Croyances et superstitions en Anjou (P-R)

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Langue et littérature angevine
Document   Croyances et superstitions en Anjou
Auteur   Anatole-Joseph Verrier et René Onillon
Année d'édition   1908
Éditeur   Germain et G. Grassin (Angers)
Note(s)   Croyances et superstitions en Anjou (P-R)
Extrait du Glossaire étymologique et historique des parlers et patois de l'Anjou


Pie. — J'allais Angers (à, non exprimé) faire des affaires sérieuses, mais j'ai vu devant moi, sur la route, une pie qui dansait. Tout de suite, j'ai fait demi-tour et j'm'en sé ervenu ; pas d'affaires à faire. Si j'en avait vu deux, j'arais marché avec confiance, j'arais été sûr de réussi. (Feu Br.) Proverbe :

Une pie, tant pis,
Pie deux, tant mieux.

Pierre. — Les anciens mineurs de Montjean (ils ont disparu depuis l'inondation des mines, en 1892) étaient fermement persuadés que la pierre pousse à la façon des plantes. Selon eux, les anciennes galeries de mines se rebouchaient d'elles-mêmes ; seulement, ils n'attribuaient pas ce phénomène à la poussée des masses suprajacentes, mais bien à une sorte de végétation du rocher.

— J'ai retrouvé cette même croyance à Torfou. Comme preuve, on allègue que l'on a beau trier les pierres dans les champs, la terre en contient toujours autant. Elle existe aussi au Longeron, avec cette particularité que les gens s'imaginent que la pierre, pour pouvoir pousser, doit être à demi enterrée, ainsi qu'un simple cholon.

Pierre-de-tonnerre. — C'est une opinion accréditée dans nos campagnes que le tonnerre tombe tantôt en feu et tantôt en pierre. Certains ont vu ce qu'ils appellent des « pierres de tonnerre ». Ces pierres ne sont autre chose que des météorites, aérolithes, débris de bolide. — On sait que les bolides traversent notre atmosphère comme des globes de feu et que, souvent, ils éclatent avec un fracas terrible. Il n'est donc pas extraordinaire que des hommes ignorants aient confondu avec la foudre ce météore lumineux et tonitruant.

Bodin en parle. Pour les paysans du Puy-Notre-Dame, ce sont des haches celtiques, qu'ils croient être tombées avec la foudre. (Recherches historiques sur la ville de Saumur et ses monuments, etc.) A Saumur, chez Degouy aîné, 1812, 2 vol. in-12. T. I, p. 15.) — V. au Gloss.

N. — Je tiens de feu M. Célestin Port que, dans certaines parties de l'Anjou, on donne aussi ce nom aux haches celtiques.

Pirriers. — Nom injurieux donné aux mariniers. V. au Gloss.

Pissenlit. — Le pissenlit, ou cocu (nom qui lui vient de sa couleur jaune, symbole de la jaunisse que contractent les maris trompés) sert, comme chacun le sait, à faire d'excellentes salades, des salades si estimées que, même dans l'Ouche des mottes, on se régale encore à manger les pissenlits par la racine. Il va sans dire que, vers la fin de l'hiver, le pissenlit donne lieu à un commerce assez important. Dans les îles de la Loire, dans la vallée de l'Authion, et spécialement dans les plaines de Sorges, on voit des bandes de femmes (rien de La Bruyère. V. Caractères) occupées à longues journées à cueillir les cocus, lesquels sont expédiés par quantités énormes aux bourgeois d'Angers et de Paris, qui en manquent, paraît-il ? C'est un gagne-pain pour les malheureuses journalières, et surtout un gros bénéfice pour les intermédiaires qui les grugent.

Les enfants aiment les pissenlits pour d'autres raisons. Avec les pédoncules tubulaires des fleurs, ils fabriquent des pipeaux rustiques, sortes de chalumeaux à anche, dans lesquels ils se plaisent à souffler, malgré la sève amère qui leur remplit la bouche. L'anche est tôt fatiguée et le sublet hors d'usage ; mais les réparations chez le luthier ne coûtent pas les yeux de la tête.

