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Version du 12 février 2026 à 18:58
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Camille Graux — en littérature Guillaume Carantec — est né à
Rennes le 30 Novembre 1872. C'est un Angevin d'élection, que des
relations de famille amenèrent chez nous, et que la figure de notre
Roi René séduisit au point qu'il s'en fit le serviteur fidèle, et qu'il est,
de par lui, delà « Maison d'Anjou ».
Il débuta dans la littérature en 1905 par un volume de vers, « Les Prémices » ; malgré la virulente préface où il affirmait son dédain de l'opinion et de la critique officielle, l'œuvre fut louée pour l'énergie dé sa pensée et la variété de sa technique ; voici comme, par exemple, en un raccourci original, Carantec met en scène l'histoire de notre langue :
- La danse des mots
- Les mots ne courent pas, ils dansent
- Sur le papier, prestigieux
- Comme des pantins ou des dieux.
- — Les vieux mots gaulois se balancent
- Avec des gestes gracieux.
- Un pied au sol, la tête aux cieux.
- — D'autres, plus graves et plus chastes,
- Font des quadrilles réguliers
- Qui ne sont jamais familiers.
- Ces favoris des nobles castes
- Par Hugo furent oubliés
- Sous le talon de ses souliers.
- D'autres, pimpants, Louis-quinzièmes,
- Fanfreluches et polissons,
- Dansent la gavotte en chaussons.
- Ils semblent dire au papier blême :
- « Nous n'appuyons pas, nous glissons,
- « Le Roi cherche des paillassons ».
- Un groupe valse, tourbillonne,
- Soulève une poussière d'or :
- « Bravo, l'orchestre ! Encor, encor !
- Notre victoire se claironne ! »
- Et l'orchestre donnant l'essor
- Conduit tous ces fous à la mort.
- — Puis se dandinent dans leurs loques,
- Restaurés, gauches et mielleux,
- Les mots bourgeois en habits bleus.
- Ils sont pudibonds et baroques,
- Prudhommesques, méticuleux,
- Pantalonnés par les bas-bleus.
- Le romantisme passe en houle
- Avec de grands yeux larmoyants
- Sur l'épaule de trois géants ;
- « Quel charivari ! » fait la foule.
- Les mots nouveaux, danseurs brillants,
- S'évaporent impatients.
- Flaubert et Balzac. La Nature
- En sa hideur, en sa beauté,
- S'échappe avec la Vérité
- Du puits profond de l'écriture.
- Sous les bonds de cette clarté
- Le papier cède épouvanté.
- — Un cri s'élève : Décadence !
- Des mots anglais, teutons, chinois,
- Exhibent leurs vilains minois...
- Français, c'est la dernière danse !
- Mâchons du foin, cassons des noix,
- Nous avons perdu Fontenoy !
Mais où Carantec a trouvé sa voie, c'est dans l'œuvre, aussi originale dans sa conception que dans sa forme, qu'il a intitulée Gestes et Dires du Bon Roi René : pour rendre hommage à son pays d'élection, il lui a semblé que nulle figure, dans notre histoire, n'était plus angevine que ce « Bon Roi René » dont la mémoire est encore chez nous si fortement populaire. Ce n'est point le fait d'un esprit banal que de se faire ainsi le courtisan et le troubadour d'un Roi mort depuis plus de quatre siècles ; de telles courtisanneries sont aussi rares que méritoires, et rien n'est moins dans la note arriviste de notre époque, que ce dévouement sans espoir de retour... J'ai prononcé le mot de « Troubadour», et vraiment je n'en sais pas de plus juste pour qualifier cette véritable « Chanson de Gestes », où un Poète très moderne a si puissamment retrouvé une âme médiévale :
- Fantôme royal
- L'an mil quatre cent huit, seizième de janvier
- Naquit, par volonté divine,
- L'illustrateur et l'héritier
- Des vertus de l'âme angevine.
- Amour le sut bercer dans ses bras étourdis,
- L'Art le charma dès son jeune âge.
- Il fit sur terre un beau voyage
- Avant que d'être en Paradis.
- Passant, quand tu verras les caresses du Loire,
- Flatter la poupe des voiliers.
- Songe que ses grands flots d'azur portent la gloire
- Du plus parfait des chevaliers ;
- Que la flotte angevine appareille, essaim rose
- D'ailes qui s'enflent au soleil,
- Que le bon roi René, prince d'apothéose,
- Epand son prestige vermeil ;
- Que l'été berce au doux babillage des rêves
- Son cœur tendre et ses yeux ravis,
- Et que la reine Jeanne et que l'or fin des grèves
- Inspirent ses joyeux devis ;
- Que l'étendard fleurdelysé gène les arches
- Du vieux pont de bois, étonné,
- Et que des mendiants, sublimes patriarches,
- Suivent l'étoile de René ;
- Que des juifs, des lépreux, des fous et des poètes,
- Gloire de son règne incertain,
- Accompagnent le bruit magique de ses fêtes
- Vers l'azur du pays latin.
