Le Vaudelenay-Rillé (1825)

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Langue et littérature angevine
Document   Le Vaudelenay-Rillé
Auteur   M. Paterne (novembre 1825)
Année d'édition   1855
Éditeur   Libr. de Cosnier et Lachèse (Angers)
Note(s)   Extrait de la Revue de l'Anjou et de Maine et Loire, quatrième année, tome deuxième, pages 112 à 120


Couverture.
LE VAUDELENAY-RILLÉ.


Nous publions, en y ajoutant quelques notes (1), un mémoire dont le manuscrit original est conservé dans la Topographie Angevine de M. Toussaint Grille. Le savant et infatigable collecteur auquel l'histoire d'Anjou doit la conservation de ses plus précieux documents, a pris le soin de nous instruire qu'il a été rédigé pour lui-même, à la demande de son ami M. Papin, de Saumur. Il nous donne en outre le nom de celui qui signe l'Ami du Vaudelenay. L'auteur de cette intéressante monographie, est un ancien notaire de Montreuil-Bellay, M. Paterne, qui a fourni à Bodin divers renseignements pour ses Recherches sur Saumur, et dont le frère, chirurgien au Puy-Notre-Dame, était aussi très versé dans la connaissance des antiquités de cette contrée.


MÉMOIRE HISTORIQUE SUR LA COMMUNE DE VAUDELENAY-RILLÉ.


La commune du Vau de Lenay, appelée dans les anciennes chroniques Vallis Linensis ou de Lenaio, était la dernière des seize paroisses des Marches Communes du Poitou. Elle était de l'élection de Thouars, prenait son sel au dépôt de cette ville comme « rédimée » de gabelles, était dans la dépendance féodale de la vicomté de Thouars et avait ses assises autrefois au siége seul de la justice de ladite vicomté (2).

(1) Celles de M. Paterne sont indiquées par la lettre P.
(2) Pour le spirituel, cette paroisse relevait, comme Montreuil-Bellay, du diocèse de Poitiers.

Par sa situation topographique, elle était placée et enclavée dans l'Anjou, entre les paroisses de Montreuil-Bellay, du Puy-Notre-Dame, de Brossay et de la Madelaine-Cisay.

Elle était bien limitée et démarquée par la rivière du Thouet au levant, par des chemins, des chaussées dont il reste encore des traces, par des bornes, des carrefours et par des déclarations rendues au roi en 1400, 1624 et 1640.

Dans ces seize paroisses des Marches du Poitou, il n'y avait point d'autre seigneur fondateur que le vicomte de Thouars, et toutes les fois que les propriétaires de maisons seigneuriales dans la commune du Vaudelenay avaient voulu s'arroger ce titre, ils en avaient toujours été repoussés par le vicomte de Thouars et par le baron de Montreuil-Bellay (1). Vers 1600, et plus tard, les seigneurs de la Porte, du Bois-Sicard et du Petit-Passay, se prétendirent seigneurs fondateurs de cette église ; mais le baron de Montreuil, prince de Longueville, ou ses successeurs, les ducs de la Meilleraye et de Brissac, intervinrent dans ces disputes, et aucun de ces seigneurs de fief ne put obtenir la qualité de fondateur.

L'édit du roi de 1632, appelé l'Edit des Marches, avait réglé les droits coutumiers de ces paroisses (2), et pour terminer les débats sur la justice contentieuse entre le siége royal de Saumur et les siéges subalternes de Thouars et de Montreuil-Bellay, il avait accordé le droit de prévention à ces trois siéges.

