Création d'une société académique de Maine-et-Loire

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Langue et littérature angevine
Document   Lettre-circulaire exposant les bases de la création d'une société académique du département de Maine-et-Loire
Auteur   Société académique de Maine-et-Loire
Année d'édition   1857
Éditeur   Imprimerie de Cosnier et Lachèse (Angers)
Note(s)   Mémoires de la Société académique de Maine et Loire. Premier volume, page 5 à 12.


Couverture du 1er volume des Mémoires de la Société académique.
LETTRE-CIRCULAIRE
exposant les bases
DE LA CRÉATION D'UN SOCIÉTÉ ACADÉMIE
DU
DÉPARTEMENT DE MAINE ET LOIRE.


Monsieur,

Angers, eu égard au chiffre de sa population, est sans doute celle des villes de France qui possède le plus grand nombre de Sociétés scientifiques. Elle en compte six en effet, qui sont : les Sociétés d'Agriculture, Sciences et Arts, Grammaticale et Littéraire, Industrielle, Linnéenne, Médicale et Vétérinaire.

Ce fractionnement des forces intellectuelles du pays est regrettable sous plus d'un rapport.

11 peut en résulter, soit un esprit de corps exclusif qui crée des rivalités souvent stériles et des antagonismes toujours fâcheux, soit tout au moins des scissions individuelles et des isolements dans les labeurs de l'esprit, lorsque parfois le progrès ne peut être obtenu et certains buts sûrement et promptement atteints, que par une étroite mise en commun des efforts et des talents.

Les intelligences, même celles qui par leur nature sont le plus portées vers les spécialités, ont toujours quelque peu à profiter dans le contact des études qui, en embrassant la diversité des connaissances humaines, élargissent les champs de la pensée et reculent ses horizons. Rapprocher ces connaissances dans les travaux auxquels elles peuvent donner lieu et dans leurs applications variées, ce n'est d'ailleurs qu'achever de développer en la fécondant, l'idée philosophique qui a voulu les rapprocher déjà dans l'enseignement supérieur et les Facultés.

Il est d'autres points de vue encore sous lesquels les avantages de l'unité ne sont pas moins considérables.

Ainsi, par exemple, la position financière, qui, maintes fois dans les Sociétés actuelles, a présenté d'insurmontables obstacles à d'utiles projets, ne pourrait que s'améliorer par la simplification et la réduction des dépenses qui leur sont communes, et par la réunion dans une seule caisse des ressources maintenant disséminées.

Les rapports obligés que tout corps savant doit avoir avec les différentes administrations, lorsqu'il n'existerait qu'une Société unique, gagneraient aussi notablement en facilité et en autorité.

Enfin, la Société nouvelle, par sa composition et la condensation de toutes les forces vives du pays, exercerait sur les progrès dans les sciences, les arts et l'industrie, une action tout autrement intense et énergique que ne peut l'être la somme des influences partielles des Sociétés existantes.

Ces considérations, autour desquelles pourraient se grouper beaucoup d'autres que nous sommes forcés de négliger ici, ont prévalu déjà dans plusieurs grandes villes où l'on a compris tous les avantages d'une concentration dans un même foyer de toutes les lumières dont peut s'éclairer l'esprit humain.

C'est ainsi que près de nous, à Nantes, s'est opérée une fusion semblable sous le nom de Société académique de la Loire-Inférieure, association qui dans cette vie nouvelle et multiple, a acquis des proportions et une valeur scientifique qu'étaient loin de présager l'obscurité, l'affaissement et l'abandon où languissaient les Sociétés qui en sont devenues les éléments.

Plus récemment la même transformation s'est opérée dans les Sociétés rivales des villes de Saint-Etienne et de la Rochelle et avec un égal bonheur dans les conséquences.

Ce que nous venons d'exposer n'est du reste, en ce qui concerne l'Anjou, qu'un écho affaibli des opinions, des regrets et des vœux qui, maintes fois, se sont produits autour de nous.

Le projet d'une fusion si désirable n'a en effet rien de nouveau, ni d'imprévu. En plusieurs occasions il s'est fait jour même au sein des Sociétés existantes, mais jusqu'ici des questions de préséance toujours délicates, certains attachements et certains respects pour un passé qui, pour chacune d'elles, n'a été ni sans utilité, ni sans retentissement, et, oserons-nous le dire, peut-être aussi l'obligation et l'incertitude à la fois, dans une fusion opérée de Société à Société, de pouvoir constater et concilier convenablement la reconnaissance et l'estime acquises à leurs fondateurs, ont présenté des difficultés que les plus convaincus n'ont pas dû oser affronter.