Une autre jeu innocent consiste à former avec ces mêmes pédoncules, dont on engage la petite extrémité dans la grosse, les maillons d'une chaîne qui peut s'allonger indéfiniment, comme la chanson aux 99 couplets et qui, pour cette raison, ne tarde guère à passer à l'état de scie. Ce détail est sans importance pour les queneaux, qui aiment le changement par goût et passent à d'autres exercices. Il naraît que nos voisins d'Outre-Rhin pratiquent ce même amusement, puisqu'ils nomment le pissenlit Kettemblum (fleur à chaîne). R. O.

Il y a encore la distraction classique qui consiste à s'assurer (proh pudor !) si une personne n'a point . . . mouillé ses draps. Pour cela, il faut que le pissenlit ait passé fleur et porte ces aigrettes légères que le moindre vent emporte avec les graines. La personne incriminée doit souffler sur une tête de cocu et, en trois butées vigoureuses, enlever toutes les aigrettes, laissant la tête du bonhomme plus nette que le chef de feu Bismark. Elle est atteinte et convaincue si elle n'y réussit pas et en reste pour sa courte honte. Plus d'une jeune fille a dû subir cette épreuve, moins dangereuse que celle du feu, assurément, ce qui ne l'a pas empêchée d'en piquer un. . . de feu.

De là sans doute le nom de la plante aux fleurs jaunes. (R. O.)

(Non. Elle passait pour avoir la propriété de guérir de cette infirmité.)

Pisser (Ma., Z. 207.) — A pisser dans les rouons de chartes (ornières), on gagne des derzillons.

Poignet. — Quand on ne peut entourer complètement son poignet avec la main, c'est qu'on mange du pain de faignant. (On a des mains trop petites, qui ne sont pas celles d'un travailleur, élargies par le travail.)

'Poil de carotte. — V. Gloss., à Poil. — Mauvais caractère.

Poil-de-chat. — Il est très dangereux d'avaler même un seul poil de chat. (Lg.)

Poirier. — Mettre des pierres dans un poirier pour qu'il produise davantage. (Lrm.)

Potiron. — Champignons. — Les potirons poussent ordinairement dans les mêmes parages. Aussi, quand on en a trouvé un, il faut répéter, au moins mentalement :

« Potiron, vire, virons,
Fais-moi trouver ton compagnon. » (Lg.)

Pouées. — Poux. Les mûres-de-chien (mûre noire, fruit de la ronce) donnent des poux.

— Certains sorciers ont également le pouvoir d'en donner.

— Lorsqu'un enfant a beaucoup de poux (grenadiers, loulous), ils s'attellent les uns à la suite des autres et traînent le pouilleux à la rivière, où ils le font noyer. C'est le conte que les mères débitent à leurs rejetons pour les décider à se laisser peigner.

— Au Longeron, pays de filatures, les poueils ont plus d'industrie ; ils cordent les cheveux des pouilloux avant de s'y atteler pour les traîner à la Sèvre.

Poules. — « Elles se neyent (noient) pa' l'cul. »

— Poules qui chantent le chant du coq. « La mortalité se jetait sur leurs animaux de toute sorte et leurs poules chantaient « le chant du coq. » (Hist. du vx tps, 449.)

— La superstition de la poule noire servant aux sorciers à évoquer le diable paraît ne plus exister dans nos campagnes ; mais elle a dû y avoir cours, et l'on en retrouve des traces au Longeron. Là, dans les veillées, on raconte volontiers l'histoire d'un homme, lequel possédait une poule noire qui lui pounait (pondait) de l'argent ; et même cet argent se doublait chaque jour. Seulement, lorsque cet homme vint à mourir, il fut emporté par le diable, si bien que l'on dut mettre une bûche dans son cercueil. Et la poule noire, que personne ne voulait recueillir, allait criant : « Qui me logera ? Qui me logera ? »

Poupons. — L'apparition des nouveaux nés en ce bas-monde a pour effet bien connu de donner à réfléchir aux enfants d'un certain âge et de provoquer de leur part des questions parfois embarrassantes. Les grandes personnes ne s'en tirent qu'à l'aide de mensonges traditionnels, dans lesquels le cœur de choux occupe partout la première place.