(1) D'après l'Aveu et Dénombrement rendus au roi, le 1er février 1486, vieux style, par Guillaume de Harcourt, comte de Tancarville, vicomte de Melun et seigneur de Montreuil-Bellay, ses principaux vassaux dans la paroisse de Vaudelenay étaient :
Catherine de la Porte, veuve de Jean Amenart, chevalier, pour l'hôtel et terre de la Porte, tenus à foi et hommage-lige, et qui devaient trois mois et demi de gardes faites au château de Montreuil, par un gentilhomme armé et monté suffisamment ; plus 30 sous d'aides, quand elles y adviennent selon raison et la coutume du pays.
Ambroise de Pontlevain, pour le Fief-Neau, qui doit foi et hommage-lige, plus quarante jours de gardes ;
Henri Sicard 1° pour diverses choses tenues à foi et hommage-lige et aux gardes, en cas d'éminent péril et tant qu'il dure ; 2° pour une maison tenue aux mêmes foi et hommage, ainsi qu'à deux mois de garde, armé et monté suffisamment.
(2) Pendant les siècles précédents, il avait existé de nombreux débats entre les seigneurs de Thouars et de Montreuil, au sujet de la juridiction des Marches. Les archives de Maine et Loire possèdent notamment une charte de 1269, qui renferme une sentence d'Eustache de Beaumarchais, sénéchal de Poitou, en vertu de laquelle chacun des susdits seigneurs devait choisir un chevalier et un sergent, pour administrer en commun les Marches.

Le Vaudelenay est très ancien. Son église a été bâtie sur le bord d'un ruisseau, près d'un bois propre au culte des Druides (1).

Guillaume Chaumont, curé en 1446, rendit aveu, foi et hommage de son presbytère et de l'église au baron de Montreuil-Bellay, sous le règne de Charles VII ; et Nicolas Micou, curé en 1477, en rendant déclaration de quelques terres qu'il tenait de la libéralité des seigneurs de Champagne en Vaudelenay, dit que lui et ses prédécesseurs curés les tenaient de temps immémorial (2).

La donation qui fut faite de cette église à l'abbaye de Saint-Florent-lès-Saumur semble être de Thibaut-le-Tricheur, comte de Blois ou de son temps, vers l'an 950, si mieux on ne le rapporte à Berlay Ier du nom, baron de Montreuil-Bellay, qui dota aussi Saint-Florent de ses biens (3).

Charles-Martel, pour récompenser ses capitaines, leur avait donné les biens des églises ; mais dans les Xe et XIe siècles l'église redemanda

(1) Entre Montreuil et Lenay, au bord même du chemin public, est un petit monument appelé Grézil, indiqué sur la carte de Cassini. Il n'est pas rare, dit M. T. Grille, auquel nous empruntons cette note, de trouver dans son voisinage des flèches en silex et des haches, que les habitants du pays nomment Pierres de Foudre, et qu'ils pensent être tombées du ciel.
(2) Le curé du Vaudelenay rendait aveu et hommage au château de Montreuil-Bellay de l'église et de son presbytère à une maille d'or et à un demi-cheval de service, avec douze boisseaux de froment de cens annuel, ce qui prouverait que le baron de Montreuil-Bellay était le seigneur suzerain et le vrai fondateur de l'église du Vaudelenay, et que c'était lui qui l'avait soumise à l'abbaye de Saint-Florent. Dans le temps, le ban seigneurial de l'église du Vaudelenay portait un écusson, écartelé double, ayant à droite des chevrons brisés et à gauche trois merlettes. Ces mêmes armes étaient peintes dans un vitrail de la chapelle du château du Rosay, ce qui prouverait encore qu'aucun seigneur de fief en Vaudelenay n'avait obtenu la qualité de fondateur, et que M. de Maliverné, propriétaire de la maison du Rosay du temps de Du Plessis-Mornay, et qui était alors sénéchal de Saumur, avait fait placer ce ban dans l'église, et avait aussi prétendu aux honneurs de la seigneurie de l'église. P.
(3) Nous croyons que M. Paterne s'est trompé en disant ici et répétant plus loin, que le Vaudelenay dépendait de Saint-Florent. Ce monastère y avait seulement quelques dîmes. Le prieuré, consacré à saint Aubin, réuni plus tard à celui de Montreuil-Bellay, et l'église paroissiale, dont saint Martin était le patron, appartenaient à l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers, à laquelle ils furent donnés, vers 1080, le premier par Yvon de Montreuil et par sa femme Cécile ; la seconde, par une dame nommée Josane et par Geoffroy Minsard, Matbieu, Sarrasine et Milesende, qui paraissent avoir été ses enfants.
La charte de cette donation était transcrite au folio 57 du grand Cartulaire de Saint-Nicolas d'Angers, précieux document qui n'existe plus aujourd'hui.

ces mêmes biens, dont la majeure partie, ou les dîmes, furent rendues aux églises et aux couvents (1). Le Vaudelenay serait donc plus ancien que le Puy-Notre-Dame et que Saint-Hilaire de Rillé.

