Boule de fort

De Wiki-Anjou
Photographie d'une boule ©.

La boule de fort est un jeu traditionnel de boule de l'ouest de la France que l'on pratique en Anjou, mais aussi dans la Sarthe, la Mayenne, l'Indre-et-Loire et la Loire-Atlantique. C'est en Maine-et-Loire que l'on rencontre le plus souvent ce jeu ; on compte plus de 300 cercles (ou sociétés) de boule de fort en Maine-et-Loire, soit près d'une société par commune.

C'est un élément du patrimoine angevin. Unique en France, le jeu est classé dans le patrimoine ligérien par le ministère de la Culture.


Origine

La boule de fort est un jeu typiquement angevin qui se pratique avec des boules pas tout à fait rondes et une piste pas tout à fait plate[1]. Les jeux de boule sont, en Anjou, une tradition ancienne dont on trouve des traces au millieu de XVIe siècle[2]. L'origine de la boule de fort tient de la légende. Certains font remonter son origine aux mariniers de Loire qui jouaient dans les cales incurvées de leurs gabares. D'autres disent que la boule de fort est née sur les levées de la Loire : des prisonniers auraient alors utilisé les chemins creusés par l'extraction de la terre qui servit à la levée, et les boules auraient été d'anciens roulements à bille en bois de cormier qui faisaient fonctionner les moulins à vent.

Ce qui est plus sûr, c'est qu'au milieu du XIXe siècle un forgeron de Mazé, dénommé Pineau, aurait ferré la première boule de fort, donnant sa forme telle qu'elle est connue aujourd'hui[3],[4],[5].

On rencontre d'autres jeux de boules en Pays de la Loire : En Vendée on pratique la boule en bois, sur un terrain plat et avec des boules en chêne vert ; entre Angers, Cholet et Nantes on pratique la boule de sable ; dans la région nantaise on pratique la boule nantaise sur un terrain incurvé avec des boules rondes[6].

L'objectif

Comme pour les autres jeux de boule, l'objectif de la boule de fort est de placer sa boule le plus près possible du cochonnet, appelé « maître ». Contrairement à la pétanque, le lancer de la boule de fort se fait la paume vers l'avant.

Les meilleurs joueurs se servent de trajectoires courbes, avec plusieurs changements de direction pour éviter les boules déjà présentes sur le jeu[3].

La boule

Pour jouer, on utilise une boule déséquilibrée, de forme asymétrique. À ses origines la boule était fabriquée en bois ; le plastique a aujourd'hui largement remplacé ce matériau traditionnel[6].

Elle est large de 12 centimètres de diamètre pour une épaisseur de 10 centimètres et est cerclée de fer sur le tiers de sa largeur. Son poids peut varier de 1,2 à 1,5 kilogramme.

Sa forme est particulière. Elle possède un côté « faible », légèrement évidé, et un côté « fort », chargé d'une petite masse de plomb, d'où le nom du jeu. La boule est donc toujours en déséquilibre et prend des trajectoires courbes pour généralement finir sa course en se couchant sur son fort[3].

Le terrain

Le terrain est en forme de gouttière et mesure environ 20 mètres de long pour une largeur d'environ 6 mètres. Il se termine aux deux extrémités par des madriers qui arrêtent les boules. L'art de ce sport est de savoir utiliser les bords relevés du terrain pour adapter sa trajectoire.

Là aussi, les matériaux utilisés autrefois ont changés. Le terrain de plein air en terre battue a laissé la place à la fin des années 1960 à un terrain intérieur en ciment et recouvert d'une couche de plastique verni ; seul Les Jubeaux (Denée) possède encore un terrain de plein-air[7].

Le règlement du jeu est strict ; pour préserver la qualité de la piste, les joueurs n'accèdent à celle-ci qu'en chaussons[3].

La partie

Deux équipes s'affrontent sur une partie de 10 points, qui peut durer jusqu'à deux ou trois heures.

