Croyances et superstitions en Anjou (A-C)

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Langue et littérature angevine
Document   Croyances et superstitions en Anjou
Auteur   Anatole-Joseph Verrier et René Onillon
Année d'édition   1908
Éditeur   Germain et G. Grassin (Angers)
Note(s)   Extrait du Glossaire étymologique et historique des parlers et patois de l'Anjou


Page 440 du second tome.

Croyances — Superstitions — Préjugés


Abeilles. — Il ne faut pas jurer dans le voisinage des ruches, cela déplaît aux abeilles et elles puniraient impitoyablement le coupable

— Quand il y a un décès dans la maison, on ne doit pas manquer de mettre un morceau de crêpe au rucher, sinon les abeilles, froissées de ce manque d'égards, déserteraient leurs ruches.

— Certaines personnes prétendent avoir le don d'arrêter les essaims en prononçant des paroles magiques.

— Il est inutile d'acheter des essaims avec de l'argent volé, les abeilles périront. — On dit proverbialement d'un bon travailleur : Il peut ben mettre son argent à acheter des abeilles ; — cela veut dire qu'il ne le vole pas. (Tlm.)

— Lorsque l'on est poursuivi par les abeilles en furie, il faut, pour se garantir, se réfugier dans une bergerie. Elles ne vous y suivront jamais. (Tira.)

— En présentant un rameau bénit aux abeilles qui essaiment, on les arrête dans leur vol. (Sa.)

Abernotes. — Comme les moures (V. Mûres de chien), les abernotes passent, au Lg., pour donner des poueils, témoin le prov. :

Mange des abernotes.

T'auras des poueils à masserotte.

Accrécher. — Il faut éviter d'accrécher un taureau avec un bœuf, un bœuf avec une vache, c.-à-d. de les placer côte à côte dans une même stalle à retable ; le bœuf, dans le premier cas, la vache, dans le second, dépériraient.

Anguille. — L'anguille fraye parfois avec la vipère.

— Le sang de l'anguille, si on en fait boire aux ivrognes, les guérit de leur passion.

Apparitions nocturnes. — Les apparitions nocturnes sont de tous les pays. J'en citerai qqs ex. pour le Longeron.

Presque au coin de la maison que j'habite et sur le bord même de la route, une petite croix de granit se dresse au-dessus d'une ancienne fontaine, aujourd'hui comblée — la Fontaine-Brûlée. C'est la croix orée du vieux cimetière, dont l'école des garçons occupe l'emplacement. Aussi, la nuit, beaucoup de personnes ne passent qu'en tremblant devant cette croix. Maintes fois, des lumières y ont apparu, chose assez naturelle, étant donné sa situation au-dessus d'une fontaine et dans le voisinage d'un champ très humide, le champ des Mâcres. Mais l'imagination populaire a vu ces lumières à travers les orbites caves de têtes de morts. Certains y ont aperçu, à minuit, de vieilles femmes agenouillées, ce qui n'est pas impossible. Même, à une époque, un chat en avait fait chaque nuit son perchoir d'élection, circonstance particulièrement effrayante, vu que, au Lg., comme à Mj., les chats sont réputés avoir peur des croix.

Le chemin de Giraudet, dans l'ancien Lg. d'outre-Sèvre, petit boyau raide et encaissé qui conduit du pont des Quatre-Moulins vers les Pageries et Saint-Aubin-des-Ormeaux, a toujours passé pour être le théâtre d'apparitions nocturnes, surtout dans le voisinage du petit calvaire érigé au carrefour qui le domine. Là, on a vu cent fois des troupeaux de moutons fantastiques, des bêtes blanches et aussi des cierges brûlant autour d'un catafalque.

Ce n'était pas le seul chemin hanté de la région. Un père Boudault, passant de nuit dans un de ces lieux maudits, trouva la voie entièrement barrée par un cercueil. Sans se déconcerter, il déplaça l'objet et même, une fois passé, le remit en place. Alors, de la funèbre boîte sortit une voix, que j'oserais qualifier de sépulcrale, disant : « Tu as bien fait de me remettre comme tu m'avais trouvé ! »

Ces contes et d'autres du même genre ont fait fribler bien des enfants et même des grandes personnes pendant les veillées d'hiver.

Arc-en-Ciel (Fu.). — Le premier qui voit un arc-en-ciel prétend pouvoir la couper à l'aide de la formule suivante :

Arc-en-ciel-le du matin, Si tu passes par mon jardin, J'te coupe la queue : pan ! et en faisant le geste de couper avec la main droite, sur la paume de l'autre main où il l'a fait tomber, un crachat qui jaillit en deux parties égales.

Autre formule :

Arc-en-ciel-le du matin,

Qui met la mar' dans l'chemin, — etc.

Aspité. — V. au Gloss. — Les individus aspités passent pour faire tourner le vin par leur seule présence.

Bas. — Quand on pouille ses chausses à l'envers, on s'expose à faire mouiller.

Belette. — A Mj., le passage d'une belette en travers d'une route est considéré comme étant toujours d'un mauvais augure. Au Lg., on fait une distinction : si la traversée a lieu de gauche à droite, le présage est favorable ; il est défavorable dans le cas contraire. Alors il vaut mieux rentrer chez soi.

Berchet-chait. — V. Gloss.

Bessons (b'sons). Mj. Lg., etc. — On croit que, de deux ou plusieurs bessons. l'aîné est celui qui vient au monde le dernier. Cela, pour des raisons spécieuses qu'il ne me convient pas d'approfondir.