Le Puy-Notre-Dame doit l'érection de sa paroisse aux pèlerins qui, dans les XIe et XIIe siècles, venaient honorer la relique de la sainte ceinture de la Vierge (2), qui y avait été déposée par Geoffroy Grisegonelle, comte d'Anjou, après avoir vaincu et tué Bertholde le Danois, comme le dit Bourdigné dans ses Annales. Guillaume VII, comte de Poitou, ayant bâti et fondé l'église du Puy, y avait établi quatre moines et un prieur, tirés du Montierneuf de Poitiers ; il leur avait donné le château et l'église, et dit au prieur, dans sa charte : « Do tibi villam meam Puteoli, sicut illam emi ab Hincmaro, etc., etc. (3). » Cette paroisse ayant été peuplée par l'abondance des pèlerins, vers 1200, le prieur y pourvut, suivant les canons, d'un vicaire perpétuel pour l'administration des sacrements, lequel fut dans la suite magnifiquement doté par Louis XI, en fondant le chapitre (4).

Saint Hilaire de Rillé, près le Vaudelenay, devait son origine à Richard, neveu de Giraud-Berlay II. Ce baron s'étant brouillé avec Geoffroy-le-Bel, comte d'Anjou, ce prince vint l'assiéger dans son château de Montreuil, le fit prisonnier, rasa sa tour qui dominait

(1) D'après l'Aveu et Dénombrement de 1486, l'abbé de Saint-Nicolas devait au seigneur de Montreuil, pour les dîmes de Saint-Hilaire de Rillé et de Messemé, foi et hommage simple, 100 sous tournois à chaque mutation d'abbé, plus une paire d'éperons dorés tous les ans à Noël.
(2) Procédures du prieur du Puy, contre le chapitre. P.
Voir aussi Bodin, Recherches sur Saumur, première édition, vol. 2, pages 199 et suivantes.
(3) Voir la Nova Gallia Christiana, vol. 2. Abbaye du Montierneuf de Poitiers, pièces justificatives.
(4) Quand Louis XI fonda le chapitre du Puy-Notre-Dame, Sixte IV, alors pape, dans la bulle d'érection, exempta le chapitre de la juridiction de l'ordinaire. Avant leur installation, les chanoines députèrent à l'évêque de Poitiers, pour lui demander son agrément ; mais l'évêque répondit qu'il consulterait son chapitre, et refusa son agrément. Le roi informé de ce refus envoya de suite Cottier, son chirurgien, au Puy, qui de la part du roi, à qui on ne résistait pas, installa le chapitre et mit les chanoines en possession de leurs siéges et de leurs biens. Ce chapitre avait, entr'autres biens, été doté de droits champarts dans la marche de Thouars ; mais sur la réclamation du sieur de la Trémoille, vicomte de Thouars, qui avait épousé l'héritière de la maison d'Amboise, les Etats-Généraux assemblés à Tours, sous la régence de la dame de Beaujeu, rendirent au sieur de la Trémoille les biens dont Louis XI l'avait dépouillé. P.

tout le pays et l'emmena au château de Saumur, puis à Angers avec toute sa famille, vers 1145 (1). Richard se fit moine à Saint-Nicolas d'Angers et y mourut. On grava sur sa tombe cette épitaphe que l'on voyait dans la sacristie avant la Révolution : Hic jacet Ricardus, Berlaii secundi nepos, et ecclesiæ Sancti-Hilarii de Regliaco fundator (2).

Jean Huynes, moine de Saint-Florent, qui dans son histoire de cette abbaye en rapporte les dotations, pourrait bien donner des renseignements sur ces faits historiques (3) et dire si ce fut Thibaut le Tricheur ou Berlay Ier qui soumirent l'église du Vaudelenay à l'abbaye de Saint-Florent, dont l'abbé était le présentateur.

Cette église, jusqu'au temps de la Ligue, était considérable, et les habitants très nombreux. La cure était richement dotée : la fabrique riche en rentes et en biens communs ; quatre vicaires, quatre prêtres habitués, quatre confrairies, une boîte du luminaire et une boîte des trépassés. La guerre civile de la Ligue vint la désoler.