A Montjean, ce n'est pas exactement dans les cœurs de choux, mais bien sous les choux que l'on trouve les poupons. De plus, la bonne-femme — entendez : la sage-femme — en tient magasin dans un grand coffre, où elle les nourrit avec des coques de noix, les pauvrets ! Elle ne délivre, d'ailleurs, sa marchandise que contre beaux deniers comptants et, quand une petite fille réclame un petit frère à sa maman, celle-ci ne manque pas de lui répondre : « J'avons pas assez d'argent, quand je serons pus riches. — Il y a encore un inconvénient grave : c'est qu'il fait très noir dans le coffre de la bonne femme, et dame ! comme elle empoigne au hasard ses élèves quand il lui en est demandé, c'est parfois une petite sœur qu'elle vous livre, au lieu du petit frère attendu. On ne peut jamais savoir, et il n'y a pas à « rognonner » avec ces vieilles crocs-durs. Aussi, depuis l'établissement des chemins de fer, on commande assez volontiers les poupons à Paris et ils arrivent généralement par les trains de nuit. Seulement, si les grands magasins sont mieux assortis, les employés des chemins de fer ne sont pas toujours exacts et il y a souvent des déceptions lors de l'ouverture des colis.

Les bateaux à vapeur, pendant qu'ils ont existé, ont également apporté bien des poupons d'Angers ou de Nantes ; mais leur service n'était guère plus satisfaisant.

A Torfou, c'est la Pierre Tournisse (1) qui est la pierre d'achoppement pour les indiscrètes curiosités de la jeunesse ingénue. Tous les indigènes de Torfou sont de la Pierre Tournisse, et c'est là que la bonne femme va les chercher, contre rémunération honnête, bien entendu. Elle n'a pas, du reste, à s'en occuper autrement. La Pierre Tournisse prend soin elle-même des nourrissons qu'elle porte dans ses flancs et, chaque jour, elle descend au ruisseau voisin pour les faire boire !

Il n'est pas rare que des galopins passent des journées entières à guetter le moment où le phénomène se produira. Malheureusement pour ces saints Thomas candides, la granitique Mère Gigagne de Torfou, toute Tournisse qu'elle soit, n'est que la grande sœur de maintes bornes connues à Montjean et ailleurs, qui font le tour du champ toutes les fois qu'elles entendent midi sonner.

Mais qu'est-ce que cette Pierre Tournisse? C'est un énorme bloc de rocher — j'estime qu'il mesure au moins 75 m. cubes — posé en équilibre sur une pointe de roc, au sommet d'un petit mamelon qui se trouve à 5 ou 600 mètres du bourg de Torfou, non loin de la route allant à Roussay. Bloc erratique ou monument druidique, c'est, en tout cas, une curiosité

(1) Photographie : librairie Poupin, Mortagne. — Cette pierre est un énorme rocher en forme de boule, mesurant environ de 13 à 20 mètres de circonférence ; elle a l'aspect d'un monument druidique posé à fleur de terre sur le sommet d'un coteau. Cet énorme bloc est creusé sur la partie supérieure en forme de corps humain. Très curieux à visiter.

remarquable, que de nombreux visiteurs viennent admirer de fort loin.

Il y a quelques années, l'Etat a dû la classer d'urgence comme monument historique ; des carriers étaient en train de la débiter en moellons, et l'on voit auprès des morceaux énormes qu'ils ont fait sauter à coups de barres de mine ! S'ils savaient se servir de la poudre, ils ne l'avaient assurément pas inventée, ces vandales ! Mais, en somme, l'ignorance et le besoin d'argent excusent de tels actes, et peut-être les pitoyables artistes voulaient-ils tout simplement délivrer leurs petits frères, les innocents renfermés dans la Pierre Tournisse.

