Dictionnaire Célestin Port/1874 - Tome 1 - Page XLVIII

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Langue et littérature angevine
Document   Dictionnaire historique géographique et biographique de Maine-et-Loire
Auteur   Célestin Port (1828-1901)
Année d'édition   1874
Éditeur   P. Lachèse, Belleuvre & Dolbeau (Angers)
Note(s)   Tome premier, page XLVIII


Dictionnaire Célestin Port de 1874, page XLVIII.

XLVIII

INTRODUCTION.


Mais le spectacle qu’il n’y faut pas chercher et qu’on n’y retrouverait plus, c’est celui des vastes landes[1], abandonnées en friches ou en marécages, — ou des villages investis par des bandes errantes d’affamés, — ou de ces troupes d’enfants épars de ferme en ferme, à mendier la vie de la famille, sur les chemins. Tout ce passé-là est bien vaincu. Un enseignement d’expérience et de raison s’est fait entendre partout, multiplié, il faut le dire, par une élite intelligente, qui s’est prodiguée en exemple ; et la jachère honteuse a fait place aux moissons régulières ou à des plantations vigoureuses de bois, de vignes, de sapinières. En même temps dans chaque mairie s’est installée l’École[2], desservie à demeure par un fonctionnaire communal, formé petit à petit aux leçons des maîtres, répandant des deux mains la bonne semence ; — et devant cette propagande doublement active du travail fécond et de l’instruction pénétrante s’évanouissent, avec la misère et l’ignorance, les vaines pratiques, les préjugés de routine, toutes les traditions impies des vieilles haines, qu’aucune habileté ne réveillerait plus.

Ces populations, de bienvenue si franche et si aimable, de nature si douce et si facile, qu’on les dit molles[3] et défaillantes, ont pourtant fait preuve en tout temps d’une généreuse ardeur et d’une énergie indomptée. Sans remonter aux temps héroïques de la Gaule, nul renom de chevalerie au XIIe s. n’égalait celui des Angevins en hauts faits de guerre, et il n’y a pas si longtemps que ces prouesses-là ont de nouveau étonné le monde et affirmé vivante encore la race des Dumnacus, des Foulques Nerra, des Geoffroy Martel, des Desroches, des Cossé, des St-Offange, des Ogeron, des Cathelineau, des Bonchamps, des Delaage, des Desjardins, des Du Petit-Thouars. C’est à Angers, sur le tertre St-Laurent, que pour la première fois l’hérésiarque Bérenger proteste au nom de la raison humaine contre les mystères ; — à Angers encore que se fonde la première église réformée


Jarzé, Méon, Montsoreau, Varennes-sous-Montsorean, — du XVIIIe à Blou, Brigné, Candé, Cbampigné, le May, Meigné-sous-Doué, Montguillon, etc. ; — des bénitiers des IVe ou Ve s. à St-Just-sur-Dive et Epiré, — du XIIe à Blaison, Trèves, Vernoil, Vernantes, — du XIIIe à Blou, — du XVIIe à Corné, Chanzeaux, — des fonts baptismaux des XIIIe ou XIVe s. à l’Hôpital, Montguillon, le Toureil ; — du XVe s. à Béhuard ; — des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie du XIIIe s. à Breil, — du XVe s. à Liré, Thouarcé et Béhuard, — du XVIe à Jallais, Joué, Béhuard, la Boissière, Chaudron, — du XVIIe à Marigné, Cizay, la Blouère, les Cerqueux-de-Maulévrier, Chantoceaux, Chanzeaux, la Chapelle-du-Genêt, — du XVIIIe à Chalonnes-sur-Loire, St-Germain-lès-Montfaucon, etc.


  1. Il existait encore en 1820 pour le moins 47,500 hectares de terres incultes, — réduites aujourd’hui des neuf dixièmes.
  2. J’ai recueilli avec un soin particulier dans les registres des paroisses et les autres documents originaux et indiqué à l’article de chaque commune, toutes les mentions que j’ai pu rencontrer d’écoles existant avant 1789. Ce relevé suffit à indiquer, comme l’affirment du reste les réclamations des Cahiers paroissiaux, que l’instruction primaire restait presque partout à l’abandon. Les fondations éparses, dues à des bienfaits particuliers, avaient été pour la plupart ou transformées on dilapidées à l’encontre des intentions du bienfaiteur. Là, où quelque enseignement s’était organisé et maintenu, il se bornait à la lecture du catéchisme et aux éléments de l’écriture. Nul progrès n’est acquis sur ce point jusqu’aux premières années de la Restauration. En 1818 on compte 140 écoles de garçons, 105 de filles ; — en 1832, 240 de garçons, 172 de filles. — L’École normale s’est installée à Angers le 23 décembre 1831. Les salles d’asile s’y établissent, malgré toute opposition, en 1833-1836. — En 1841, 334 communes sont pourvues d’écoles et l’arrondissement de Beaupréau est au complet. — En 1851 l’enseignement ne fait défaut que dans 13 communes, — dans 4 seulement en 1861 et encore en 1867. — En 1866 le Département était classé le 70e pour l’instruction des époux, le 38e pour celle des femmes. — En 1877 ont fonctionné 856 écoles, dont 445 écoles de garçons ou mixtes, 411 de filles et 113 asiles, formant ensemble une famille de 72,702 enfants.
  3. Andecavi molles est une de ces citations de banalité courante, que les plus ingénieux attribuent â César, comme tout le reste, et qu’on n’a encore pu montrer dans aucun livre.


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