Mots des ardoisières (glossaire Verrier et Onillon)

De Wiki-Anjou
Langue et littérature angevine
Document   XIX - Histoire - Ardoisières
Auteur   Anatole-Joseph Verrier et René Onillon
Année d'édition   1908
Éditeur   Germain et G. Grassin (Angers)
Note(s)   Extrait du Glossaire étymologique et historique des parlers et patois de l'Anjou.


Ardoisières. — Essai sur l'industrie ardoisière d'Angers, par M. Blavier. (Bulletin de la Société industrielle d'Angers, 34e année, 4e de la 3e série, 1863, pages 93 à 244.) Résumé.

CHARBONNÉE. — Schiste ampéliteux (p. 98).

PIERRE NOIRE. — Schiste fissile (V. Charbonnée), mais d'une teinte d'un bleu un peu plus foncé et se chargeant d'une plus forte proportion de cristaux cubiques de pyrites de fer (p. 98).

LAMPROIES. — Pyrites de fer et autres corps hétérogènes et accidentels (V. Mouches, Blancs) qui interrompent la fente et occasionnent dans la fabrication (de l'ardoise) un déchet plus ou moins grand (p. 98).

MOUCHES. — V. Lamproies, Blancs.

BLANCS. — V. Lamproies, Mouches.

PIERRE RUDE. — Ardoisières. Dont le pyrite rend la fabrication difficile et onéreuse (p. 99).

LICHE. — Petites surfaces douces au toucher, coupant en tous sens le plan de fissilité, de façon à empêcher la séparation du schiste en feuillets de dimension suflisante pour faire de l'ardoise (p. 99.)

FORIACES. — Lames plus ou moins épaisses de pyrites de fer (non plus à l'état cristallin) et rapprochées les unes des autres (p. 99).

DÉLITS. — Plans de rupture bien accentués dans les schistes ardoisiers. V. Torsins, Chefs, Erusses, Rembrayures (p. 99), Feuilletis, Chauves, Assereaux, Cordes de chat.

TORSINS. — V. Délits. Série d'amandes quartzeuses, enveloppées de schiste tourmenté, comme tordus. V. Chefs, Erusses, Rembrayures (p. 100).

FEUILLETIS. — V. Délits, où l'on ne retrouve pas le noyau de quartz, mais seulement des feuillets schisteux séparés les uns des autres et ne présentant plus la direction normale (p. 100). V. Torsins, Chefs, Erusses, Remblayures.

CHEFS. — V. Délits. Plans de séparation plus réguliers que les Torsins et beaucoup moins épais en général, presque à angle droit avec la direction des veines ardoisières et ont dû servir à l'origine de limites aux carrières entreprises dans ces veines, d'où le nom de Chefs de règle, donné encore aujourd'hui aux parois verticales qui limitent dans le sens de la longueur toutes les exploitations, bien que ces parois soient artificiellement taillées (p 100). V. Torsins, Erusses, Rembrayures.

CHAILLEUX. — V. Chefs. Se dit des Chefs naturels ; quartzeux (p. 100).

ERUSSES. — V. Délits. Délits qui, sur deux des quatre parois de la couche schisteuse, forment un plan de glissement pour une masse de rocher plus ou moins considérable qui tend à tomber dans la carrière, à s'érusser. V. Rembrayures (p. 100).

REMBRAYURES. — V. Erusses. Délits qui, sur les deux autres parois, ne présentent pas le même inconvénient que les Erusses et, au contraire, rembrayent (p. 101).

CHAUVES. — Plans de séparation qqf. très multipliés et sans continuité, dirigés à peu près suivant le fd de pierre, mais faisant avec lui des angles différents et séparant ainsi le rocher en lentilles très aplaties, faiblement adhérentes les unes aux autres. V. Délits (p. 101).

PIC. — Lourd marteau de forme toute spéciale dont se servent les ouvriers pour enfoncer les Quilles. Ils les prennent à deux mains et les lèvent peu. Le Pic moyen est un autre marteau spécial qui sert à enfoncer les Alignoirs (p. 115).

ALIGNOIRS. — Petits coins pour débiter une grosse masse d'ardoise en morceaux de moindre épaisseur (p. 115).

ALIGNAGE de la pierre. — Ensemble des opérations nécessaires pour débiter le schiste en fragments que trois ou quatre hommes peuvent porter.

ECOTS (ranger les). — Quand un bloc a été détaché du banc en exploitation... la séparation n'est jamais nette. Sous l'influence des coins qui agissent en tête du bloc, la cassure se fait irrégulièrement au pied et cette espèce de talon, qui reste, empêcherait l'abatage de la pièce suivante si on ne l'enlevait. C'est ce qu'on fait à la pointe. . . Ce travail s'appelle : Ranger les écots (p. 116).

DÉCALABRAGE. — V. Glossaire.