Les règles et les points se rapprochent de la pétanque. Les équipes sont généralement constituées de deux joueurs. Il y a les « tireurs », qui visent les boules adverses pour faire de la place aux « rouleurs », qui avec adresse et précision tentent de se rapprocher le plus possible du « petit » pour gagner le point.

La tradition veut, comme dans d'autres jeux traditionnels, que les joueurs qui ne gagnent pas de point pendant la partie « embrassent Fanny », ou plus précisément les fesses de Fanny. Sur les terrains de boule de fort, on peut aussi entendre l'expression locale « aller à Brion ». La légende dit qu'à Brion, la concierge aux mœurs légères proposait de soulever sa jupe pour que les perdants embrassent son derrière[3].

Le lieu

C'est un jeu de boule qui se pratique aujourd'hui dans des bâtiments couverts, généralement dans des clubs de boule de fort appelés « sociétés ». Leurs membres sont des « sociétaires ». Ces lieux se décomposent la plupart du temps de deux espaces : le jeu (de boules) et une buvette[8], qui peut servir aussi à jouer aux cartes.

En 2006, on comptait environ 394 sociétés dont 373 étaient inscrites à la fédération de boule de fort : 312 en Maine-et-Loire, 36 dans la Sarthe, 19 en Indre-et-Loire, 3 en Loire-Atlantique, 1 en Mayenne et 1 en Loir-et-Cher[9]. En 2019, la fédération comptait 324 sociétés, 304 en Maine-et-Loire, 37 en Indre-et-Loire, 34 dans la Sarthe, 3 en Loire-Atlantique, 1 en Mayenne et 1 en Loir-et-Cher[5].

En Anjou, la boule de fort est répandue dans le Segréen, les Mauges, mais surtout dans le Saumurois et le Baugeois[3],[5].

Les termes

  • Société : ou cercle, sont les clubs qui pratiquent la boule de fort.
  • Sociétaire : membre d'une société.
  • Jeu : terrain où l'on pratique cette activité.
  • Fort : côté lesté de la boule, côté le plus bombé et le plus lourd, qui a donné son nom au jeu.
  • Faible : côté opposé à celui du fort.
  • Maître : boule qu'on lance ou qu'on place en premier pour servir de cochonnet du jeu, synonyme de petit.
  • Méplate : adjectif qui indique ce qui a plus de largeur que d'épaisseur.
  • Tireur : joueur qui tire afin de chasser la boule de son adversaire pour faire de la place au rouleur.
  • Rouleur : joueur qui place sa boule parmi le jeu.

Notes

Sources et annotations

  1. Gérard Linden, La boule de fort par noms et par mots, Cheminements, 2007, p. 307
  2. La boule de fort par noms et par mots, op. cit., p. 277
  3. a, b, c, d, e et f La boule de fort à Saint-Aubin-de-Luigné (bibliographie), mars 2010
  4. R. Favreau et J. L. Marais (Groupe de recherches ethnologiques de l'Anjou), Anjou : cadre naturel, histoire, art, littérature, langue, économie, traditions populaires, éd. C. Bonneton, 1985, p. 137
  5. a, b et c Fédération française de boule de fort (FFBDF), 2010-2019
  6. a et b Le bistrot des boulistes, op. cit., p. 72
  7. Mairie de Denée, Associations sportives, avril 2017
  8. Joël William Guilbert, Le bistrot des boulistes, dans la Revue 303 de septembre 2019 (Bistrots), 158-2019, p. 74
  9. La boule de fort par noms et par mots, op. cit., p. 110
• Boule de fort : Le jeu à Saint-Aubin-de-Luigné [archive].
• Bibliographie : Ouvrages à consulter sur le sujet [archive].
• Patrimoine ligérien : Conseil régional, La boule, le fort de l'Anjou [archive], décembre 2012.
Ouest-France, Les estivants découvrent la boule de fort, août 2012.
Ministère de la Culture, Fiches d'Inventaire national du PCI (PDF), juillet 2012.
• Fédération : Site de la Fédération française de boule de fort.


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