- ***
- L'an mil quatre cent huit, seizième de janvier,
- Naquit, par volonté divine
- L'illustrateur et l'héritier
- Des vertus de l'âme angevine.
- Amour le sut bercer dans ses bras étourdis,
- L'Art le charma dès son jeune âge,
- Il fit sur terre un beau voyage
- Avant que d'être en Paradis.
Avant que d'être « en Paradis », le Roi René, trahi et abandonné par les Puissants du Monde, mais adoré des Humbles, adressait à son neveu et successeur Charles d'Anjou cette belle parole qui résume toute sa vie : « Aimez vos peples comme je les ai aimés ». Il fit une fin douloureuse et sereine à la fois, que Carantec a traduite en un acte en vers heureusement intitulé : Vitrail ; c'est bien un vitrail, en effet, où le Poète nous semble, dans l'encadrement de quelque ogive fleuronnée, comme l'un de ces pieux donateurs dont l'effigie agenouillée sourit doucement, les mains jointes, au bas de la verrière où s'irradie l'apothéose de leur saint Patron.
BIBLIOGRAPHIE. — Les Prémices, poèmes, Paris, Sansot, 1905. — Le Roi Mort « Vitrail », en un acte, Paris, éd. des Argonautes, 1908. — Le Roi René, monographie, éd. de l'Angevin de Paris, 1912. — Gestes et Dires du Bon Roi René, Paris, Crès, 1914.
Extrait de l'ouvrage Poètes angevins d'aujourd'hui, essais anthologiques de Marc Leclerc, Société des artistes angevins, Paul Lefebvre libr.-édit. (Paris), 1922, 134 p.
Marc Leclerc (1874-1946), homme de lettres angevin, créateur des rimiaux, peintre, conférencier, membre de la Société des artistes angevins.
Guillaume Carantec (1872-19..), nom de plume de Camille Graux, homme de lettres, poète et historiographe, collaborateur à L'Hermine et à La Revue moderne, auteur notamment en 1914 de Gestes et dires du bon roi René précédé d'un autographe de Frédéric Mistral.
Son ouvrage sur le roi René fait l'objet d'un article dans une parution de la Société des lettres, sciences et arts du Saumurois : « Bibliographie : Le Roi René par G. Carantec – L'histoire de l'Anjou vient de s'enrichir d'une monographie du Roi René dont la figure populaire et charmante rayonne à la fois sur les bonnes terres de Provence, de Lorraine et d'Anjou. L'ouvrage, réduit aux proportions modestes d'une plaquette de 80 pages, est dû à la plume alerte de Guillaume Carantec, qui nous révèle ainsi qu'on peut être un poète délicat et un chroniqueur averti. L'auteur en cette besogne, peu traitée jusqu'à lui, a fait particulièrement appel aux travaux antérieurs de Villeneuve-Bargemont, comte de Quatrebarbes et Lecoy de la Marche. Il ne s'est, d'ailleurs, jamais éloigné des sources mêmes de l'histoire, et ce n'est pas le moindre charme de cette œuvre au travers de laquelle circule la fraîcheur médiévale. Cette monographie précise et purement documentaire précède dans la pensée de l'auteur une interprétation lyrique de la vie intime du Roi qui sera la matière d'une œuvre prochaine dont le titre est Gestes et dires du bon Roi René. Rappelons enfin que cette monographie a été déjà publiée sous forme d'articles dans les colonnes de l'Angevin de Paris, dont chacun apprécie l'esprit nettement régionaliste. Tous ceux que passionne la vieille histoire et que la personnalité de René d'Anjou retient par son caractère d'exceptionnelle distinction liront avec intérêt l'ouvrage de Guillaume Carantec. En dépôt chez M. J. Evers, 21, rue Voltaire, à ANGERS, et aux bureaux de l'Angevin de Paris, 15, rue du Faubourg-Montmartre, Paris. Prix Fr. 1,50. » (Société des lettres, sciences et arts du Saumurois, avril 1912, p. 79)
Du même ouvrage : Paul Pionis, Paul Sonniès, René Bazin, Olivier de Rougé, Auguste Pinguet, Émile Marchand, Henry Cormeau, Maurice Couallier, Eugène Roussel, Alfred Coupel, Aïda De Romain, René Christian-Frogé.
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