Juliomagus

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Juliomagus, c'est à dire Le marché de Jules (César) est le nom antique imposé par la conquête romaine à la ville d'Angers. Il est mentionné par Ptolémée et la table de Peutinger[1]. Le toponyme est parfois complété en Juliomagus Andecavorum, qui fait référence au peuple gaulois des Andécaves ou Andegaves, dont elle était le chef-lieu de civitas[2].

Avant Juliomagus

De récentes découvertes archéologiques sont venues conforter les hypothèses sur l'ancienneté de l'occupation du site d'Angers :

  • Sous la cour du château une sépulture collective néolithique[3] sous cairn a été identifiée et dégagée[4].
  • Un oppidum avait été aménagé à la fin de l'âge du fer par la tribu des Andes.

Juliomagus au Haut-Empire

Juliomagus est délimitée à l'ouest par la Maine et à l'est par un amphithéâtre ; c'était une ville ouverte qui ne dépassait pas les 80 ha et devait compter environ 3 000 habitants.

Photographie du plan exposé au musée d'Angers.
Plan de Juliomagus au Haut-Empire.

Plusieurs bâtiments artisanaux ont été identifiés depuis 1971 :

  • deux ateliers de potiers,
  • deux ateliers de bronziers,
  • et un de forgerons.
  • Des rebuts de fabrication de tabletterie ont été recueillis lors des fouilles à la bibliothèque en 1975.

Des solins[5] d'ardoises sont associés à des murs de terre et des toitures végétales, progressivement remplacées par des toits de tuiles.

Le réseau des voies, un maillage quadrangulaire classique, est bien connu :

  • le premier cardo[6] a été dégagé en 1847, en creusant les fondations d'une maison, rue Donadieu-de-Puycharic ;
  • et le premier decumanus[7] a été signalé lors de la construction de la poste, par M. Gruet en 1932, depuis le cloître Saint-Martin jusqu'à la rue Franklin-Roosevelt.

À proximité immédiate de l'actuelle rue des Arènes, l'amphithéâtre de Growan ou Grohan, pouvait accueillir environ 6 000 spectateurs. Le mur du podium a été repéré au 11 rue des Arènes. Des thermes publics et privés ont également été retrouvés.
Deux nécropoles[8] à incinération ont été signalées,

  • celle du sud lors des travaux de mise en place de la voie ferrée,
  • et celle du nord pendant les fouilles de la place du Général-Leclerc en 1986 : tombes et édicules funéraires bordaient une large voie routière vers Lutèce.

À partir de la moitié du IIe siècle, la fonction de Juliomagus est plus résidentielle qu'artisanale.

Juliomagus au Bas-Empire

Photographie du plan exposé au musée d'Angers.
Plan de Juliomagus au Bas-Empire.

Comme dans de nombreuses autres villes gallo-romaines, les années 275-276 voient les habitants se replier vers un point stratégique et se protéger par une enceinte. À Angers, le castrum[9] englobe le point le plus élevé du site, entre l'évêché et le château (fin IIIe siècle-début IVe siècle), sur une superficie de 9 ha et de nombreux dépôts monétaires sont enfouis à partir du milieu du IIIe siècle, traduisant le climat d'insécurité.

Cette enceinte est de forme grossièrement ovale. La muraille, épaisse de 2 à 4 mètres selon la topographie du terrain, devait mesurer entre 10 et 12 mètres de haut ; elle était ponctuée de quatorze tours et percée de trois portes. L'appareillage d'une partie de ce mur, en moellons grossièrement cubiques et lits de briques, est encore visible, rue Toussaint.

Cette période est également marquée par l'introduction du christianisme et l'installation de nouveaux lieux d'inhumation. Plusieurs cercueils en plomb ont été mis au jour ; l'un d'eux, découvert en 2000, a livré un squelette de jeune fille avec parures et dépôt d'objets.

L'agglomération reprend au IVe-Ve siècle le nom du peuple gaulois qui l'habitait : civitas Andecavorum, ou Andecavis, origine de son nom actuel.

Liste des monuments de Juliomagus

L'amphithéâtre

Parcours Histoire d’Angers a présenté une exposition, du 11 avril au 21 septembre 2014, au musée des beaux-arts d'Angers : « Entrez dans l'arène ! Théâtre et amphithéâtres de l'Anjou romain » : l’amphithéâtre dit de Grohan, était localisé entre la rue des Arènes et la rue Hanneloup. Il a été détruit au XVIIe siècle. Le premier relevé archéologique a été dressé par Claude Ménard, lieutenant de la prévôté d'Angers, en 1637. Un tableau fantaisiste le représente au musée des Beaux-arts.

Les thermes

Une exposition sur les thermes gallo-romains du quartier de la République a été organisée en 1983.

  • Les thermes de l'Esvière : la fouille de 1988 à la Blancheraie a permis de retrouver les gros murs parallèles profondément ancrés en terre, signalés par L. Rondeau en 1853.
  • Place du Ralliement, le petit groupe balnéaire sud est signalé en 1878 a été fouillé en 1971.
  • Un ensemble thermal a été découvert, rue Delaâge, en 1973-1976,
  • et des thermes publics de la République en 1981-1982.