BASSICOT. — Caisse d'extraction de l'ardoise.

BILLON de conduite. — Câble dont une des extrémités s'attache à un anneau en fer, fixé dans le rocher au fond de la carrière, et dont l'autre extrémité vient aboutir à la partie supérieure de la carrée.

CAYORNE. — Poulie à gorge qui s'enroule sur le billon. Elle est reliée au câble d'extraction par une chaîne de petite longueur.

CRAPAUDS. — Plates-formes très basses, roulant sur de petits chemins de fer disposés sur les différents bancs en exploitation, destinées à recevoir le bassicot. Elles permettent de le pousser facilement jusqu'à l'extrémité de chaque banc (p. 111).

CORDES DE CHAT. — V. Délits. Filons de quartz blanc parallèles les uns aux autres et dirigés dans le plan de fissilité et ont une grande régularité (p. 101).

COSSE. — Partie supérieure des veines de schiste qui, sous l'influence des agents atmosphériques ou de l'eau, s'est décomposée en perdant sa coloration bleue pour prendre la teinte de rouille et en perdant en même temps toute consistance (p. 101).

PARAIGEUX (XVe s.), PARAGEAUX. — Ouvriers comme associés pour faire un travail en commun (par, agere) (p. 102).

HOTTÉE (XVIIe s.). — Quantité de schiste montée à dos d'homme. Hottier, l'ouvrier qui la monte ; Hottoir, lieu où l'on accumule les débris de carrière impropres à la fabrication (p. 106).

POIL ROUX, POIL TACHÉ (Tr.). — Ardoises de moindre qualité fabriquées pendant les travaux préliminaires de découverture, avant de trouver le rocher à ardoises (p. 106).

FONCÉE. — Banc ouvert par l'opération préliminaire du fonçage Ainsi, on compte la profondeur d'une carrière par le nombre de foncées qu'on y a exploitées, ce qu'il faut traduire en mètres, à raison de 3m33 par foncée (p. 113).

QUILLES (Tr ). — Longs coins en fer que l'on place dans la fente produite au moyen de mines, pour abattre une masse d'ardoise (p. 114). V. Pic.

CONDUISEURS. — Les deux ouvriers qui, par chaque machine d'extraction, ont mission de diriger l'ascension du bassicot et de veiller à ce qu'à son arrivée il ne frappe pas contre les saillies qui supportent la carrée, ou contre le pont roulant qui permet aux chariots de se placer par le mouvement de recul du cheval à l'aplomb même des bassicots. Leur mission est très importante au point de vue de la sécurité des ouvriers du fond (p. 120).

REPARTONS. — Fragments de schiste divisés par les ouvriers d'à-haut d'après la meilleure répartition à faire de ces morceaux au point de vue de la fabrication, en profitant de la propriété que possède la pierre de se querner dans le sens perpendiculaire au long grain. Une simple entaille de qqs centimètres et un coup de maillet en bois amènent cette division que suit ou précède celle suivant le long de la pierre... Il est évident que l'ouvrier cherche à produire le plus grand nombre possible de repartons de l'échantillon le plus grand, qui lui est payé le plus cher (p. 121).

FENDIS. — Action de diviser l'ardoise en plaques d'épaisseur décroissante jusqu'à la limite indiquée comme minimum. — Ardoise fendue, brute.

DOLLEAU. — Couteau lourd, avec poignée en bois, qui fait cisaille avec le rebord métallique d'un billot en bois, le Chapus.

CHAPUS. — Billot en bois sur lequel l'ouvrier appuie le côté du fendis à affranchir, tandis que l'autre côté est arrêté sur les coches d'une petite tringle en fer qui fixe les dimensions de chaque échantillon admis dans la fabrication des Ardoisières d'Angers.

ECHANTILLONS principaux :
1re carrée grand modèle ... 0m32 — 0m22
1re carrée forte et fine ... 0m29 — 0m21
2e carrée ordinaire ... 0m29 — 0m19
2e carrée 1 ... 0m29 — 0m16
2e carrée 2 ... 0m27 — 0m16
Poil taché ... 0m29 — 0m16
Flamande ... 0m27 — 0m16
Poil roux 1 ... 0m27 — 0m14
Héridelle ... 0m21 — 0m16
Poil roux 2 ... 0m21 — 0m10

Outre ces échantillons, les fendeurs font une petite quantité de grandes ardoises, dites modèles anglais, parce qu'elles ont les mêmes dimensions que les modèles fabriqués par les Anglais :

N°  1, le plus grand ... 0m54 sur 0m36
N° 10, le plus petit ... 0m305 — 0m165

GUÊTRAGE. — Réception de l'apprenti. (Détails des plus curieux, p. 183.)