Poupoute. — Huppe. Au Longeron, on croit que la huppe construit son nom avec de la merde de chien. (D'où son nom, dérivé de Puer.)

Priser. — Au Lg., si une jeune fille accepte de puiser une chinchée dans la touine d'un jeune homme, elle risque fort d'être charmée par l'Adonis au pétun, de lui laisser prendre sur elle un ascendant irrésistible. Les Don Juan longeronnais recèlent, paraît-il, des philtres amoureux dans leur queue de rat. Réciproquement, un garçon qui tingue dans la tabatière d'une jeune beauté devient infailliblement la proie de la sirène. Ceci serait plus croyable. V. Tabatière, au Glossaire. — N. Dans les deux cas, on est de bonne prise.

Proteau (Mercure). — Au Lg., d'après la croyance populaire, ce corps a des propriétés vénéneuses épouvantables, bien supérieures à celles qu'il possède incontestablement. Autrefois, dit-on, les sorciers faisaient mourir les gens et se faisaient mourir entre eux surtout à l'aide du proteau. On raconte avec horreur l'histoire d' un individu qui, jaloux d'une jeune fille, enduisit d'onguent gris un échalier sur lequel elle devait passer. En enjambant cet échalier, la malheureuse se frotta à sa drogue infernale et fut prise d'une maladie de langueur dont rien ne put la guérir. Comme preuve de ces faits, on allègue que, dans les tombes anciennes, lorsqu'on les ouvre, on a souvent vu au fond scintiller des gouttelettes de proteau. Ici, une remarque s'impose. En admettant que la présence du mercure ait été bien constatée, il se peut que ce métal provienne de la réduction des drogues — en particulier du calomel — que les morts auraient absorbées dans leur dernière maladie. Mais est-ce bien du mercure métallique que l'on a vu ? Ne s'agit-il point simplement des paillettes de mica dont ce sol granitique est partout rempli ?

A Mj., le nom de proteau est inconnu, comme le nom franc, de mercure. Mais beaucoup de gens croient que, pour faire périr un arbre, il suffit de percer un petit trou dans le tronc et d'y verser qqs gouttes de vif-argent.

Râche (Enfantin). — Il ne faut jamais enlever la râche (V. Gloss.) de la tête des enfants, cela les empêche de profiter.

Rage. — Chez le chien, mordu par un chien enragé, la rage peut couver pendant neuf lunes avant de se déclarer. — La morsure d'une chienne en feu est aussi dangereuse que celle d'un chien enragé. (Lg.)

Raisin. — Il ne faut pas donner de raisin aux poules, cela les empêche de pondre.

Rameaux bénits. — Ceux qui, le dimanche des Rameaux, portent bénir des rameaux branchus sont des sorciers capables de voler le beurre.

— Une fois que les Rameaux sont bénits, le porteur ne doit pas mettre les pieds dans une maison quelconque avant de les déposer dans la sienne, sinon ils perdent de leur vertu. (Sa.)




Extrait de l'ouvrage de A.-J. Verrier et R. Onillon, Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou : comprenant le glossaire proprement dit des dialogues, contes, récits et nouvelles en patois, le folklore de la province, Germain & Grassin (Angers), 1908, tome second — Troisième partie : Folk-Lore, III Croyances — Superstitions — Préjugés, pages 448 et 449, Pie à Rameaux bénits. Publication en deux volumes.

Croyances et superstitions de Verrier et Onillon :

Croyances et superstitions en Anjou (A-C).
Croyances et superstitions en Anjou (C-D).
Croyances et superstitions en Anjou (D-L).
Croyances et superstitions en Anjou (L-P).
• Croyances et superstitions en Anjou (P-R).


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