Le Maine-et-Loire au XIXe siècle

De Wiki-Anjou

En 1847, Victor Levasseur publie une carte annotée du département de Maine-et-Loire. Trente ans plus tard, pendant la révolution industrielle, Jules Michelet et Jules Verne publient aussi des données.


Carte de Victor Levasseur en 1852

Carte de 1852 de Victor Levasseur.

Carte du département de Maine-et-Loire par Victor Levasseur publiée pour la première fois en 1847, comprenant des données sur les divisions administratives, le territoire, les personnalités, la production et le commerce[1].

Division, administration

« Le département de Maine et Loire est formé de l'ancienne province d'Anjou. Il est divisé en 5 arrondissements communaux[2], 34 cantons et 373 communes[3]. Sa population est de 504.963 habitants sur une étendue de 718.807 hectares, ce qui donne 1088 habitants par lieue de poste carrée. Revenu des propriétés immobilières des communes 140,919 francs. Impôt foncier 2,537,544 francs. 14e Division militaire. 21e Arrondissement forestier. 14e inspection des Ponts et Chaussées. 6e Légion de Gendarmerie. Inspection Ouest du service des mines. Dépôt Nationale d'étalons à Angers. Cour d'Appel et académie d'Angers. Évêché à Angers suffragant de l'archevêché à Tours. »

Arrondissements communaux

Angers 9 Cantons 88 Communes 152,406 habitants
Baugé 6 66 80.341 id.
Segré 5 61 60.210 id.
Beaupreau   7 75 117,078 id.
Saumur 7 83 94,928 id.
34 373 504,963 id.

« Cinq Arrondissements[2] qui comptent 111.892 électeurs 11 représentants. Situation d'Angers 47° 28′ 17″ latitude Nord 2° 53′ 34″ longitude occidentale. Population d'Angers 44,781 habitants. Distance de Paris à Angers par le Mans d'après l'administration des Postes 304 kilomètres (78 lieues de poste). »

Territoire

« Le département offre les différentes espèces de sol qui suivent : 28,215 ha de sol riche terreau ; 97,590 ha de craie ; 6,031 ha de gravier ; 7,932 ha de sol pierreux ; 31,019 ha de sol sablonneux ; 270,134 ha de sol argileux ; 248,471 ha de différentes sortes.Les sols calcaires ne présentent qu'environ 600 ha de sol non cultivé ; tout le reste est très productif. Le surplus est consacré à l'agriculture, abstraction faite des bois, des lieux bâtis, des chemins, des cours de rivières.

Mines de fer et de houille. Ardoisières. Marbres de toutes couleurs. Granit, pierre de taille, grès à paver. Eaux minérales au hameau de Joanette près de Martigné Briand. »

Curiosités

« La Grotte au puits Giraud, commune de St Florent-le-Jeune. Des antiquités romaines aux environs de Chênehutte, de Pont-de-Cé et de Saumur. La Cathédrale à Angers et son antique Château. Le camp de César près des Ponts-de-Cé. Les ruines du château de Beaufort. Dans la principale église de St Florent le monument sculpté par David et élevé à la mémoire du brave général vendéen Bonchamp qui au moment de mourir sauva la vie de 8,000 prisonniers républicains. Le château et le pont de Saumur ; son école de cavalerie. La maison de détention à Fontevrault. »

Célébrités

« St Hilaire, évêque de Poitiers. Le Maréchal de Comtades. Le Maréchal Scepeaux de Vieilleville. Le Général Turpin de Crissé. Mme Dacier-Ménage. Les généraux vendéens : Cathelineau, de Scerpeaux, d'Antichamp, Bourmont et le vertueux Bonchamp. Les généraux de la république et de l'empire : Quétineau, Bontemps, Lemoine, Desjardins, Évain, Girard. Le marin Dupetit-Thouars tué à Aboukir, son frère, un de nos savants botanistes. Le défenseur de Verdun Beaurepaire aussi revendiqué par le département de Seine et Marne. Le baron Trouvé, ancien préfet, auteur de l'ouvrage sur Jacques Cœur. La Bourdonnaye, ancien ministre. Bodin père et Bodin fils, députés. David (d'Angers) célèbre sculpteur membre de l'Institut. »

Production, commerce

« Le département contient 691,077 hectares de superficie imposable et 31,086 de non imposable. Les imposables sont 440,196 hectares de terres labourables, 80,023 hectares de prés, 38,260 hectares de vignes, 61,838 hectares de bois sapins, chênes, hêtres, 48,271 hectares de landes pâtis et bruyères, 22,489 hectares de vergers, jardins, étangs, propriétés bâties.