GUIDE, s. f. — La guide est la ficelle avec laquelle le parrain et la marraine lient deux morceaux de feutre en croix, le premier sur la jambe droite, la seconde sur la jambe gauche de l'apprenti. Il en fallait dix brasses.

PINGEOT. — Petite cuve nécessaire pour recueillir les eaux qu'on veut épuiser avec un trait, p. 183.

PIGROLIER. — Ouvrier qui s'est formé seul à l'abat de la pierre et n'a pas reçu la consécration du guêtrage. Un ouvrier d'à-bas ne pouvait le fréquenter sans être condamné par ses camarades à l'amende d'un pot de vin destiné à le reblanchir. Ces distinctions n'existent plus.

N. — Je renvoie à cet ouvrage, très documenté, les lecteurs désireux de renseignements plus complets. M. Th. Bordillon, dans l'Annuaire statistique de Maine-et-Loire, p. 173, a fait paraître une très intéressante Notice sur les Ardoisières.

Il y a aux carrières deux corporations bien distinctes, qui ne se fréquentent pas : l'Ouvrier d'en-haut et l'Ouvrier d'à-bas. Le premier est le fendeur d'ardoises. Le second, celui qui travaille dans le fond. Chacun est régi par son Clerc. Le Clerc d'en-haut est Maître Un-tel, le Régisseur. Le Directeur a la haute direction et donne des ordres au Clerc d'à-bas ; néanmoins, ce dernier doit prendre toutes les garanties pour éviter les accidents dont il est seul responsable.

La pierre se distribue à tour de rôle par Hottée. Ce mot vient des premières découvertes, où l'homme montait la pierre aux fendeurs dans une hotte. Un peu plus tard, on le remplaça par le mulet et l'âne, qui avaient deux hottes. Quand l'on arriva aux machines, l'on donna à chaque ouvrier une Bassicotée, qui fut cnosidérée de la valeur de quatre Hottées. Le fils du fendeur a droit à une hottée à 9 ans, deux à 11 ans, trois à 13 ans, quatre à 15 ans, ce qui ets l'équivalent du père. L'ouvrier qui a cinq hottées est servi au quatrième rang, dit grand rang, par deux bassicotées. Quand l'ouvrier a un parrejot, il a deux bassicotées à chaque rang.

L'enfant travaillant est traité de c..., ou d'autres mots du vocabulaire ; mais le reproche le plus dur c'était de lui dire : « Tu travailles comme un vrai peautier. »

Quand le père croit que son fils est capable d'être seul, il en fait la demande au Clerc et il est à son part, soit à son compte.

Le fendeur est à ses pièces et entièrement libre (que trop, pour beaucoup) ; il peut commencer sa journée à la pointe du jour et, après son déjeuner, fait Marianne, qui est de dormir. Il se gouverne comme il veut. Beaucoup ont une cambuse, lieu où ils se réunissent ensemble, et achètent du vin qu'ils se partagent et payent au fournisseur à la Mise, qui est le grand arrêté des comptes tous les six mois. Quand il va trop souvent à la cambuse, on dit qu'il tire des bordées ; s'il y reste, il est en roule, ce qui veut dire : à boire.

En 1848, la Commission des Ardoisières renvoya tous les jeunes gens. Je fus du nombre (Note communiquée par : LE CHÉRUBIN.)

On dit qu'une ardoise est creuse lorsqu'elle se débite facilement. Observons, toutefois, un langage particulier : autrefois, les carrières allaient en dormant ; si on essaye de tirer les immondices d'un vieux fond, le fond sera dans sa robe de noces. Un nouveau fond, l'ouvrier qui vous en parlera vous dira que c'est une lettre cachetée. C'est ainsi qu'il dit quand il parle d'une partie de la chose : entendez carrière. (Annuaire de Maine-et-Loire, 1837, p. 177.) — V. Z. 141. (MÉNIÈRE, Glossaire.)

N. — L'ardoise a un fil, comme le bois. Un seuil en ardoise, compris surtout entre deux Queues de chat (filon blanc) est inusable. Le même, utilisé pour fermer un puits, pourrait se briser, étant sans support. Ses fibres sont en large. Dans ce dernier cas, il faut des pierres à fibres en long. (By.)

Et. — Ardesia, d'un rad. celt. signif. : de couleur foncée : arddû, noir, qu'on retrouve dans Ardenne, forêt sombre. De nos jours encore, en Bretagne, les Montagnes Noires sont ainsi nommées des carrières d'ardoises qui assombrissent leurs flancs. (L. C.)

Hist. — « On éleva une chapelle qui fut couverte . . .en ardoise de Bellepoule « bonne et marchande, la meilleure après la noire ». (Ab. BRETAUDEAU, p. 58.) — Variantes du mot : Erdoice (1459), Ardoyze (1471).



Troisième partie — Folklore, pages 519 à 521, ardoisières.

Voir aussi les Mots des ardoisières.


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