Le Mithraeum

À l'emplacement de l'ancienne clinique Saint-Louis, à l'angle d'un cardo[6] et d'un decumanus[7], a été trouvé en mai 2010 un lieu de culte dédié au dieu Mithra. Il s'agit de la seule présence de culte de ce dieu attestée dans le nord-ouest de la France. Le sanctuaire date du début du IIIe siècle : un vase porte une dédicace à Mithra, dieu invaincu, d'origine indo-iranienne. Le temple a été volontairement détruit à la fin du IVe siècle à la suite d'un incendie. Une tête de statue a été fracassée pour la rendre méconnaissable[10],[11],[12].

Voies romaines

Photographie du plan exposé au musée d'Angers.
Gros-plan, Juliomagus au Bas-Empire et les voies romaines.

Le segment de la carte de Peutinger[1] concernant l'Anjou comporte « nos quatre positions gallo-romaines angevines les plus anciennes, savoir : Juliomago, puis à Test Robrica, à l'ouest Conbaristum, et au sud-ouest Segora »[13]. « Ces positions dans la table de Peutinger, se trouvent toutes sur la rive gauche de la Loire ».

« Malgré ses imperfections, cette carte de l'Empire romain est le monument le plus précieux sur lequel nous puissions faire quelques fondements pour notre géographie angevine. On croit qu'elle fut exécutée à Constantinople vers l'an 393 sous Théodose le Grand, ou encore vers 435 du temps de Théodose II ».

« Indépendamment de nos quatre positions gallo-romaines précitées, nous remarquons sur cette carte, pour ce qui concerne l'Anjou, le tracé de trois voies principales ce qui n'implique pas qu'il n'y en ait point eu davantage ;

  • l'une part de Juliomago et se dirige au sud-ouest vers Segoray pour ensuite gagner de l'est à l'ouest, Portu namnetu (Nantes) ;
  • l'autre part également de Juliomago et va se dirigeant de l'est à l'ouest à Conbaristum pour ensuite par Sipia gagner Condate (Rennes) ;
  • la troisième part toujours de Juliomago et va se dirigeant vers Robrica de l'ouest à l'est, pour ensuite gagner Casaroduno (Tours) »[14].

« Il faut constater que les voies romaines d'Angers à Subdinnum (le Mans), d'Angers à Jùblains (Jublains) et d'Angers à Lemuno (Poitiers), ne sont point marquées sur la carte de Peutinger »[15].

Notes

Sur le même sujet

Histoire de l'Anjou et du Maine-et-Loire‎
Angers sur le Célestin Port de 1874
Archéologie en Maine-et-Loire
Musée des beaux-arts d'Angers

Bibliographie

• Michel Provost, Carte archéologique de la Gaule - Le Maine-et-Loire 79, Académie des inscriptions et Belles-Lettres,‎ 1988, 171 p. (ISBN 2-87754-000-6)
• Musée des Beaux-arts d'Angers, Parcours Histoire d'Angers, Musées d'Angers,‎ 2006, 117 p. (ISBN 2-35293-001-4)
• Monique Le Nézet-Célestin, Angers, les thermes gallo-romains du quartier de la République, exposition Angers, Angers-Nantes, 1983, 48 p.
• Jean Brodeur, Angers, ADLFI. Archéologie de la France - Informations, Pays de la Loire, mis en ligne le 1er mars 2008, consulté le 22 octobre 2015 (voir)
• Jean Brodeur et Isabelle Souquet-Leroy, Les fouilles archéologiques de la gare Saint-Laud à Angers, Revue Archéologique, Nouvelle Série, Fasc. 1 (2003), pp. 197-201, Presses Universitaires de France

Sources et annotations

  1. a et b La table de Peutinger est une copie du XIIIe siècle d'une ancienne carte romaine où figurent les routes et les villes principales de l'Empire romain. Sur ce sujet, voir sur Wikipédia.
  2. Civitas, mot latin recouvrant plusieurs notions, et ici le territoire occupé par la communauté des Andegaves.
  3. Néolithique, période la plus récente de la Préhistoire marquée par de profondes mutations, dont l'invention de l'agriculture et l'élevage.
  4. Marianne Deumié et François-Guillaume Derrien, Sous les pavés, l'histoire d'Angers, Ouest-France sur Shorthand Social, publié le 20 juillet 2015.
  5. Solin(s), en architecture intervalle entre les pièces de charpente.
  6. a et b Cardo, rue principale d'une ville romaine sur un axe nord-sud (urbanisme).
  7. a et b Decumanus, axe est-ouest dans une ville romaine (urbanisme).
  8. Nécropole(s), cimetière (Antiquité), ensemble de sépultures monumentales agglomérées.
  9. Castrum, mot latin pour camp retranché.
  10. Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), Un temple dédié au dieu Mithra à Angers, Publié le 7 mai 2010 et mis à jour le 3 juillet 2012.
  11. Sciences et Avenir, Un ancien culte du dieu Mithra à Angers, article du 7 mai 2010.
  12. Le Monde (Stéphane Foucart), Archéologie : un dieu iranien à Angers, article du 4 juin 2010.
  13. Répertoire archéologique, p. 403.
  14. Répertoire archéologique, p. 404.
  15. Société impériale d'agriculture, sciences et arts - Ancienne académie d'Angers - Commission archéologique du département de Maine et Loire, Répertoire archéologique de l'Anjou, Impr. de Cosnier et Lachèse, 1863.


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