Production : toutes les céréales en quantité plus que suffisante pour la consommation. Sarrasin, légumes secs, noix, chanvre, lin, graine de trèfle. Arbres à fruits, pommes à cidre, pruniers et amandiers. Prunes de Sainte Catherine dont on fait d'excellents pruneaux. Vins de bonne qualité

Bons chevaux en grande quantité. Nombreux troupeaux de bêtes à laine mérinos, métis, chèvres cachemire. Gibier et poisson en abondance.

Le Commerce consiste en grains, bestiaux, vin blanc et rouge, eaux-de-vie, vinaigres, lin, chanvre, pruneaux, confitures sèches, huile, miel, cire, bois de charpente et de construction ; chapelets de coco et verroterie pour les îles. Fabrique de toiles dites Cholettes très renommées en France : de mouchoirs, de calicots d'indiennes. Draperie, tannerie, teinturerie ; Fabrique d'huile et exploitation considérable des carrières d'ardoises. »

Tableau de la France de Jules Michelet en 1875

Tableau de la France de 1875 de jules Michelet.

« C'est à Saint-Florent[4], au lieu même où s'élève la colonne du vendéen Bonchamps, qu'au IXe siècle le breton Noménoé, vainqueur des Northmans, avait dressé sa propre statue ; elle était tournée vers l'Anjou, vers la France qu'il regardait comme sa proie. Mais l'Anjou devait l'emporter. La grande féodalité dominait chez cette population plus disciplinable ; la Bretagne, avec son innombrable petite noblesse, ne pouvait faire de grande guerre ni de conquête. La noire ville d'Angers porte, non seulement dans son vaste château et dans sa Tour du Diable, mais sur sa cathédrale même, ce caractère féodal. Cette église Saint-Maurice est chargée, non de saints, mais de chevaliers armés de pied en cap : toutefois ses flèches boiteuses, l'une sculptée, l'autre nue expriment suffisamment la destinée incomplète de l'Anjou. Malgré sa belle position sur le triple fleuve de la Maine, et si près de la Loire, où l'on distingue à leur couleur les eaux des quatre provinces, Angers dort aujourd'hui. C'est bien assez avoir quelque temps réuni sous ses Plantagenets, l'Angleterre, la Normandie, la Bretagne et l'Aquitaine ; d'avoir plus tard, sous le bon René et ses fils, possédé, disputé, revendiqué du moins les trônes de Naples, d'Aragon, de Jérusalem et de Provence, pendant que sa fille Marguerite soutenait la Rose rouge contre la Rose blanche et Lancastre contre York. Elles dorment aussi au murmure de la Loire les villes de Saumur et de Tours, la capitale du protestantisme, et la capitale du catholicisme en France ; Saumur, le petit royaume des prédicants et du vieux Duplessis-Mornay, contre lesquels leur bon ami Henri IV bâtit la Flèche aux jésuites. Son château de Mornay et son prodigieux dolmen font toujours de Saumur une ville historique. Mais bien autrement historique est la bonne ville de Tours, et son tombeau de Saint Martin, le vieil asile, le vieil oracle, le Delphes de la France, où les Mérovingiens venaient consulter les sorts, ce grand et lucratif pèlerinage pour lequel les comtes de Blois et d'Anjou ont tant rompu de lances. Mans, Angers, toute la Bretagne, dépendaient de l'archevêché de Tours ; ses chanoines, c'étaient les Capets, et les ducs de Bourgogne, de Bretagne, et le comte de Flandre et le patriarche de Jérusalem, les archevêques de Mayence, de Cologne, de Compostelle. Là, on battait monnaie, comme à Paris ; là on fabriqua de bonne heure la soie, les tissus précieux, et aussi, s'il faut le dire, ces confitures, ces rillettes, qui ont rendu Tours et Reims également célèbres ; villes de prêtres et de sensualité. Mais Paris, Lyon et Nantes ont fait tort à l'industrie de Tours.