Beurre. — V. Gloss.

Biger. — V. Gloss. et Folk-Lore II.

Bissêtre (Lg.), s. m. — Animal imaginaire qui est le même que le Couard, le Dalut, le Darue ou Dérue, le Tarin. — N. Aujourd'hui, au Lg., on ne dit plus guère que : le Couard. — En me signalant ce vx mot, on m'a fait cette remarque très intéressante que les anciens établissaient toujours une corrélation entre le Bissêtre et les années bissextiles. Entendaient-ils que, dans ces années surtout, le Bissêtre apparaissait, ou qu'il se montrait le jour supplémentaire de Février ? On n'a pu me préciser ce point. Mais, d'après cela, le mot Bissêtre est le doublet de bissextile.

Et. Hist. — « Bissêtre a été dit de Bissexte, parce que le jour bissextil était regardé comme un jour de malheur. Génin Le Lexique de Molière, rapporte un passage d'Orderic Vital, liv. XIII, p. 882, qui montre bien le rapport établi entre bissextile et bissêtre, malheur : Cette année était bissextile et le bissexte tombe, de fait, sur les traîtres

« Eh bien!, ne voilà pas mon enragé de maître ? Il nous va faire encor quelque nouveau bissêtre. » Mol., l'Etourdi, v, 7

Boilobe. — Herbe tournante. V. Gloss.

Bonhomme de la lune. — Les taches de la lune figurent assez bien un bonhomme courbé sous le poids d'un fagot. Pour nos paysans, c'est le bonhomme qui chauffe le four qu'est ce soleil usé. V. Lune, ci-dessous.

Bossus. — Les bossus passent pour être particulièrement malins.

Bouc. — Certains fermiers ont soin d'avoir un bouc dans leur étable. Il ramasse le mauvais air. V. Crapaud, ci-dessous.

Bourdaine. — Au printemps, les cerfs sortent des bois et courent par la campagne comme des fous ; c'est qu'ils ont brouté la bourdaine. (Tlm.)

Bourguignon. — Compère loriot. Quand on a un bourguignon, c'est qu'on a... démoli une sentinelle. D'autres, au contraire, prétendent que ce bobo est le juste châtiment de ceux qui s'oublient dans les chemins.

Au Longeron, on dit : O t'est venu ein parpillon, c'est que t'as chié dans le chemin de la messe.

On gagne inévitablement un bourguignon lorsqu'on se permet de déposer des ordures liquides, et surtout solides, sur la voie publique « Initium sapientiӕ timor Burgundi. » Cf. Berton, Bourrichon. ll Fu. — Surtout « dans le chemin de la messe ». V. II.

Bourrichon. — Il ne faut pas dénicher les bourrichons ou berrichons (roitelets) ; cela rend les mains croches.

Boursier (Crapaud. V. ce mot au Gloss.). — Suce le sang

Bout (gros). — Œufs à la coque. V. Gloss.

Brime. — V. Gloss.

Cadavre. — Un corps mort est plus pesant qu'un vif. (N. Cette croyance avait cours au temps de Rabelais. « Car, comme le corps plus est poisant mort que vif, aussi est l'homme jeun (à jeun) plus terrestre et poisant que quand il a beu et repeu. » Pant, IV, 65, 470.)

Cançarf (Cancer). — Il est dangereux de respirer des Mains-de-bon-Dieu (chèvrefeuille) ; il peut en résulter un cancer des fosses nasales.

— Le cancer est une sorte d'araignée incrustée dans les chairs et qui les ronge. Partant de ce principe, les empiriques font panser avec de la viande les plaies des cancéreux. Panser est bien le mot, car la bête est censée se repaître de la proie qui lui est servie.

Cartes. — Pour gagner sûrement aux cartes, il faut se placer de manière à avoir « le vent dans le dos », c.-à-d. tourner le dos à la direction du vent.

N. — C'est là le secret de quelques malins de Tout-le-Monde, mais ils ne le disent pas à tout le monde. Du reste, comme ils passent souvent des dimanches entiers à jouer aux cartes, il arrive toujours que le vent tourne et la chance avec lui avant qu'ils s'en soient aperçus.

Casse-pierre (Iris). — Il faut arracher le casse-pierre le jour de la Bonne Dame de Mars (25), pour qu'il ait toutes ses vertus.




Extrait de l'ouvrage de A.-J. Verrier et R. Onillon, Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l'Anjou : comprenant le glossaire proprement dit des dialogues, contes, récits et nouvelles en patois, le folklore de la province, Germain & Grassin (Angers), 1908, tome second — Troisième partie : Folk-Lore, III Croyances — Superstitions — Préjugés, pages 440 et 441, Abeilles à Casse-pierre. Publication en deux volumes.

René Onillon (1854-19..), instituteur et écrivain angevin du XIXe-XXe siècle.

Anatole-Joseph Verrier (1841-1920), professeur, journaliste et écrivain du XIXe-XXe siècle.

Croyances et superstitions de Verrier et Onillon :

• Croyances et superstitions en Anjou (A-C).
Croyances et superstitions en Anjou (C-D).


Sur le même sujet : Croyances de l'Anjou par G. De Launay.

Autres documents : Dictons et croyances, Sorciers, Coutumes, Naissance, Arbre de mai, Mariage, Dictons agricoles, Cris angevins, Moulin à venter, Culture du chou, Proverbes, Chanson sur l'Anjou, Sonnet en angevin.


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