L'armée des protestants, conduite par l'amiral de Coligny, s'empara de Montreuil-Bellay en 1568, le 4 décembre, un an avant la bataille de Montcontour qui fut donnée le 3 octobre 1569.

La cavalerie du prince de Condé s'établit au Vaudelenay, dans la maison de La Bimard (4) et dans l'église, d'où vient que le sieur Blondé, propriétaire de La Bimard, mauvais poète en bouts rimés, avait gravé cette inscription sous les armes du prince de Condé, qui étaient au-dessus de son portrait :

Grand prince de Condé,
A l'abri de tes armes,
La Bimard, à Blondé,
S'exempte de gendarmes.
(1) En 1150, d'après les Chroniques de Saint-Aubin d'Angers, le siége de Montreuil avait duré un mois et un jour.
Voir aussi l'Histoire de Geoffroy-le-Bel par Jean, moine de Marmoutier, à la fin du 1er livre.
(2) Ce personnage n'est pas nommé dans la charte curieuse et inédite qui donne Saint-Hilaire de Rillé à l'abbaye de Saint-Nicolas, et remonte environ à l'année 1090. D'après ce titre, jadis copié au folio 53 du cartulaire de Saint-Nicolas, la donation de Rillé fut faite par Girard fils d'Hamenon. L'église de Saint-Hilaire venait d'être construite, dans son fief, par un prêtre nommé Bernard.
(3) Nous ne croyons pas que Don Huynes en parle dans son histoire de Saint-Florent, dont l'original est conservé dans les archives de Maine et Loire ; et nous n'avons trouvé, parmi les titres de ce monastère, aucune charte relative au Vaudelenay.
(4) En 1486, l'houstel et terre de La Bismart, séunt au Vaudelenay, appartenaient
à Jacques des Hommes, qui devait pour eux au seigneur de Montreuil foi et hommage simple, et 5 sous de service à la Notre-Dame de septembre. Il devint plus tard la propriété de la famille Blondé de Bagneux.

Et cette autre inscription qui était au-dessus de la porte des Champs :

Que Dieu nous conserve,
Que chacun le serve,
En ce La Bimard,
Plus tôt que plus tard.
Blondé y demeure
Qui en paix vive et meure.

Les protestants détruisirent le presbytère qui était au-devant de l'église (1), dévastèrent l'église, les reliques et la châsse de sainte Nemoise, emportèrent les vases sacrés, les cloches et les ornements et restèrent longtemps dans le pays. Ils y revinrent encore en 1575, et brulèrent les papiers du chapitre du Puy et ceux de la cure du Vaudelenay, qui avaient été tous cachés dans la cave d'un habitant. Ils emmenèrent quatre fois prisonnier Jean Hardouin, lors curé du Vaudelenay, soit à Saintes, à Poitiers ou à Saint-Jean-d'Angély, et ne lui rendaient la liberté qu'en payant de fortes rançons.

Charles IX ayant ordonné, pour les besoins de l'Etat, la vente pour 900,000 écus d'or des biens du clergé, le sieur Du Plessis-Baudouin, seigneur de la Porte en Vaudelenay, acheta les dîmes du Vaudelenay, en 1577, de l'abbé de Saint-Florent, et en 1583 celles de Saint-Hilaire de Rillé de l'abbé de Saint-Nicolas d'Angers, et il fit le ramas de toutes ces dîmes dans sa maison de la Porte.

Pendant ce temps de guerres civiles dans deux paroisses si voisines l'une de l'autre, et qui n'avaient pour chef-lieu que le bourg du Vaudelenay (2) aux deux bouts duquel étaient les deux églises, la confusion des limites devint inévitable. Le Vaudelenay devint l'asile des deux curés ; et quoique ces deux paroisses fussent de deux provinces, Anjou et Poitou, et de deux élections, Thouars et Montreuil, tout y devint commun entre les habitants respectifs. Il n'y eut plus qu'un parcours, qu'un garde champêtre pour les prairies, les vignes, les champs et les communaux ; tout y fut commun excepté les impositions, fortes au Vaudelenay, comme pays rédimé de gabelles (3), et faibles en Saint-Hilaire, comme pays de gabelles. Bien