C'est la faute aussi de ce doux soleil, de cette molle Loire ; le travail est chose contre nature dans ce paresseux climat de Tours, de Blois et de Chinon, dans cette patrie de Rabelais, près du tombeau d'Agnès Sorel. Chenonceaux, Chambord, Montbazon, Langeais, Loches, tous les favoris et favorites de nos rois, ont leurs châteaux le long de la rivière. C'est le pays du rire et du rien faire. Vive verdure en août comme en mai, des fruits, des arbres. Si vous regardez du bord, l'autre rive semble suspendue en l'air, tant l'eau réfléchit fidèlement le ciel : sable au bas, puis le saule qui vient boire dans le fleuve ; derrière, le peuplier, le tremble, le noyer, et les îles fuyant parmi les îles ; en montant, des têtes rondes d'arbres qui s'en vont moutonnant doucement les uns sur les autres. Molle et sensuelle contrée, c'est bien ici que l'idée sut venir de faire la femme reine des monastères, et de vivre sous elle dans une voluptueuse obéissance, mêlée d'amour et de sainteté. Aussi jamais abbaye n'eut la splendeur de Fontevrault. Il en reste aujourd'hui cinq églises. Plus d'un roi voulut y être enterré : même le farouche Richard Cœur-de-Lion légua son cœur ; il croyait que ce cœur meurtrier et parricide finirait pas reposer peut-être dans une douce main de femme, et sous la prière des vierges. »

Géographie de Jules Verne en 1876

Géographie illustrée de la France de 1876 de Jules Verne.

Données recensées par Jules Verne et publiées en 1876, comprenant la superficie, la population, l'agriculture, les mines et carrières, l'industrie et le commerce[5].

Superficie et population

« La superficie du département de Maine-et-Loire est de 712 563 hectares et sa population de 532 325 habitants ; ce qui donne environ 74 habitants par kilomètre carré ; l'accroissement de cette population a été de 15 500 âmes depuis le commencement du siècle ; elle se compose de 312 600 agriculteurs, 150 000 industriels ou commerçants, 12 000 habitants qui exercent des professions libérales et 45 000 sans profession.

Les habitants du département de Maine-et-Loire forment une population robuste et travailleuse, d'un caractère indépendant, qui s'est distinguée dans les armées Vendéennes ; ils sont très attachés à la religion, et très fidèles aux usages de leurs ancêtres.

La langue française est généralement employée dans les villes et les campagnes. »

Agriculture

« Le département de Maine-et-Loire possède 461 000 hectares de terres labourables, 86 000 de prairies naturelles, 30 500 de vignes, 28 000 de pâturages, landes, bruyères, 106 000 de bois, forêt, terres incultes, etc. Le sol y est divisé en 1 650 000 parcelles de terrains, possédées par 4 000 propriétaires.

Le département du Maine-et-Loire forme un pays agricole, où la science est en progrès ; chaque année des améliorations nouvelles, des méthodes perfectionnées et des drainages intelligemment pratiqués accroissent sa richesse. On y récolte annuellement pour 61 millions de céréales, production supérieure à la consommation départementale ; le blé prospère surtout dans les vallées de la Loire et de l'Authion, et le seigle dans les environs de Durtal, au nord de l'arrondissement de Baugé. Les autres cultures atteignent, année commune, une valeur de 39 millions de francs ; ce sont les pommes de terre et les légumes qui sont d'excellente qualité, le chanvre qui occupe 7 700 hectares de superficie et dont la valeur est de 4 millions de francs, le lin aux environs de Cholet, la vigne qui rend environ 500 000 hectares de vins, dont les plus estimés sont ceux des côtes de Saumur et d'Angers, les arbres fruitiers et principalement les pruniers et les pommiers qui donnent de très abondantes récoltes, les osiers des magnifiques îles de la Loire, les forêts de Chandelais, de Juigné, de Milly, de Beaulieu, etc., où dominent le chêne et le hêtre. Le produit annuel des pâturages, landes, prairies naturelles etc. atteint une valeur de près de 11 millions de francs.

On élève dans le département de belles races d'animaux domestiques, soit 47 000 chevaux de race bretonne et angevine, qui sont recherchés pour la cavalerie légère, 3 000 ânes ou mulets qui sont l'objet d'une exportation lointaine, 324 000 bêtes à cornes, parmi lesquelles les bœufs sont très demandés sur les marchés de Paris et pour les salaisons, 135 000 moutons, 100 000 porcs, etc. Le gibier et le poisson abondent sur les divers points du territoire.

