Proverbes d'Anjou par A. de Soland - Dictons agricoles

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Langue et littérature angevine
Document   Proverbes et dictons rimés de l'Anjou
Auteur   Aimé de Soland
Année d'édition   1858
Éditeur   Impr. Lainé frères (Angers)
Note(s)   Dictons agricoles — Pages 45 à 61

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[Page 45]

DICTONS AGRICOLES.

Sæpe lingua popularis
Est doctrina salutaris.
S. Augustin



Si tu clos ta vigne,
Du double elle provigne

Qui graisse bien,
A mauvais vin,
Qui ne graisse point,
A bon vin.

Vigne verjutée,
Promet vinée.

Bruine est bonne à la vigne,
Et à blé la ruine.

[Page 46]

Quand la vigne est gelée,
La brime est chassée.

Les bons moutons,
Sont à Montfaucon.

Où l'hièble croîtra,
Le blé poussera1.

Belle semaison,
Belle moisson.

Si tu veux du blé,
Fais des prés.

Qui ne sait clore son bois,
Est en danger de le voir aux abois.

Le temps blanc,
Fait mouiller la bonne femme aux champs.

Qui sait bien bêcher,
Est sûr de son guéret.

Année de gelée,
Année blatée.

1 On appelle hièble une plante connue dans la science sous le nom de Sambucus ebulus, L.

[Page 47]

Sèche année,
N'est jamais affamée.
Quand au printemps la lune est claire,
Peu de noix espère.
Si la lune est trouble,
La noix redouble.

Pour semer ton avoine, sois vigilant ;
Pour semer ton orge, sois lent.

Est fortuné celui qui, bien loin de la guerre,
Cultive en longue paix l'œuvre de la terre.

Quand il a tonné et encore tonne,
La pluie approche et montre la corne.

Qui saurait la chance des dez,
La vente et la valeur des bleds,
Il serait bientôt riche assez.

Quand le soleil est joint au vent,
On voit en l'air pleuvoir souvent.

Terre bien cultivée,
Moisson espérée.

[Page 48]

Si le blé ne vient,
Le chardon vient.

L'homme par trop lunier,
De fruit ne remplit son grenier.

Arbre souvent transplanté,
Rarement fait fruit a planté.

Bien aré mal aré1,
En la graisse vient le blé.

Quand le champ n'est fertile,
Pour les saints est stérile2.

Si l'osier fleurit,
Le raisin mûrit.

Souvent advient au laboureur,
Par trop fumer n'avoir meilleur.

A la terre rien n'est pire,
Que ce que la roue désire3.
1 C'est-à-dire, labouré.
2 Il y a peu à glaner pour l'église.
3 C'est-à-dire, la charrue.

[Page 49]

Quand le froment est aux champs,
Il est à Dieu et à ses saints.
Et quand il est au grenier,
N'en a point qui n'a denier.

Tout terroir à grand peine,
Se plaît à toute graine.

Jamais abeille n'a essaimé,
Quand quatre heures sont sonnées.

Avoine rouillée,
Croît comme une enragée.

Année venteuse,
Année pommeuse.

Avec la paille et le temps,
Mûrissent les nèfles et les glands.

Neige au blé est tel bénéfice,
Comme au vieillard la bonne pelisse.

Brune matinée,
Belle et claire journée.

Grande fécondité,
Ne parvient a maturité.

[Page 50]

Jamais le grain ne fructifie,
Si premier ne se fortille

Qui sème bon grain,
Récolte bon pain.

Quand il pleut le soleil luit,
Lors le pasteur se réjouit.

Par la blanche gelée,
La pluie est présagée.

Mieux vaut saison
Que labouraison.

Soignez vos chemins,
Sans quoi vous n'arriverez à rien.

Ouaille cornue,
Et vache pançue,
Ne change et ne mue.

Qui terre a,
Guerre a.

Marchand de vin,
Marchand mesquin.
Marchand de froment,
Marchand de tourment.