Cependant lorsque les exemples salutaires s'accumulent, le moment nous a semblé venu de prendre un parti suprême pour retremper et rajeunir dans un pacte commun des forces précieuses dont il serait à craindre que la vitalité vînt à s'éteindre dans l'indifférence et le vide qui tendent à se faire autour d'elles.

Nous nous sommes donc résolus à adresser un appel aux hommes de bonne volonté, quels qu'ils soient et d'où ils viennent, aux amis du progrès dans les sciences, les lettres, les arts et l'industrie, pour les convier à fonder dans nos murs une vaste association sous le nom de Société académique de Maine et Loire, dans laquelle toutes les capacités en toutes choses trouveraient place et où, à un moment donné, pourraient venir s'absorber les Sociétés actuelles.

Nous avons dû, en ce qui les regarde, espérer qu'en adoptant cette marche, la fusion si ardemment souhaitée serait plus facilement acceptée, et que, portée sur un terrain neutre, elle ne soulèverait aucune des susceptibilités irritantes qui l'ont retardée et qui pourraient renaître, s'il s'agissait encore de la réunion directe d'une de ces Sociétés, à telle autre, sa vieille émule.

Il nous reste maintenant à indiquer les bases sur lesquelles nous vous proposerions d'asseoir la Société nouvelle et qui seraient les suivantes :

La Société fondée sous le titre de Société académique de Maine et Loire comprendrait l'universalité des connaissances humaines.

Pour faciliter ses études et ses travaux, elle serait divisée en cinq classes ou commissions ayant chacune un bureau particulier :

1° Celle de l'agriculture, comprenant l'horticulture et ses divisions, la zootechnie et l'art vétérinaire (1) ; elle pourra avoir pour section un comice horticole ;

2° Celle des sciences physiques et naturelles et d'acclimatation ;

3° Celle de l'industrie ou technologie et du commerce ;

4° Celle des sciences historiques, d'archéologie et de géographie, des belles-lettres et des beaux-arts ;

5° Celle de médecine, pharmacie et hygiène publique.

Le bureau de chaque classe, élu par la classe, serait composé d'un président, un vice-président, un secrétaire, un vice-secrétaire. Total, 4 membres.

Le bureau de la Société serait composé comme suit :

Des Présidents honoraires ;

1 Président titulaire ;

1 Directeur-administrateur ;

5 Vice-Présidents (ce sont les présidents des classes) ;

1 Secrétaire-général ;

5 Secrétaires - particuliers (ce sont les secrétaires des classes) ;

(1) Sur la demande de MM. les docteurs en médecine qui ont pris part à la discussion du règlement, l'art vétérinaire a été réuni à la cinquième section.

1 Archiviste-général ;

1 Trésorier-général ;

Total, 15 membres titulaires dont 5 seulement élus directement ;

Enfin 1 Secrétaire-bibliothécaire-caissier recevant un traitement.

Chaque mois les différentes classes auraient une séance et la Société une séance générale, celle-ci à la fin du mois.

II y aurait chaque année une séance générale de rentrée. Certaines classes auraient des membres adjoints qui ne prendraient pas part aux séances générales.

Les membres titulaires de la Société résidant dans les chefs-lieux d'arrondissement du département, pourront se constituer en sections locales, prenant le nom de l'arrondissement et embrassant les mêmes sujets d'étude que la Société-mère ; ces sections pourraient tenir des séances particulières et le résultat de leurs travaux prendre place dans les publications de la Société académique.

La rétribution pour les titulaires serait provisoirement fixée à 10 fr. et à moitié de cette somme pour les adjoints.

La Société aurait des correspondants, lesquels en payant la demi-cotisation auraient droit aux publications.

Un salon serait ouvert pour les membres désireux de lire les publications périodiques adressées à la Société et de consulter sa bibliothèque.

En cas d'adhésion en corps de l'une des Sociétés existantes, elle se confondrait dans la Société académique avec l'apport sans distinction de son personnel en membres titulaires, adjoints et correspondants, son mobilier, son actif et son passif.

