Dictons et croyances de l'Anjou

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Langue et littérature angevine
Document   Traditions et superstitions de l'Anjou : Dictons et croyances
Auteur   G. De Launay
Année d'édition   1893
Éditeur   Revue des traditions populaires (Paris)
Note(s)   8e année, tome VIII, 2, février 1893, pages 93 à 95


Titre de la première page de la revue.
TRADITIONS ET SUPERSTITIONS DE L'ANJOU


DICTONS ET CROYANCES


En classant les notes que je ramasse chaque année sur les traditions de l'Anjou, j'ai trouvé que ma commune, elle se nomme Noëllet, m'avait fourni une récolte assez abondante de dictons, de croyances, de coutumes et de pratiques suspertitieuses, pour lui faire l'honneur de parler d'elle spécialement.

Le patron de la paroisse est Saint-Maimboeuf : on l'invoque pour les semailles : Saint-Sébastien est tout aussi vénéré ; car il guérit les bestiaux.

— Si pendant la grand' messe la demie sonne à l'horloge de l'église à l'instant de l'élévation, c'est signe de mort pour un des fidèles.

— Telles rogations, telle fenaison.

— Telle Toussaint, tel nau (1), tel nau, tel pacau (2).

— Comme il fait les derniers jours de l'année, il fait les premiers mois de l'autre.

— Lorsque vous êtes en voyage, si vous rencontrez une belette sur votre route « ce n'est pas chanceux », rentrez au plus vite à la maison. Une pie tourne-t-elle la tête de votre côté, fuyez un malheur vous menace.

— Si l'orfraie (3) chante près de votre fenêtre vous mourrez sous peu de jours, car l'ofraie « sent la mort. »

1. Noël.
2. Pâques.
3. En général tous les oiseaux de nuit. Note fournie par M. Besnard, instituteur à Noëllet.

— Si l'alouette ou la caille chante trois ou quatre fois de suite le blé vaut trois ou quatre francs la mesure.

— On est riche toute l'année si la première fois que l'on entend le coucou on a de l'argent dans sa poche.

— Entend-t-on une poule chanter le coq, il faut la tuer aussitôt, sans cela il arrive un malheur.

— Un chat ne doit pas entrer dans la boulangerie pendant que la pâte est dans les paniers, parcequ'elle ne lève pas, cuit mal et fait un mauvais pain.

— Il faut, avec la pointe du couteau, faire le signe de la croix sur le pain avant de l'entamer. Remarquons que ce signe existe sur la porte du four ou sur une des briques qui sert à le paver.

— Il ne faut jamais poser le pain sens dessus dessous, cela porte malheur.

— Il faut jeter dans la crème de lait une petite poignée de sel si on veut que le beurre se fasse vite et sûrement : le sel est un préservatif contre les maléfices.

— Comme le paysan tourangeau (1), le paysan de Noëllet consulte la lune; c'est le 1er vendredi de croissant qu'il sème les petits pois et le 1er jeudi les choux-pommes. Emonder et planter en décours, c'est vouloir retarder les pousses du printemps et fatiguer les arbres. Mais je ne pense pas que les concitoyens de notre savant confrère M. Blanchard se préoccupent de la marche de l'astre des nuits pour les cas suivants. Le fermier dans ma commune mène la vache au taureau, la jument à l'étalon pendant le croissant, s'il veut que les produits soient des mâles, et pendant le décours s'il désire des femelles ; et dernier reste, peut-être, des croyances mythologiques, les époux, s'ils ont des rapprochements dans le croissant, un garçon leur naîtra ; si c'est pendant le décours, la femme enfantera une fille (2).

1. Vol. IV, p. 42.
2. Renseignements donnés par Gauthier et Philippeau, deux fermiers de 38 à 40 ans.

— Les sorciers sont redoutés, car ils jettent des sorts. Si dans une ferme le beurre vient à manquer parce que le lait ne crême pas : un sorcier a passé par là et l'a emporté. Pour s'emparer du beurre, voici comment les sorciers s'y prennent : pendant la nuit du premier au deux mai, ils traînent une guenille tout autour de la prairie où paissent les vaches, en faisant des invocations. Il n'est pas rare d'entendre un paysan dire : un tel nous a tout volé notre beurre, on n'en fait plus.

— J'ai entendu raconter par un vieillard qui habite dans un village de la commune d'Armaillé, qu'il existait à Noëllet une famille de loupier, c'est-à-dire que l'aîné des garçons, de père en fils, se changeait en loup quand arrivait la nuit et attaquait les filles qui rentraient tard des veillées.

— Autant les sorciers sont détestés, autant les conjureurs sont estimés, et ils le sont tellement, que le paysan les consulte de préférence au médecin ; en outre, les conjureurs ont le pouvoir de défaire ce que font les sorciers. Un meunier que je connais est très apprécié pour conjurer les entorses : il se nomme Gastineau, voici comment il opère : Le blessé se déchausse et découvre sa jambe jusqu'au haut de la cuisse, alors le conjureur mouille son pouce avec sa salive et fait le signe de la croix sur la cuisse, puis avec son index humide de la salive du patient, il fait un autre signe de croix sur la cheville malade et .. la guérison est assurée dans trois jours. Ce remède est infaillible, paraît-il.

— La suie en lavement est un médicament parfait contre « l'échauffement intestinal des races (1) et des bestiaux. »

— La ramberge (2) est une plante vénéneuse pour les animaux, s'ils en mangent ils enflent et étouffent.

— Un marais appartenant à Mme la Csse de Brue porte le nom de marais de la Bataille, parce qu'autrefois, disent les paysans, il y eut là un grand combat. Plusieurs haches (3) trouvées à un mètre de profondeur sembleraient confirmer leur dire.

1. Expression employée par les fermiers pour dire : enfant.
2. Mercurialis annua I.
3. En creusant un fossé, on a trouvé quatre haches bien conservées, trois petites et une grande, cette dernière est ébréchée.

— Les lutins et les feux follets me semblent inconnus, jamais les paysans ne m'en ont parlé. Un domestique cependant m'a raconté qu'un lutin nommé Pennette était entré la nuit dans l'écurie de ses chevaux, leur avait tressé la crinière et la queue, et que lui-même n'ayant jamais pu les démêler le lendemain matin, il avait été obligé de les couper. Ce domestique venait de la Cornouaille, commune distante de Noëllet d'environ 16 kilomètres. Le lutin Pennette est très connu dans les cantons de Condé et du Louroux ; la Cornouaille fait partie de ce dernier.




Anjou, traditions. Extrait de Traditions et superstitions de l'Anjou dans Revue des traditions populaires de la Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro (Paris), 8e année, tome VIII, 2, février 1893. Dictons et croyances par G. De Launay, pages 93 à 95. Publication en série imprimée paraissant tous les mois consacrée à l'étude de la mythologie, de la littérature orale, de l'ethnographie traditionnelle et de l'art populaire (notice BnF).

I. Dictons et croyances
II. Coutumes de l'Anjou
III. Naissance
IV. Mariage


Autres documents : Dictons et croyances, Sorciers, Coutumes, Naissance, Arbre de mai, Mariage, Dictons agricoles, Moulin à venter, Culture du chou, Proverbes, Chanson sur l'Anjou, Sonnet en angevin. Également, Usages au Louroux-Béconnais, Usages en Maine-et-Loire.


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