[Page 51]

Le temps blanc
Fait mouiller la bonne femme aux champs.

Il faut trois choses à nos champs
Pour leur assurer abondance :
Bon laboureur, bonne semence,
Et par-dessus tout, un bon temps.

Si la récolte des navets est bonne,
C'est le commencement d'une année bonne.

Un fagot bien lié
Est a demi-porté.

Le maître à son réveil,
Au ménage est un soleil.

On dit bien vrai qu'en chaque saison
La femme fait ou défait la maison.

Le trop tarder, en fait de labourage,
Est la ruine du ménage.

Arbre planté chevelu
Pousse dru1
1 C'est-à-dire bien raciné.

[Page 52]

En hiver partout il pleut,
En été, là où Dieu veut.

Ce ne sont pas les grands mots
Qui remplissent les boisseaux.

Quand il tombe de l'eau le lundi gras,
Lin fin et beau lu auras.

Le jardin pour le métayer,
Vaut un charnier.

Où croît le noyer,
Vient le blé.

Si le bœuf a rempli ta grange,
C'est aussi le bœuf qui la mange.

Année glanduleuse, année chanvreuse.
Année neigeuse, année fructueuse.
Année nubileuse, année plantureuse.
Année hannetonneuse, année pommeuse.

Il vaut mieux emprunter du vin
A sa vigne qu'à son voisin.

De votre bien baillerez au fermier,
Ce que par vous ne pourrez manier.

[Page 53]

On doit ses premiers soins aux vergers, aux forêts,
Plantez, plantez d'abord,vous bâtirez après.

Coq, a dix heures chantant,
Annonce du vent.

Celui-là son bien ruinera,
Qui par autrui le maniera.

Pourquoi achètes-tu du vin,
Ta terre t'en pouvant produire ?
Vu que tu apprêtes à rire,
A celui qui est ton voisin.

Quand le soleil est joint au vent,
On voit en l'air pleuvoir souvent.

Par vent et nue,
L'air se remue.

Les petits pots ont des oreilles,
Et les petites ruches des abeilles.

Mieux vaut tondre l'agneau
Que le pourceau.

Où le loup trouve un agneau,
Il en recherche un nouveau.

[Page 54]

De brebis ou mouton à courte laine,
Espérer grand toison est perdre sa peine.

Il n'est pas toujours saison
De tondre brebis et mouton.

Bonne terre, mauvais chemin ;
De grasse terre, méchant chemin.

Noir terrier porte gain et bien,
Et le blanc ne porte rien

Chasseur,
Ennemi de l'agriculteur.

Mieux vaut perdre la toison,
Que brebis, bélier et mouton.

Quand les brebis vont aux champs,
La plus sage va devant.

Ne perd point son aumône,
Qui à son cochon la donne.

Le bon pasteur tond son troupeau,
Sans écorcher ni cuir ni peau.

[Page 54]

Le vin de la Vendée,
Doit être bu dans l'année.

Le vin de Bonnezeaux1,
Ne supporte pas l'eau.

Vigne bien façonnée,
Ne manque jamais dans l'année.

De foin grain au besoin,
De mauvais grain, jamais bon pain ;
De méchant grain trésor vain,
De tout grain en nécessité pain.

Neige qui tombe en temps qu'il faut,
C'est or qui tombe, ou son prix vaut.

Petite pluie abat grand vent,
Et donne blé et vin souvent.

Pour pluie qui du matin donne,
Ou brouillard ne t'en étonne.

Le semer et la moisson,
Ont leur temps et leur saison.

1 Commune de Thouarcé.

[Page 56]

En vain plante et sème,
Qui ne clôt et ne ferme.

Qui sème dru, récolte menu ;
Qui sème menu récolte dru.

Bonne terre a besoin de bon cultivateur,
Aussi bonne maison de bon administrateur.

Quand les choux surpassent la vigne,
Vigneron baisse bien l'échine.

L'œil du fermier,
Vaut du fumier.

Fèves fleuries,
Temps de folies.