Telles doivent être, croyons-nous, les bases fondamentales de la nouvelle association : nous avons osé espérer, Monsieur, que vous pourriez y donner votre approbation et alors nous vous prierions de nous faire parvenir par écrit ou de vive voix votre adhésion.

Nous adressons cette circulaire : 1° à tous les membres des Sociétés existantes ; 2° à toutes les personnes étrangères à ces Sociétés que nous avons pu supposer disposées à se réunir à nous.

Nous devons dire qu'avant d'agir, nous avons cru devoir nous assurer des sympathies que cette œuvre tout angevine pouvait rencontrer dans les hautes régions où notre Société lient à honneur de demander ses présidents honoraires, et qu'aussitôt sa constitution, il sera fait les démarches nécessaires pour qu'elle soit reconnue comme établissement d'utilité publique.

Nous ajouterons, avant de clore cet exposé, que nous ne nous considérerons comme autorisés à agir que lorsque nous aurons réuni plus de 60 adhésions, et que, ce chiffre atteint, nous nous empresserons de convoquer les adhérents, afin de procéder à la rédaction du statut définitif, et d'adresser ensuite une invitation spéciale aux Sociétés anciennes pour les inviter à se joindre à nous.

Veuillez, Monsieur, agréer etc.

Ont donné leur adhésion à la présente circulaire après lecture :

MM. ADVILLE, bibliothécaire en chef de la ville.

BÈRAUD *, conseiller à la Cour impériale, secrétaire-général de la Société impériale d'agriculture d'Angers.

BIGOT *, docteur-médecin, professeur de l'École de médecine d'Angers, etc.

MM. BUREAU, directeur du Jardin botanique d'Angers et du Musée d'histoire naturelle, professeur de l'École d'enseignement supérieur.

BLAVIER *, ingénieur des mines.

DAUBAN, directeur des Musées de peinture et sculpture, professeur de l'École municipale des beaux-arts et de l'École d'enseignement supérieur.

DAVIERS, docteur-médecin, professeur de l'École de médecine d'Angers.

GIDEL, professeur de rhétorique au Lycée, et des belles-lettres à l'École supérieure.

MOURIN, professeur d'histoire au Lycée et à l'École supérieure.

PORT, élève de l'École des chartes et archiviste de la Préfecture.

PLANCHENAULT *, président du tribunal de 1re instance, ancien président de la Société impériale d'agriculture, membre du conseil municipal, etc.

POITOU, conseiller à la Cour impériale d'Angers.

THOUVENEL, président de la Société grammaticale et littéraire.

VOISIN *, receveur-général des finances.

P. S. Ci-joint est un modèle qu'il suffira de signer et d'adresser franco à M. Béraud, conseiller, rue Saint-Gilles, à Angers, chargé par les fondateurs de recevoir les adhésions.

Dès que la Société sera constituée, une invitation sera adressée à chacune des Sociétés existantes et un délai fixé pour attendre qu'il y soit répondu, à l'expiration duquel il sera procédé à l'élection des membres du bureau général et des bureaux particuliers.




Mémoires de la Société académique de Maine et Loire, Premier volume, Imprimerie de Cosnier et Lachèse (Angers), 1857. Publication en série imprimée. Couverture.

La Société académique de Maine-et-Loire est une société savante créée le 28 janvier 1857 et autorisée le 6 février suivant, qui publiera une série de Mémoires de 1857 (1er vol.) à 1883 (tome 38).

Voir aussi : Essai sur la minéralogie (18e vol.), Canton de Longué (27e vol.), Glossaire angevin (36e vol.).


Autres documents : La peste noire en Anjou en 1348, Livre des tournois (1451), Les regrets de Du Bellay (1558), Les six livres de la République (1576), Vocation cavalière de Saumur, Crocodile du Muséum, Dictionnaire de Viollet-le-Duc (1856), Proverbes par de Soland (1858), Société industrielle d'Angers (1858), Villégiature à Angers au XIXe siècle, Indicateur de Millet (1864), Mémoires de la Société académique (1865), Usages de Maine-et-Loire (1872), Dictionnaire de Port (1874-1878), Bulletin de la Société des sciences de Cholet (1883), Notice de Milon (1889), Glossaire de Verrier et Onillon (1908), L'Anjou historique (1909), L'Anjou et ses vignes de Maisonneuve (1925).


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