(1) Vendu en 1667 par François, prêtre-curé, et par les habitants. P.
(2) Le bourg de Saint-Hilaire, qui était autour de l'église, avait été détruit. P.
(3) Le Poitou était une des provinces qui, en 1553, avaient payé à Henri II une
finance considérable pour se rédimer du droit de gabelle. Les successeurs de ce prince ne se sont pas crus obligés de respecter le fond de ce traité, et ils ont exigé par un excédant d'impositions ce qu'ils ne pouvaient demander à la taxe du sel. En Anjou, on était soumis au régime des Grandes Gabelles.

plus, les riches propriétaires en vinrent jusqu'à faire passer les maisons de leurs métayers dans la paroisse de Saint-Hilaire de Rillé, pour les soustraire à l'impôt, et même leurs maisons.

Vers 1700, un événement singulier mit le comble à cette confusion. Un curé de Saint-Hilaire, Guy Doury, qui connaissait les moines et le prieur de Montreuil-Bellay, de qui il tenait sa cure comme vicaire-perpétuel, représenta à ce prieur, dont le frère était fermier-général, que sa paroisse était pauvre, ses habitants peu nombreux (trente feux), et qu'en raison de sa contiguïté avec le Vaudelenay, ils étaient continuellement exposés aux visites des employés aux gabelles. Ces raisons fortement appuyées auprès de son frère, le prieur et le curé obtinrent de ce fermier-général une lettre qui permit aux habitants de Saint-Hilaire de lever du sel au dépôt de Thouars. A peine cette faveur leur est-elle accordée que tous les habitants du Vaudelenay, pour se soustraire aussi à l'impôt, voulurent être de la paroisse de Saint-Hilaire de Rillé. Après vingt ans, cette paroisse, qui n'avait eu que vingt à trente feux, en eut soixante et quatre-vingt. On y bâtit des villages entiers, et plus elle augmentait, plus le Vaudelenay diminuait. Ce ne fut plus que procès : on finit par se battre et par se disputer sur les novales, les limites, les communaux et les engrangements. On transigea en 1722 sur les engrangements. Transaction inutile et qui ne termina rien.

Deux curés frères, les sieurs Guillot, s'étant logés ensemble dans le presbytère du Vaudelenay, augmentèrent encore le trouble et le désordre. Nouvelle transaction en 1784, et toujours inutilement. Lors des assemblées provinciales, on crut pouvoir remédier à tant d'inconvénients, mais le régime des élections (1) fut un obstacle invincible. Enfin la nouvelle division du territoire français, faite par l'Assemblée constituante, ayant placé le Vaudelenay dans l'arrondissement de Saumur, département de Maine et Loire, conformément à sa situation topographique, on représenta, pendant le cours de l'an V, à l'Assemblée Législative, la situation pénible et malheureuse de ces deux communes, le mélange confus de leurs habitants sur le même sol et la nécessité de les réunir en une seule, pour faciliter l'assiette

(1) On nommait Election une juridiction qui connaissait en première instance de tous les différends relatifs aux impôts. Le Vaudelenay et Rillé étaient de deux élections différentes.

de l'imposition et pour leur donner la paix. L'Assemblée législative, faisant droit à cette demande et au vœu unanime de tous les habitants des deux communes, réunit, par une loi du 25 messidor de l'an V, ces deux communes en une seule, sous le nom du Vaudelenay-Rillé ; et c'était l'unique moyen de les mettre en paix et d'y faire revivre l'agriculture, le bonheur et l'harmonie.

Un si grand bienfait arrive rarement sans qu'il en résulte quelque inconvénient. L'assemblée cantonale de Montreuil-Bellay, ou plutôt la commune de Montreuil-Bellay, gréva le Vaudelenay de 4,500 francs de son imposition foncière, dans les rôles de l'an V, qui ne furent faits que le 11 pluviôse de l'an VII (1). C'est 135,000 francs que la commune a payé pour Montreuil depuis trente ans (2).

P. S. On a trouvé dans l'église du Vaudelenay deux trésors, l'un en 1767, et l'autre en février 1791.

Le premier trésor fut trouvé en 1767 par le nommé Jean Chevau, garçon journalier, mort en 1802, le 11 brumaire an X, en faisant la fosse d'un sieur Roger, notaire royal au Vaudelenay, sous l'arcade qui sépare le chœur de la sacristie.

