trois ou quatre mois pour achever leur engraissement. Enfin un certain nombre de bœufs d’élevage vient compléter chaque année la quantité d’animaux que M. Lespagnol livre à la boucherie.

Cette manière de procéder lui donne de prompts bénéfices et lui permet de faire une quantité d’excellent fumier, chose indispensable pour avoir de bons rendements. Aussi a-t-il toujours de très-belles récoltes de blé. Ses cultures de racines sont remarquables et il les augmente chaque jour ainsi que ses prairies artificielles. Ses prairies naturelles, dont le foin est de très-bonne qualité, ont été dernièrement l’objet de ses soins. En différents endroits, il existait des sources qui, en maintenant une humidité permanente, faisaient pousser du foin. Tout en laissant ces sources à l’état de puits couverts, il a établi des tuyaux de drainage ou plutôt des tuyaux d’écoulement allant de ces sources à un grand fossé qui sert de collecteur et quelques-unes de ces sources sont si fortes qu’elles n’ont pas cessé de couler gros comme le petit doigt pendant les plus grandes chaleurs de cet été. L’un de ses prés a été aussi l’objet d’un nivellement important ; toute la terre d’une butte a été transportée dans la partie basse et mouillée. Aujourd’hui ces prairies bien nivelées et assainies ont déjà la plus belle apparence. Les graines d’herbes semées au printemps sont parfaitement levées et le jonc a presque entièrement disparu. Encore quelques charretées de terreau ou de cendre et on n’en verra plus du tout.

L’engraissement des bœufs n’est pas la seule industrie de M. Lespaguol ; il se livre aussi à l’élevage, et depuis l’année dernière il a introduit dans son étable des animaux de la race durham croisée. Il apporte avec raison le plus grand soin au choix de ses reproducteurs. Ainsi il n’a pas craint d’acheter 800 francs une jument et d’aller chercher à cinq ou six lieues un bel étalon percheron. Il a payé l’année dernière 50 francs pièce des brebis dishley qui ont obtenu le deuxième prix au concours. Enfin l’ordre et la propreté règnent dans toute son exploitation, les fumiers, la cour sont parfaitement tenus et les domestiques toujours excellents ce qui prouve la bonne direction du maître. M. Lespagnol est arrivé à entretenir en excellent état 60 têtes de gros bétail sur 77 hectares de terres et le jury a trouvé de tels progrès réalisés chez lui depuis deux ans que tout en lui accordant le prix de ferme, à l’unanimité, il a cru devoir y ajouter comme récompense exceptionnelle la médaille d’or du ministre de l’agriculture.

D’autres exploitations se sont fait remarquer aussi par leur bonne culture et leur marche dans la voie du progrès. La propriété du Verneuil particulièrement, dont nous avons déjà parlé ici avec éloge, a attiré l’attention du jury et valu à M. Joseph Dutot une médaille de vermeil pour le choix excellent et le parfait état de ses animaux de race durham pure et croisés et pour la création de prairies artificielles tout à fait remarquables.

Les machines étaient nombreuses. Il y avait plusieurs exposants méritants à des titres divers, mais les frères Gerboin, de Sablé restent toujours très-supérieurs à leurs confrères de la région, pour la simplicité, la solidité et le bon système de leurs instruments.

Les produits agricoles étaient bien représentés. On admirait les beaux épis de blé hybride-galan exposés par M. Dubois, agriculteur à Princé et vice-président du Comice, qui, déjà introducteur de la race durham dans une partie notable du pays, a doté l’année dernière notre canton de ce nouveau blé si productif en paille et en grain. M. Dubois n’a semé l’année dernière que du blé galand, et, malgré qu’il en soit gelé plus de la moitié, sa récolte est encore aussi abondante que s’il avait eu du blé de Saumur parfaitement réussi. Aussi, est-il en mesure de répondre cette année à toutes les demandes de semences qui lui seront adressées et qui sont déjà très-nombreuses à cause du prix peu élevé de 8 fr. auquel il vend le double décaliltre, voulant propager et faire connaître autant que possible cette précieuse céréale.

Ainsi donc, les bonnes méthodes de culture, les bons instruments, les reproducteurs de choix, les plantes fourragères et racines, tout cela se généralise dans notre canton, et depuis quatre ans que notre Comice est établi, les progrès ont été immenses. Mais ces progrès sont dus avant tout à notre excellent président M. le comte de la Poëze, qui, aussi modeste que pratique, ne revendique rien pour lui quand nous lui devons tout ce que nous sommes. Il n’est pas de ces gens, comme on en voit tant, ni se vantent ou se font vanter publiquement de ce qu’ils n’ont pas fait ! Raison de plus pour lui rendre justice et pour proclamer bien haut que sans lui notre pays serait encore dans l’ignorance et a misère et que notre Comice n’existerait pas. Avant de quitter la fête, il a émis le vœu de l’établissement d’un Comice d’arrondissement qui se tiendrait à Baugé, tous les quatre ans, et qui, en excitant l’émulation de tous les cantons, ferait encore bien plus progresser l’agriculture. Espérons que cette bonne et sage parole se transformera bientôt en réalité. Ce sera chose faite le jour où nous comprendrons bien tout ce que renferme de force ce simple mot d’association.

Comte ODART DE PARIGNY.




Comice du canton de Noyant par Jacques Odart de Parigny, dans Journal de l'agriculture, de la ferme et des maisons de campagne, de l'horticulture, l'économie rurale et des intérêts de la propriété, fondé et dirigé par Jean-Augustin Barral, gérant A. Sagnier, année 1868, tome quatrième (octobre à décembre), Paris, p. 29-30.

Jacques-Henri-Alfred Odart de Parigny (1842-1872), comte, passe son enfance à Lasse, s'intéresse à l'étude de l'agriculture, et prend part, avec Barral, à la création du Journal de l'Agriculture.

Jean-Augustin Barral (1819-1884), chimiste, physicien et agronome, ancien élève de l'École polytechnique, il est l'auteur d'ouvrages notamment concernant l'agriculture et l'irrigation. Il cofonde le Journal d'agriculture pratique en 1837 et le Journal de l'agriculture en 1866.

Le canton de Noyant se situe dans l'est du département de Maine-et-Loire. En 2012, il comprend quinze communes, s'étend sur 304,75 km² et compte 6 170 habitants.


Sur le même sujet : Comice agricole du Noyantais, Exposition quinquennale agricole d'Angers (1858), Usages ruraux au Louroux-Béconnais (1868).

Autres documents : La peste noire en Anjou en 1348, Livre des tournois (1451), Les regrets de Du Bellay (1558), Les six livres de la République (1576), Vocation cavalière de Saumur, Crocodile du Muséum, Dictionnaire de Viollet-le-Duc (1856), Proverbes par de Soland (1858), Société industrielle d'Angers (1858), Villégiature à Angers au XIXe siècle, Indicateur de Millet (1864), Mémoires de la Société académique (1865), Usages de Maine-et-Loire (1872), Dictionnaire de Port (1874-1878), Bulletin de la Société des sciences de Cholet (1883), Notice de Milon (1889), Glossaire de Verrier et Onillon (1908), L'Anjou historique (1909), L'Anjou et ses vignes de Maisonneuve (1925).


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