Le revenu brut des animaux domestiques dépasse 40 millions de francs, et la valeur totale de la production agricole s'élève, année commune, à 111 millions. »

Mines, carrières

« Le sol du département de Maine-et-Loire est granitique, schisteux, calcaire ou sablonneux ; il existe des minières de fer dans les arrondissements d'Angers et de Segré, qui forment à peu près toute sa richesse métallique ; quelques gisements de houille sont situés principalement sur les bords de la Loire et ont amené la concession de 9 houillères ; des carrières de granit, de porphyre de diverses couleurs, de gneiss, de marbres, de pierres à chaux, de grès, de tuf, etc. existent sur divers points du territoire ; mais les principales exploitations sont celles du schiste ardoisier, à Trélazé, près d'Angers, dont le rendement est très considérable, et qui sont exploitées soit à ciel ouvert, soit sous terre. Les principales sources minérales du département sont celles de Martigné-Briant, dans l'arrondissement de Saumur, qui sont principalement froides et ferrugineuses, celles d'Épervières près d'Angers, etc. »

Industrie, commerce

« Le département de Maine-et-Loire est manufacturier et industriel en même temps qu'agricole. Au premier rang de ses diverses industries se place la fabrication des tissus dont le centre est à Cholet, et qui occupe 50 000 ouvriers à la confection des batistes, calicots, flanelles, et à la filature des laines et du lin, puis dans les principales villes à Angers, à Mortagne, à Chemillé, à Saumur, etc., les filatures de laines et de chanvre, les fabriques de toiles à voiles, de bougies, de machines à vapeur, de clous, les fonderies, les verreries, les corderies, les tanneries, les papeteries, les teintureries, etc. On compte 6 usines pour la fabrication du fer, 5 houillères en exploitation, qui produisent environ 550 000 quintaux métriques de combustible, 15 ardoisières qui emploient près de 3 000 ouvriers, et de nombreuses carrières de tuffeau et de pierres calcaires.

Les éléments du commerce départemental sont fournis par les produits du territoire ; ce sont d'abord les céréales dont on exporte 400 000 hectolitres par an, le chanvre, les fruits et surtout les prunes, les vins, puis les chevaux, les mulets, les bœufs, les porcs, enfin les produits manufacturés, la fabrication de Cholet, les ardoises, etc. »

Presse écrite

La presse écrite se développe en France au XIXe siècle, que ce soit au niveau national ou niveau local. La loi du 29 juillet 1881 lui donne la liberté de presse et la liberté d'expression (loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, journal officiel du 30 juillet 1881 page 4201).

En Maine-et-Loire, plusieurs journaux voient le jour durant cette période :

Notes

Sur le même sujet

Indicateur de Maine-et-Loire de P.-A. Millet de la Turtaudière, tome 1, 1861.
Dictionnaire Célestin Port, tome 1, page XLVI, 1874-1878.
Géographie de Jules Verne, 1876, p. 393.
Notice sur Segré de E. Milon, 1889.

Sources et annotations

  1. Carte du département de Maine-et-Loire de Victor Levasseur, Atlas national illustré des 86 départements et des possessions de la France, 1852 (voir).
  2. a et b En 1852, les cinq arrondissements de l'époque sont Angers, Segré, Baugé, Saumur et Beaupréau (déplacé en 1857 à Cholet).
  3. En 1852, Victor Levasseur énumère 5 arrondissements, 34 cantons et 373 communes. En 1861, P.-A. Millet de la Turtaudière indique 5 arrondissements, 34 cantons et 376 communes (voir). En 1889, E. Milon indique 5 arrondissements, 34 cantons et 381 communes (voir).
    Pour l'évolution du nombre de communes, voir le répertoire.
  4. Extraits de Tableau de la France de Michelet, Géographie physique, politique et morale, Édition A. Lacroix et Cie, 1875, pages 15-17 (voir).
  5. Extrait de l'ouvrage de Jules Verne, Géographie illustrée de la France et de ses colonies, Édition J. Hetzel (Paris), 1876, p. 394-395 (voir).


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