Le second trésor fut trouvé à côté du premier, un fondement de mur entre deux, en février 1791, par Jean Guémas, perrayeur, en pavant l'église avec des tombes.

Le premier était contenu dans un coquemard d'étain à anse, de la contenance d'environ demi-litre. J'ai vu ce coquemard. Il était rempli de pièces d'or minces, de la grandeur d'une pièce de 2 francs. Ledit Chevau en avait donné à la dame Roger une qui était de Philippe Ier, roi de France, et représentait d'un côté le roi, avec cette inscription : Philippus Dei gratia rex Francorum ; de l'autre côté une croix dont les bouts étaient en figure de fleur de lys, avec cet exergue : Christus regnat, Christus vincit, Christus imperat.

Le second trésor était contenu dans une petite boîte de bois très mince, dont le couvercle était parsemé de fleurs de lys dorées. Elle pouvait contenir deux cents pièces de monnaie d'or de la même grandeur que celles du premier trésor. Aussitôt trouvés, l'inventeur en apporta vingt-six au rédacteur de ce mémoire, en lui demandant

(1) Le rédacteur était percepteur de toutes les communes du canton dans les années V et VI. P.
(2) L'an Ve de la République a commencé le 22 septembre 1796. Le 11 pluviôse an VII correspond au 30 janvier 1799. M. Paterne écrivait son Mémoire en 1825 : les choses n'ont peut-être pas changé depuis cette époque.

si elles étaient d'or. « Et de bel or, lui dis-je! » Je les examinai à la hâte, parce que l'inventeur voulait de suite les remporter. Ces pièces étaient semblables à celles du premier trésor. C'était une collection de médailles de nos rois de France de la seconde et troisième races, jusqu'à Jean-le-Bon qui était le dernier de la collection. Jean était représenté debout, tenant de la main droite, le long de ses jambes, un écusson aux armes de France. Philippe-le-Bel était assis sur son trône, la couronne en tête, tenant dans sa droile une main de justice. Saint Louis, au lieu de la figure du roi, avait un agneau tenant l'oriflamme de France, parsemé de fleurs de lys, avec ces mots : Ecce Agnus Dei, qui tollit peccata mundi. Philippe-Auguste était représenté à cheval, au grand galop, le sabre à la main et couvert du manteau royal parsemé de fleurs de lys. Enfin nous avons cru remarquer les têtes de quelques médailles couvertes de bonnets échancrés par le devant, avec une boulette et une croix au-dessus, ce qui désignerait les empereurs de la seconde rące.

Des ignorants, des barbares avaient trouvé ces trésors ; les barbares les ont vendus à vil prix et enfouis, et ils ont été perdus pour l'histoire.

Par l'auteur de l'écrit (1) intitulé

L'AMI DU VAUDELENAY.

1825, novembre.

(1) Cet écrit n'a probablement pas été imprimé, et il a été inconnu à M. T. Grille, qui n'en parle pas dans sa Topographie.




Le Vaudelenay-Rillé par M. Paterne, novembre 1825, dans Revue de l'Anjou et de Maine-et-Loire, Quatrième année, Tome deuxième, Librairie de Cosnier et Lachèse, 1855, p. 112-120. Revue de l'Anjou, bimestriel de 1852 à 1856, mensuel de 1857 à 1862, deviendra en 1867 Revue historique, littéraire et archéologique de l'Anjou.


Voir aussi Revue de l'Anjou de 1854.

Autres documents : La peste noire en Anjou en 1348, Livre des tournois (1451), Les regrets de Du Bellay (1558), Les six livres de la République (1576), Vocation cavalière de Saumur, Crocodile du Muséum, Dictionnaire de Viollet-le-Duc (1856), Proverbes par de Soland (1858), Société industrielle d'Angers (1858), Villégiature à Angers au XIXe siècle, Indicateur de Millet (1864), Mémoires de la Société académique (1865), Usages de Maine-et-Loire (1872), Dictionnaire de Port (1874-1878), Bulletin de la Société des sciences de Cholet (1883), Notice de Milon (1889), Glossaire de Verrier et Onillon (1908), L'Anjou historique (1909), L'Anjou et ses vignes de Maisonneuve (1925).


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