Fèves manger,
Fait gros songer.

Si le blé ne vient,
Le chardon vient.

Il y a bien des piqueurs de bœufs,
Mais peu de bons laboureurs.

[Page 57]

Brouillard le matin,
Chaleur dans la journée ;
Le soir léger serein
Font bonne vinée assurée.

Année en foin fertile,
Année, hélas ! stérile.

Tarder en fait de labourage,
Est la ruine du ménage.

Serein d'hiver, pluie d'été,
Ne font pas grande pauvreté.

Le temps, rouge le soir,
Le lendemain se fait voir.

Quand décroîtra la lune,
Ne sème chose aucune.

Vigne entre vignes,

Et maison entre voisines.

Chevreau d'un mois,
Agneau de trois.

Bêche en poussière, et bine en fange,
Et tu feras bonne vendange.

[Page 58]

Puissé-je avoir une maison bâtie par mon père,
Et une vigne plantée par mon grand-père.

Au cinq de lune tu verras
Quel temps dans le mois tu auras.

Si tu veux bien moissonner,
Ne crains de trop tôt semer.

Cheval gris-pommelé,
Mourra avant d'être fatigué.

Maisons tant qu'on voudra,
Terres tant qu'on pourra.

Maison bâtie, vigne plantée,
Nul ne sait ce qu'elles ont coûté.

Lune pendante,
Terre fendante.
Lune en cabriole
Terre molle.

Almanach qui nous fait peur,
Est le plus souvent trompeur.

En terroir pendant,
Ne mets ton argent.

[Page 59]

Au paresseux laboureur,
Les rats mangent le meilleur.

Bonne terre est qui la moins lasse,
Ou qui se trouve noire ou grasse.

En bonne année, le grain est du foin,
Et en mauvaise, la paille est en grain.

Froment sèmeras en terre boueuse,
Seigle logeras en terre poudreuse.

Au grand terroir louange donne,
A semer le petit s'adonne.

Brebis qui paraissent ès cieux1,
Font temps venteux et pluvieux.

Brouillard qui ne tombe pas,
Donne après de l'eau en bas.

De grêle n'est mauvaise l'année,
Sinon où elle est tombée.

Des neiges et un bon hiver,
Mettent bien du bien à couvert.
1 C'est-à-dire, le ciel est moutonné.

[Page 60]

En lieu bas sème ton froment,
En lieu haut plante ton sarment.

Hiver qui est par trop beau,
Nous promet été en eau.

Jamais pluie dans le printemps,
Ne passe pour mauvais temps.

La rosée de la matinée,
Vit toujours la bergère mouillée.

Nul ne se doit enorgueillir,
Voyant son arbre à son gré fleurir,
Car une nuit vient la bruine,
Qui feuilles et fleurs gâte racine.

Qui terre a, guerre a.
Qui rien n'a , pis a.

Il faut à nos troupeaux montrer les bons sentiers,
Mais il faut y marcher, et marcher les premiers.

Les Daguenais, les Bohallais et les Saint-Mathurinais,
Sout tous chanvrais1.

1 C'est-à-dire cultivateurs de chanvre.

[Page 61]

Les gars de Briollay,
Savent bien cultiver le blé.
Quant à ceux d'Ecouflant,
Ils fout marcher la faux souvent.

Les gars du Loricard sont renommés
Pour bien faucher les prés1.

1 Autrefois les prés de la Baumette étaient fauchés par les jeunes gens du quartier Loricard.






Couverture.

Dictons angevins relatifs à l'agriculture. Proverbes et dictons rimés de l'Anjou, recueillis et mis en ordre par Aimé de Soland, Impr. de Lainé frères (Angers), 1858.

Dictons de janvier
Dictons de février
Dictons de mars
Dictons d'avril
Dictons de mai
Dictons de juin
Dictons de juillet
Dictons d'août
Dictons de septembre
Dictons d'octobre
Dictons de novembre
Dictons de décembre
• Dictons agricoles

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